Adolphe (Joseph-A.) LALLEMAND – 1876-1937

Les choses de la vie.
« Levé à 4 heures du matin, été comme hiver, le Frère Adolphe accomplissait
méthodiquement et ponctuellement sa tâche quotidienne. S’il recevait
volontiers un bonjour, un mot d’encouragement ou d’intérêt en passant, il
n’aimait pas être dérangé aux heures fixes de son service. La gent volatile
dont il avait la charge, connaissait cette ponctualité et c’était merveille
de voir 1es pou es se rassembler à l’heure convenue, attendant que la porte
du préau s’ouvrît et que parût le Frère pour leur distribuer le grain. Il
prenait grand soin des animaux vaches, porcs qu’il appelait
‘nazis’ de son expression favorite, et basse-cour. Cependant il avait une
antipathie, il ne pouvait supporter les canards. L’ancien supérieur en
avait peuplé la basse-cour, à son grand désespoir. Leur gloutonnerie
et leurs coin-coin l’irritaient. Il fut content de mettre le dernier à la
broche. Par contre les vaches étaient ses favorites. Il leur parlait avec
douceur. On lui faisait plaisir en se rendant
à l’étable et en lui demandant des nouvelles de Vichette, de Blanchette, de
la Noire et de la Vieille ou de leur veau. Il ne fallait pas oublier le Deo
gratias à table, le jour où un veau était venu au monde… »

Religieux de la Province de Lyon.

Une vie toute simple et donnée.

Joseph-Adolphe Lallemand est né le 18 mars 1876 à Saint-Stail, dans les Vosges, au diocèse de Saint- Dié. Ses études primaires achevées, Joseph-Adolphe aide ses parents aux travaux agricoles dans les champs et à la ferme familiale. Il est sacristain de sa paroisse. Il aime passer de longs moments à la prière ;à l’église, l’orner et la nettoyer. C’est par la lecture du magazine Le Pèlerin qu’il connaît l’Assomption. Il demande à entrer dans la famille religieuse comme Frère coadjuteur. Il est admis à l’abbaye de Saint-Gérard en Belgique pour un temps de postulat (décembre 1923-juin 1924) au terme duquel il prend l’habit religieux, le 27 juin 1924, sous le nom de Frère Adolphe. Sous une apparence chétive et malgré une surdité aussi précoce que pénible, il possède une rare énergie et s’applique à mener à bien tous les services qui lui sont demandés. Son noviciat se déroule à Taintegnies où il prononce ses premiers v?ux, le 28 juin 1925. Ses occupations sont toujours humbles et souvent pénibles. A Saint-Gérard comme à Taintegnies, il est chargé de l’entretien de la ferme et s’y dévoue avec une énergie admirable. Toujours affable et souriant, il se montre très ouvert même s’il souffre de son handicap. Le P. Savinien Dewaele écrit: « Le souvenir que je garde du Frère Adolphe postulant et novice est celui d’un homme appliqué à bien faire toutes choses. Il a reçu une éducation soignée et ne manque pas d’une certaine distinction. A Saint- Gérard comme à Taintegnies où il achève son noviciat, il est chargé de la ferme. Il soigne ses bêtes avec un dévouement admirable. Il s’ingénie à adoucir les souffrances de nos porcs atteints du mal de Saint-Antoine. Il ne craint pas de faire des invocations aux saints pour attirer leur protection ».

Dans les alumnats.

Après le temps du noviciat, il est envoyé à l’alumnat Notre-Dame à Saint-Sigismond (Savoie) où la charge de la ferme et de ses dépendances lui est encore confiée. C’est à Saint-Sigismond qu’il prononce ses v?ux perpétuels, le 29 juin 1928. En septembre 1930, l’obéissance le désigne pour l’alumnat Sainte-d’Arc à Scy-Chazelles (Moselle), en Lorraine. Il y reprend les mêmes travaux avec le même dévouement souriant, le même esprit de simplicité et toute la confiance d’une vie donnée. Bon observateur, il aime lire fidèlement La Croix et le Foyer Vosgien. La montée en puissance, de l’autre côté du Rhin, du nazisme le fait parfois maugréer contre son homonyme et il en vient à avoir honte de son prénom et de son nom: « je n’ai pas de chance avec mes noms; ils sont tous d’outre-Rhin et mal portés! ». On lui propose de l’appeler Francis, ce qu’il accepte avec joie. D’une piété simple et profonde, régulier dans ses exercices de piété malgré la charge de travail, il est pour ses confrères un excellent confrère. Le Frère Adolphe est facile à dérider par le moindre bon mot ou par une marque d’intérêt. Les gens du village de Scy-Chazelles aiment le voir passer, conduisant ses vaches à la pàture, disant aux voisins un mot aimable ou faisant claquer son fouet avec une vigueur remarquable. Quand on le croise dans le corridor ou dans la cour, portant ses seaux de fait ou d’eaux grasses, un bon sourire, un petit salut sont sa façon de mettre dans la communauté sa part de cordialité et d’affection.

Maladie et mort.

A la fin du mois de février 1937, le Frère Adolphe se sent indisposé. Peu après il doit cesser toute activité et être transporté à une clinique ‘Maternité’ de Metz, le dimanche 21 février, pour y être soigné d’une pneumonie tuberculeuse. C’est là qu’il meurt le mardi 23 février, à 61 ans, après avoir fait le sacrifice de sa vie. Les obsèques sont célébrées le vendredi 26 février. Son corps repose au cimetière de Scy-Chazelles.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Lettre à la Dispersion, 1937, n° 686, p. 69; n° 689, p. 96-100. Notice biographique par le P. Marie-Alexis Gaudefroy. Des choses de la vie: témoignage sur le Frère Adolphe Lallemand par le P. Christophore Figuet. La collection du bulletin de l’alumnat de Scy-Chazelles, L’ét:endard de Teanne- d’Arc, étant malheureusement incomplète dans les ACR pour les années 1937-1938, il est impossible de savoir si elle a consacré au Frère Adolphe Lallemand une notice biographique, comme c’était l’usage habituel et fraternel.