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Aimer le Christ, Tête et Corps

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Dans le conflit avec les donatistes, qui ont fait schisme, ce qui est en jeu, c’est le salut. Car « la Tête et le Corps forment un même tout », si bien que se retrancher du Corps du Christ, c’est se séparer de la Tête. Conséquence : « Hors de l’Église catholique, on peut tout avoir, sauf le salut ! »

Étends la charité à travers le monde entier, si tu veux aimer le Christ, car ses membres se trouvent dans le monde entier.

Courons donc, mes frères ! Courons et aimons le Christ. Quel Christ ? Jésus Christ. Qui estil, celui-là ? Le Verbe de Dieu. Et comment est-il venu vers des malades ? Le Verbe s’est fait chair et a habité parmi nous […]. Son corps, où gît-il ? Ses membres, où souffrent-ils ? Où dois-tu être pour te trouver sous la dépendance de la tête ? […]. Voici ce que disent le Christ ou le psaume, c’est-à-dire l’Esprit de Dieu : « Ton commandement est souverainement large ! » (Ps 118, 96). Et il y a quelqu’un pour tracer en Afrique les frontières de la charité ! Étends la charité à travers le monde entier, si tu veux aimer le Christ, car ses membres se trouvent dans le monde entier.

Si tu n’aimes qu’une partie, tu es séparé ; si tu es séparé, tu n’appartiens pas au corps ; si tu n’appartiens pas au corps, tu n’es pas sous la dépendance de la tête. Qu’importe que tu aies la foi, si tu outrages en même temps ! Tu adores le Christ en sa tête et tu l’outrages en son corps ! Mais lui aime son propre corps. Si, toi, tu t’es retranché du corps même, la tête, elle, ne s’est pas retranchée du corps. C’est en vain que tu m’honores, s’écrie à ton adresse la tête, de là-haut, c’est en vain que tu m’honores !

C’est comme si quelqu’un voulait te baiser au visage en même temps t’écrasait les pieds ! L’homme t’écraserait peut-être les pieds avec des souliers cloutés, tout en voulant te prendre la tête entre les mains et te donner un baiser. Au milieu de ses compliments, ne t’écrierais-tu pas : « Que fais-tu, l’homme ? Tu m’écrases les pieds ! » Tu ne dirais pas : « Tu m’écrases la tête ! » puisqu’il honorait ta tête. Mais la tête crierait plus fort pour défendre ses membres qu’on écrase, que pour elle-même, parce qu’on l’honorait de marques d’affection.
La tête ne crie-t-elle pas : « Je ne veux pas de tes démonstrations de politesse ! Cesse de m’écraser les pieds ! » Alors, toi, dis-lui, si tu peux : « Comment ? Je t’ai écrasé les pieds ? » Dis-lui, à la tête : « J’ai voulu te donner un baiser, j’ai voulu t’embrasser. » « Mais, ne vois-tu pas, insensé, que la tête que tu veux embrasser, en raison d’un certain lien qui unit toutes les parties, communique avec ce que tu écrases ! Tu m’honores en haut et tu m’écrases en bas ! »

Homélies sur la première épître de saint Jean,
X, 8, BA 76n p. 421-423.