Agapit DIDIER – 1870-1898

Profession in articuIo mortis.
« Notre cher Frère Agapit est profès depuis lundi dernier, je lui ai porté
la communion en viatique, et c’est en présence de Notre-Seigneur qu’il a
prononcé ses vœux avec une force et une résolution qui nous ont touchés.
Habituellement étendu,
presque sans mouvement, dans une fatigue incroyable, il a
tenu à se soulever devant le Saint-Sacrement pour le recevoir avec plus de
respect, malgré les douleurs que peuvent lui causer des plaies produites
par une position douloureusement la même dans son lit. La consolation du
malade a été bien grande de la faveur que vous avez bien voulu lui
accorder. Il m’a prié de vous remercier vivement et de vous dire qu’il est
bien entièrement à l’Assomption. Il offre ses souffrances et sa vie pour la
mission et pour toutes les œuvres de sa famille religieuse. Le docteur nous
a dit que la moindre crise ou un changement brusque du temps l’emporterait.
Nous nous attendons à tout moment au dénouement. La mort ne le surprendra
pas, puisqu’il a
reçu tous les sacrements. Il n’a plus à recevoir que l’indulgence plénière,
au dernier moment ».
P. Antoine Silbermann au P. Picard, Andrinople,14.04.1898

Agapit DIDIER

1870-1898

Religieux français.

Une figure énigmatique.

Nous ne disposons que de peu d’éléments biographiques sûrs, concernant ce religieux, frère convers, mort prématurément à 28 ans, à Andrinople, le 19 avril 1898. Les registres de vêture ou de profession ignorent à peu près tout de son identité civile, ce qui peut encore se concevoir, mais aussi de son identité religieuse, ce qui peut laisser rêveur. Il n’existe pas de dossier personnel à son nom. Enfin les quelques rares allusions à son existence ne concordent pas toutes entre elles. Ainsi le Frère Agapit est dit naître à Saint-Cassin en Savoie, au diocèse de Chambéry. Encore faudrait-il savoir s’il s’agit de Saint-Cassin, près de La Ravoire, ou de Saint-Cassin- la-Cascade, près de Cognin, en montant la route du col de Couz, deux communes toutes deux en Savoie. Dans cette incertitude, nous ne sommes qu’à demi- renseignés, ce d’autant qu’une autre source documentaire indique, pour le Frère Agapit, comme lieu de naissance, Saint-Cassien en Savoie. Or même le Dictionnaire national des communes de France ignore superbement, au moins à partir de 1977, ce toponyme en Savoie. Si nous poursuivons notre examen, nous lisons que le Frère Agapit est dit prendre l’habit religieux, le 25 janvier 1890, mais aucun lieu n’est indiqué. Nous avons fouillé page à page le registre des vêtures de Livry: il n’y figure pas. A cette date et selon les coutumes du temps, toutes les autres maisons de l’Assomption ont pris l’habitude de donner l’habit à un religieux convers et de lui faire commencer son noviciat ‘sur le tas’, mais sans formalités écrites. Les noviciats organisés pour religieux convers ne commencent vraiment à l’Assomption qu’après 1900. Il n’y a donc guère de chance possible pour faire progresser la connaissance un tant soit peu précise de ce religieux.

Sa carte d’identité se limite en fait aux circonstances de son décès, détaillées par le P. Antoine Silbermann, supérieur de la communauté d’Andrinople-Karagatch en 1898, et dont nous résumons l’essentiel.

Récit édifiant d’une mort.

« Le Frère Agapit s’est éteint doucement hier matin [19 avril 1898}, à 10h30 après avoir reçu une dernière absolution et l’indulgence plénière in articulo mortis. Vers -5 h. du matin, il avait eu une petite crise de quelques instants, et à partir de ce moment, il avait demandé qu’on ne le quittât plus. Le P. Luigi [Dimitrov], selon le désir du malade, lui suggérait quelques courtes prières qu’il répétait avec foi, autant que ses forces le lui permettaient. On lui a proposé une dernière communion et il s’y préparait avec joie, mais ses forces le trahirent et il dut renoncer à cette suprême consolation. Il est vrai qu’il a reçu le saint Viatique souvent et particulièrement la veille de sa mort. Il était très fatigué en arrivant à Philippopoli, mais je n’aurais pas cru qu’il nous quitterait si vite. Nous avons eu un temps orageux pendant trois jours et c’est ce qui a précipité le dénouement. Depuis son arrivée à Saint-Louis [hôpital de Karagatch tenu par les Oblates], le Frère n’a cessé d’édifier les Sœurs qui le soignaient, par sa patience, sa douceur, sa résignation admirable. Il craignait par-dessus tout qu’on se fatiguât pour lui et il priait de ne pas le faire. Le scrupule d’être trop bien traité lui venait parfois à l’esprit, et il suppliait ardemment qu’on ne lui servît rien de particulier; aussi demandait-il à chaque repas si c’était bien la même chose que ce que prenait la communauté. Le cher malade a offert ses souffrances pour la mission et les œuvres de sa Congrégation. Je vous ai dit déjà sa joie de sa profession fin articulo mortis, le 11 avril 18981. L’inhumation a eu lieu ce matin [20 avril] après la messe chantée pour lui. Toutes les communautés dAndrinople et de Karagatch étaient autour de son cercueil et l’on a prié avec ferveur. J’ai rarement vu de cérémonie funèbre plus recueillie… ». Le Frère Agapit est inhumé dans le petit cimetière de Karagatch.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Souvenirs 1898 n° 347, p. 129-130. Notice biographique par le P. Marie-Alexis Gaudefroy. Notices Biographiques