Aimé (Armand-Jules) BADAROUX – 1891-1961

Portrait par un confrère de
Miribel le P. Walbert Renaud,
1961.

«On sentait en toute sa personne et ses propos le sens inné du surnaturel
qu’il tenait des siens, chrétiens de vieille souche. On remarquait chez le
P. Aimé B. toutes les qualités caractéristiques de son terroir lozérien.
Une austérité native, presque rude, en tout cas sans complaisance aucune
pour la vie facile et le laisser-aller une ténacité rare au travail;
l’amour de la chose bien faite, enfin le sens de l’ordre et de la
discipline, qui créait autour de lui une atmosphère de silence et de
régularité.
Toutes ces qualités sérieuses s’alliaient avec bonheur à un brin de
jovialité et même d’humour, propre à son pays des Causses.

Mais un jour, la charge bien inattendue du supériorat vint rompre le charme
de sa vie de professeur-né. Et pourquoi ne pas signaler que l’appel des
curés du voisinage le trouvait très compréhensif dans l’aide occasionnelle
sollicitée par
eux pour le bien spirituel de leurs fidèles. Enfin son sens d’organisateur
lui permit d’heureuses initiatives à l’occasion des aménagements exigés par
le nombre toujours croissant des alumnistes … ».

Religieux de la Province de Lyon.

Une vocation du terroir lozérien.

Armand est né le 8 février 1891 à Cayroux par Massegros en Lozère. En 1906, il entre à l’alumnat de Vinovo au Piémont et en 1908 à celui d’Elorrio en Espagne pour les humanités (1908-1910). Son frère, Fortuné, le précède à l’Assomption et en août 1910 il suit ses traces en prenant l’habit assomptionniste à Gempe (Belgique) où se déroule la première profession: 15 août 1911. Le noviciat se poursuit au Luxembourg, à Limpertsberg (1912) où a lieu la profession perpétuelle le 15 août 1912. Il entre ensuite à Louvain pour les cours de philosophie durant trois ans (1912-1915) au terme desquels il est nommé professeur d’humanités à l’alumnat belge de Bure (1915-1917). Le jeune professeur redevient étudiant pour le cursus théologique à Louvain d’abord (1917-1919), puis à Montpellier où il est ordonné prêtre le 29 juin 1920. Souffrant de tuberculose osseuse, il doit prendre du repos et se soigner à San Remo, sur la côte italienne (1921-1922).

Professeur, supérieur, économe.

Suite au retour des Assomptionnistes en France, les grands alumnistes, dits humanistes, de Vinovo sont dirigés sur Miribel-les-Echelles (Isère) où le P. Aimé est envoyé pour l’enseignement (1922). L’année suivante, il opte pour la Province de Lyon et demande à préparer son baccalauréat tout en continuant son enseignement, ce qui l’autorise à devenir le directeur académique de l’établissement. Tout l’intéresse: les lettres classiques, les sciences et la musique. En 1929, il succède comme supérieur local au P. Sollier devenu provincial de Lyon (1929-1932), puis rend le service de l’économat (1932-1938): les registres de comptabilité sont tenus avec la rigueur d’un mathématicien.

En 1938, le P. Sollier demande au P. Aimé de quitter son cher Miribel pour prendre la direction du collège de Briey (Meurthe-et-Moselle). Il accepte d’en être l’économe, en une phase difficile de construction: la guerre en 1940 disperse les religieux qui refluent vers le sud. Le P. Aimé se retrouve sur Marseille aumônier de Cluny, puis à partir de 1948 vicaire à Carnolès (Alpes- Maritimes). Il retrouve Marseille comme vicaire à la paroisse Saint-Joseph jusqu’en 1957, puis assure l’aumônerie des Sœurs Orantes de la ville. La supérieure, Sœur Chantal, lui fait aménager dans le parc, hors clôture,un petit pavillon indépendant. C’est ainsi qu’il passe les quatre dernières années de sa vie.

L’émotion d’une disparition subite.

Le samedi 3 juin 1961, le P. Aimé prend son repas du soir comme à l’accoutumée à la maison des pensionnaires dont s’occupent les Orantes. Il regagne son pavillon sans que personne ne remarque chez lui une fatigue particulière. Au contraire il dit même qu’il va fort bien et qu’il va s’occuper un peu de jardinage. Le dimanche matin, 4 juin, il doit chanter la messe du matin à 7 heures. Contrairement à ses habitudes de régularité et de ponctualité, il ne se trouve pas en temps voulu à la sacrisitie. La Sœur préposée finit par se rendre à l’aumônerie qui n’a qu’un rez- de-chaussée. Les volets sont ouverts, elle frappe à la fenêtre. Ne recevant pas de réponse, elle observe la pièce qu’habite le Père. Elle le voit alors renversé sur son fauteuil, la bouche ouverte et le teint du visage cadavérique. Le Père est mort la veille au soir, la radio fonctionne. Les Orantes avertissent le P. Victor Stemmelin, de la communauté du Rouet à Marseille. Les obsèques sont célébrées le mardi 6 juin au matin dans la chapelle du monastère des Orantes. Leur supérieure locale écrit:

« Le P. Badaroux s’est éteint d’une manière bien discrète, comme il vivait d’ailleurs. Il avait de grandes qualités de discrétion, d’ordre, de ponctualité et surtout de bonté envers tous ceux qui souffrent. C’était une âme de prière fortement attachée à ‘Eglise. Il nous laisse le souvenir d’un bon serviteur de Dieu …»

Bibliographies

Bibliographie et documentation : B.O.A. octobre 1962, p. 170. Lettre à la Famille 1961, n° 323, p. 161-163. Le Petit Alumniste, octobre 1961, n° 736, p.13. Rhin-Guinée, 1961, n° 32, p. 7-11. Sont conservés une partie de la correspondance du P. Aimé Badaroux, entre 1906 et 1939, ainsi que ses rapports de supérieur de Miribel 1929-1932.