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Jeudi saint - Pourquoi Jésus lave-t-il les pieds de ses disciples ?

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Crucifixion, extrait du polyptique Passion-Résurrection,
Arcabas, Montaigu (Scherpenheuvel) - Belgique 
© Cliché S.D.

Le Jeudi saint est l’occasion pour les catholiques de faire mémoire de l’institution de l’eucharistie et, par la célébration de cette eucharistie, de l’institution du ministère sacerdotal. Or, l’Évangile qui est au cœur de la liturgie est une parabole en acte, un geste concret quoique répugnant pour certains : le lavement des pieds.

Jésus lave les pieds de ses disciples. C’est la manière pour l’évangéliste Jean (13,2‑15), mais aussi pour l’Église, de donner la clef et de l’eucharistie et du ministère. Jésus montre ce que le culte cherche à exprimer, à savoir l’amour jusqu’à l’extrême, la génuflexion devant le Sacrement saint du frère premier servi. Par son comportement, Jésus nous apprend comment être proches concrètement des autres dans tous les aléas de la vie. On ne rencontre son prochain qu’en abaissant son regard à hauteur de pieds. La part qui ne peut être ravie à Dieu, c’est cette attitude de Jésus agenouillé devant ses amis, avec son linge autour des reins, et qui frotte leurs pieds empoussiérés.

C’est un geste d’hospitalité car Jésus accueille à sa table, cette « Table [qui] n’a ni sens ni goût sans l’agenouillement aux pieds du frère » (François Cassingena- Trévedy). Le mouvement du service est le seul capable d’attester aux yeux de Jésus la grandeur du Dieu qui se donne en sa personne. À ce moment précis, Dieu commence à nous être révélé dans sa vérité : un Dieu qui s’anéantit aux pieds de ceux qu’il est venu servir et non rendre serviles. Ce geste piétine la représentation que nous avons de Dieu : sa toute-puissance céleste s’incline à ras de terre. « Comment la dignité divine n’est-elle pas profanée et bafouée si Dieu prend ainsi la place des serviteurs ? » se demandait Maurice Zundel. L’amour de Dieu se « sacramentalise » dans l’amour du frère va-nu-pieds. « Un pied près de mon cœur » (Rimbaud) : l’enveloppe charnelle fût-elle la moins amène n’est jamais le terme de la rencontre, elle est une porte battant sur l’infini dans la vibration de l’immatériel.

Ce lavement n’est plus une purification mais une participation : « Si je ne te lave pas, dit Jésus à Pierre, tu ne pourras rien partager avec moi ». L’accueil de la Parole conduit à la mise en jeu du corps jusqu’au bout, c’est-à-dire jusqu’à la mort. Il faudra le chant d’un coq pour que Pierre comprenne ceci : la vérité d’un corps se conjugue à l’oblatif, jamais au possessif. Le sens du lavement des pieds, c’est le geste du don porté par la parole de Dieu et portant jusqu’à la mort. C’est le corps, entre Parole et mort. C’est le mime de la mort du corps devenant parole de vie. C’est l’amour à mort. Par cet acte, Jésus révèle l’identité du Dieu qu’il est : le Dieu qui s’abaisse pour que l’homme puisse grandir. Mais il révèle aussi ce que doit être l’attitude chrétienne. Ce geste, témoignage au milieu du monde, engendre la communauté à son identité. Il n’est d’autre livrée ecclésiale que la tenue de service. Laver les pieds, baiser le lépreux, couvrir l’homme nu, panser la chair de l’homme agonisant en sont les seuls signes distinctifs.

P. Sylvain Gasser (1)


(1) Extrait de 100 raisons de vivre en chrétien, p. 277, Sylvain Gasser, Bayard Editions, 2017.