Albert (Albert-Omer) WILLEM – 1915-1993

Gosselies.
«Ces derniers mois, la communauté de Gosselies a payé un lourd tribut à la
maladie. Depuis quelque temps déjà, on voyait le P. Albert Willem décliner.
Les difficultés respiratoires et cardiaques allant s’accentuant, il a fallu
l’hospitaliser à la clinique N.-D. de Grâce à Gosselies, et dès le
lendemain, l’entrée aux soins intensifs s’imposait. Il ne devait pas en
sortir, et le 20 juin [1993], il rendait l’esprit. C’était une des
personnalités les plus attachantes du collège Saint- Michel. Il faisait
d’ailleurs partie de l’équipe fondatrice. Il était à l’ origine des tout
premiers grands travaux du collège: aménagement des dépendances du château
en salles de cours dès 1953, revêtement de la cour de récréation,
construction du pavillon Demanet qui fut internat pendant 20 ans…
Travailleur acharné, doué d’une force extraordinaire, il a pu en outre
réaliser un nombre imposant de travaux dits petits mais combien pratiques
étagères de cuisine, armoires,
tables sur mesure etc… Depuis tout un temps, il aimait se retrouver avec
le groupe de prière St-François, animé par des jeunes. Il voulait les
encourager de sa présence. Le collège lui doit beaucoup: merci, P. Albert!
». B.-S. Assomption.

Religieux de la Province de Belgique-Sud. D’une génération marquée par la guerre. Albert-Omer Willem est né le 14 avril 1915 à Lustin en Belgique, au diocèse de Namur. Il fait ses études secondaires à Sart-les-Moines, de 1935 à 1939, comme vocation tardive, avec une interruption pour le service militaire régulier d’octobre 1936 à octobre 1937; mais la guerre survenant, il se trouve en raison de son âge mobilisé. Il est fait prisonnier et subit une captivité de cinq années en Allemagne (1940-1945). Le 23 septembre 1945, il peut commencer son temps de noviciat à Taintegnies, sous le nom de Frère Albert. Il prononce ses premiers vœux le 24 septembre 1946. Sa formation ecclésiastique se déroule à Saint-Gérard et Hal. Profès perpétuel le 24 septembre 1949 à Saint- Gérard, il est ordonné prêtre à Hal, le 5 août 1951. Le P. Albert est d’abord nommé économe au noviciat de Taintegnies (1952-1953), puis au nouveau collège de Gosselies qui va devenir la maison de sa vie (1953-1993). Il y est tour à tour économe, surveillant-éducateur, premier conseiller de la communauté, responsable des travaux, vicaire dominical, animateur de groupes de prière, avec une seule interruption entre 1959-1960, année où il remplit la charge d’aumônier de la communauté des Petites Sœurs de l’Assomption à Ottignies. Le P. Albert est mort à la clinique Notre-Dame de Grâce de Gosselies le 20 juin 1993. Les funérailles sont célébrées en l’église Saint-Joseph de Gosselies le 23 juin. Son corps est inhumé ce même jour au cimetière de Bioul dans la pelouse d’honneur réservée aux anciens combattants. Extraits de l’homélie pour les obsèques du P. Albert: une vie relue à la lumière des Béatitudes. « ‘Heureux les pauvres de cœur. A Gosselies, inon premier souvenir du P. Albert est celui de l’auto- stoppeur. Curieux, direz-vous? Pas autant que vous le croyez! Derrière ce pouce levé, derrière ce geste de demandeur, Page :391/391 il y avait sans doute ce souci de l’économie qui est toujours l’angoisse du pauvre, mais il y avait aussi le désir du contact:combien d’an2itiés sont nées de ce geste apparemment importun, combien d’échanges spirituels? Le sens vrai de la pauvreté engendre une communication authentique de toutes les richesses matérielles, humaines, religieuses. Et ce sens était comme inné chez le P. Albert. Dans sa famille: simplicité, pauvreté, travail, joie cohabitaient harmonieusement. Et je me souviens d’une photo, sur la cheminée à Bioul, où trois jeunes filles rayonnaient de bonheur autour de leur frère. La pauvreté bien comprise n’engendre pas la mélancolie, le travail non plus d’ailleurs. Et là, le P. Albert s’y connaissait, parfois trop d’ailleurs aux yeux de certains employeurs trop peu scrupuleux. Pas question de tricher en mettant dans le mortier trop de sable et pas assez de ciment Doué d’une force peu commune, il pouvait abattre une somme de travail considérable, et même les hommes de métier n’arrivaient pas à suivre son rythme. Mais il n’en faisait pas une démonstration de puissance. Il n’en usait que pour multiplier ses services, jusque dans les plus petits détails. Cet homme qui soulevait une poutre comme un fétu de paille pouvait aussi se montrer artiste. Qui n’a pas eu recours à lui pour arranger un meuble, pour fignoler un lustre, rénover une vieille malle, raboter quelque vieille planche de chêne pour la transformer en autel ou en porte? Sans parier des grands travaux qu’il a entrepris pour l’aménagement du château du Chapois et de ses dépendances. Quel est l’espace du collège où il n’a pas mis la main à la pâte, sur lequel il n’a pas promené l’œil du maître? Mais ce souci de la pauvreté qu’il a exercé comme économe à Taintegnies d’abord et surtout à Gosselles, s’étendait aussi bien aux personnes qu’aux choses. Seuls les pauvres savent aider les pauvres, disait Vincent de Paul. A combien de gens n’a-t-il pas porté assistance dont nous ignorerons à jamais les noms? Cette aide toujours aussi discrète ne s’est jamais démentie, surtout lorsque les religieux eurent un peu d’argent à leur disposition pour leurs menus frais. Loin de thésauriser, il donnait tout jusqu’au dernier centime. On n’en finirait pas de parler du désintéressement total du P. Albert. J’en terminerai en rappelant ses liens avec les Petites Sœurs de l’Assomption, fondées par le P. Pernet en vue de soulager la misère ouvrière. Là il se sentait chez lui, heureux comme les pauvres de l’Évangile parce que leur seule richesse, c’est le Royaume. Heureux ceux qui souffrent. tant qu’il eut la santé, le travail n’était pas une souffrance pour le P. Albert même lorsque, jeune à peine sorti de l’adolescence, il devait manipuler les caisses de bière. Sa première grande souffrance physique, ce furent les années de guerre, un an de camp de prisonniers, puis il s’en fut dans une ferme de Bavière assurer les travaux des champs. Comme la grande majorité des prisonniers, il n’aimait pas parier de cette période, il ne voulait pas remuer des souvenirs trop pénibles ou trop vilains ou trop crucifiants. Dans ces situations, les droits de l’homme dont nous sommes si soucieux aujourd’hui, n’étaient pas monnaie courante. Et pourtant non seulement le mépris ou la haine de ses bourreaux n’a pas réussi à entamer son cœur, mais il s’est créé là-bas des amitiés qui ont duré jusqu’à ce jour. C’est là vraiment être artisan de paix .. ». Extrait de Belgique-Sud Assomption, texte non signé. Page :392/392

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Documents Assomption, Nécrologe (V) 1991-1993, p. 99-100.’ Belgique-Sud Assomption, 1993, septembre 1993, no 238, p. 2894-2900.