Agostino (Umberto) VISETTI – 1897-1973

Situation délicate.
« Le P. Visetti a quitté Florence pour aller loger à la Casa del Clero, à
Turin, Corso Corsica n°
154. Mais Mgr Monticone me communique les faits suivants: Ces derniers
temps le P. Visetti a encore causé des ennuis à la Maison des Invalides à
Galluzzo. Le nouveau Directeur l’a mis en garde, mais l’intéressé n’en a
tenu aucun compte comme d’habitude. C’est pourquoi il a été mis à la porte.
C’est sûr que j’ai dû transmettre quelques informations à Mgr Monticone qui
m’a demandé si ce religieux faisait partie de notre Congrégation. Je lui ai
répondu la vérité: le P. Visetti est exclaustré ad nutum Sanctae
Sedis. Le diocèse de Florence l’a accepté mais sans l’incardiner. Les
Supérieurs de la Congrégation sont au courant
des faits, agissements, changements de résidence du P. Agostino, de même
que la Congrégation des Religieux. Espérons que ce Père trouvera
1’ubi consistam à Turin. Il a été bien malade il y a quelques mois, mais
dès qu’il s’est remis, il a recommencé à empoisonner ceux qui vivent autour
de lui. Il
a accusé quelqu’un de lui avoir dérobé 500.000 lires, le malheureux accusé
a mis fin à ses jours. C’est la goutte qui a fait déborder le vase ». P.
Romano G. 1968.

Religieux italien de la Province de Lyon. Une vie en forme de roman, hors cadre. Umberto Visetti est né le 28 janvier 1897 à Saluzzo, près de Cuneo dans le Piémont. Son grand père paternel était un fils naturel du roi d’Italie, Victor- Emmanuel II, ce qui n’est pas étranger au prénom de naissance du petit fils. Avant d’entrer dans la vie religieuse, Umberto Visetti a connu le petit séminaire, le silence d’un cloître, puis la vie militaire, avec une nette préférence pour le fracas des obus! A 17 ans, il s’engage dans un bataillon de combat d’assaut et connaît fronts et blessures. Ne vole-t-il pas une locomotive pleine de munitions qu’il dirige à toute vapeur de Trieste à Fiume! Ses actes de bravoure, ses frasques et ses coups d’éclat notamment à la guerre en Ethiopie, lui valent la médaille d’or en 1939. Gravement blessé à la bataille de Nibewa, fait prisonnier, il est considéré plusieurs fois comme mort sur le terrain. Les Anglais le rapatrient dans un hôpital du Caire où Umberto, remis sur pied, trompe encore la mort et la surveillance de ses gardiens. Il s’enfuit déguisé en pasteur protestant, avec l’intention de rejoindre l’armée des Forces Libres du Général de Gaulle. L’Intelligense Service le récupère in extremis et l’expédie en Australie. Rentré en Italie en 1943 comme agent antifasciste, il est débusqué à Bari, emprisonné à nouveau et ne trouve une nouvelle fois son salut que dans une fuite aventureuse. Il rentre dans les rangs des partisans piémontais et savoyard, ne devant qu’à sa bonne étoile d’échapper à la Gestapo. Ses aventures militaires et para- militaires auxquelles mettent fin l’armistice et son désir de vie religieuse, formeront par la suite l’inspiration majeure de sa prédication et de ses deux autobiographies. Il commence par aller d’un couvent à l’autre jusqu’à ce que le cardinal Gennaro Granito Pignatelli di Belmonte, après divers essais de vie religieuse chez les jésuites, Page :333/333 au grand séminaire, le fasse admettre chez les Pères Augustins de Tolentino où Umberto prend l’habit le 28 octobre 1945. On lui connaît le nom religieux de Frère Agostino del Cristo Re. Il y est seul novice, s’y ennuie et obtient de pouvoir se rendre, comme novice le 4 juin 1946, à la maison généralice des O.S.A. à Rome. Le transfert est de courte durée (15 août 1946). Toujours par l’entremise de son cardinal protecteur, Mgr Pignatelli, le Frère Agostino demande et obtient son admission dans la Congrégation des Assomptionnistes. C’est la raison pour laquelle il est reçu à la maison provinciale de Lyon-Debrousse, le 16 août 1946. Le 17 septembre suivant, il est envoyé poursuivre son temps de noviciat à Pont-l’Abbé d’Arnoult (Charente-Maritime) où il est d’abord considéré officiellement comme postulant jusqu’au 14 octobre, puis novice,,avec dispense, dès le 15 octobre! Par le P. Romuald Souarn, le Frère Agostino obtient encore la dispense du temps canonique de noviciat et peut le 22 février 1947 prononcer ses premiers vœux. De nouvelles dispenses pour l’espacement de durée entre les diverses professions temporaires lui permettent enfin de prononcer ses vœux perpétuels à Lyon le 22 février 1948. Le P. Bernard Finaert ne peut faire moins que de noter sur le rapport en vue de la profession que «ce religieux un peu exceptionnel, de 51 ans, d’esprit indépendant, au tempérament apôtre, sincère et convaincu, a la parole trop facile et vantarde. C’est le type même du ‘miles gloriosus ‘dont l’intempérance de langage et l’exubérance pourraient trouver un exutoire dans les missions ». Par la voie rapide qui force les étapes, le Frère Agostino reçoit la prêtrise le 21 avril 1948. Affecté à la communauté de Florence, il doit être exclaustré en 1957 pour incompatibilité ou impossibilité de vie commune. Ne faisant plus partie de la communauté, il peut rester dans la ville sous la dépendance directe de l’ordinaire qui l’autorise à célébrer la messe dans la chapelle de l’Archiconfrérie de la Misericordia. En fait sa grande activité est la prédication. Le P. Agostino se retire ensuite, en 1968, à Turin, à la Casa del Clero San Pio X. Son parcours n’y est pas sans difficultés. Le Père y meurt le 23 décembre 1973. Page :334/334

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Documents Assomption, Nécrologe (I) 1975-1980, p. 1-2. Dans les ACR, du P. Agostino Visetti, correspondances (1947-1972) et deux livres autobiographiques: Sero te amavi, Firenze, 1951, 63 pages (traduction française par le P. Félix Michel) et ‘Abesà, Des épaulettes au camail’, 1955. Il existe d’autre part dans le dossier personnel de ce religieux quelques coupures de presse italienne où sont narrés des exploits militaires et, par contraste, la vocation religieuse du P. Agostino. Lettre du P. Gioacchino Romano au P. Alfred Farne, au sujet du P. Agostino Visetti, Florence, 18 octobre 1968.