Albert (Henri-Jean-Alain) JAFFRY – 1916-1940

A Melle Jaffry, Caen, 21
novembre 1940.
Henri-Jean-Alain Jaffry est né le 20 décembre 1916 à Audierne dans le
Finistère. Il fait ses études secondaires à l’alumnat de
grammaire de Saint- Maur (Maine-et-Loire), de 1929 à 1932, puis
ses humanités à l’alumnat de Melle (Deux-Sèvres), de
1932 à 1934. Il prend l’habit religieux au noviciat de Pont-l’Abbé
d’Arnoult (Charente-Maritime), le 30 septembre 1934 sous le nom
de Frère Albert. Il y prononce ses premiers vœux le 1er octobre 1935. «
Effacé, sensible, d’une intelligence plus pratique que spéculative,
le Frère Albert fait bonne impression » témoigne son maître des
novices, le P. Pol de Léon Cariou. Il achève ses études secondaires à
Layrac
(Lot-et-Garonne) de 1935 à 1936 et entreprend ses études de philosophie
au scolasticat Saint-Jean à Scy-Chazelles (1936-1938). Il est alors
requis par les obligations de la vie militaire (1938-1940) et
trouve la mort dans les affrontements de Champagne le
17 mai 1940, devant Neufchâtel
(Aisne). Un de ses compagnons de régiment, G. Lerosier, fait
parvenir en novembre 1940, à la sœur du Frère Albert, le récit de ses
derniers moments:
« Le cher disparu était un de mes amis les plus chers et les plus aimés.
La Providence avait voulu que déjà, durant la paix, nous fussions
par un labeur d’apostolat. Au cercle catholique de Coulommiers dont
j’étais président, j’avais la grande joie de l’avoir comme trésorier.
Il fut toujours pour moi un collaborateur dévoué et un ami
sincère et précieux. La guerre nous sépara pour quelque temps.
Tandis que lui partait avec le régiment, je devais rester à Paris
et ne le rejoindre que quelques mois plus tard. Au temps de la guerre comme
au temps de paix, il faisait preuve du même courage souriant
et tranquille, de la même foi ardente dans le même apostolat. Et
les premiers mois de guerre passèrent, ne laissant en rien présager
l’horrible tragédie que nous avons dû vivre. Je ne puis me souvenir de la
date à laquelle il tomba. En effet, j’ai été moi-même blessé assez
grièvement et malheureusement ma mémoire s’est trouvée
fortement atteinte. Néanmoins les faits eux-mêmes touchaient
trop mon cœur,

« La dernière lettre que vous avez reçue d’Albert venait de Gorze
(Meurthe-et-Moselle) où nous étions en repos depuis un mois. Nous
quittions Gorze pour nous rendre à Morville, près de Pont-à-Mousson.
Le
15 novembre au soir, nous quittions Morville en autocars pour
arriver à Neufchâtel dans la nuit du 16 au 17 après une assez longue
marche, les cars nous ayant laissés un peu après Reims.
Jusqu’à ce moment, depuis le début de la guerre, le régiment avait
été très peu engagé: quelques escarmouches, quelques
combats de compagnies, peu de chose enfin. Votre petit frère
n’a donc pas connu les angoisses de la défaite. Il est mort
croyant encore en une France victorieuse bientôt. La dernière fois
que je le vis avant ce triste matin, ce fut à Morville. Il
était comme de coutume très gai et même malicieux. Nous
fîmes quelques pas ensemble sur la route. Je ne devais
plus le revoir que mourant. A Gorze, je le voyais souvent,
toujours occupé à son souriant apostolat. Il est
mort saintement, comme il avait vécu, en soldat, en chrétien ».

Religieux de la Province de Bordeaux.

Une vie religieuse fauchée par la guerre. Henri-Jean-Alain Jaffry est né le 20 décembre 1916 à Audierne dans le Finistère. Il fait ses études secondaires à l’alumnat de grammaire de Saint- Maur (Maine-et-Loire), de 1929 à 1932, puis ses humanités à l’alumnat de Melle (Deux-Sèvres), de 1932 à 1934. Il prend l’habit religieux au noviciat de Pont-l’Abbé d’Arnoult (Charente-Maritime), le 30 septembre 1934 sous le nom de Frère Albert. Il y prononce ses premiers voeux le 1er octobre 1935. « Effacé, sensible, d’une intelligence plus pratique que spéculative, le Frère Albert fait bonne impression » témoigne son maître des novices, le P. Pol de Léon Cariou. Il achève ses études secondaires à Layrac (Lot-et-Garonne) de 1935 à 1936 et entreprend ses études de philosophie au scolasticat Saint-Jean à Scy-Chazelles (1936-1938). Il est alors requis par les obligations de la vie militaire (1938-1940) et trouve la mort dans les affrontements de Champagne le 17 mai 1940, devant Neufchâtel (Aisne). Un de ses compagnons de régiment, G. Lerosier, fait parvenir en novembre 1940, à la soeur du Frère Albert, le récit de ses derniers moments: « Le cher disparu était un de mes amis les plus chers et les plus aimés. La Providence avait voulu que déjà, durant la paix, nous fussions par un labeur d’apostolat. Au cercle catholique de Coulommiers dont j’étais président, j’avais la grande joie de l’avoir comme trésorier. Il fut toujours pour moi un collaborateur dévoué et un ami sincère et précieux. La guerre nous sépara pour quelque temps. Tandis que lui partait avec le régiment, je devais rester à Paris et ne le rejoindre que quelques mois plus tard. Au temps de la guerre comme au temps de paix, il faisait preuve du même courage souriant et tranquille, de la même foi ardente dans le même apostolat. Et les premiers mois de guerre passèrent, ne laissant en rien présager l’horrible tragédie que nous avons dû vivre. Je ne puis me souvenir de la date à laquelle il tomba. En effet, j’ai été moi-même blessé assez grièvement et malheureusement ma mémoire s’est trouvée fortement atteinte. Néanmoins les faits eux-mêmes touchaient trop mon coeur, fraternellement uni au sien, pour que je les oublie. J’étais brancardier au 2ème bataillon lorsque cette nuit-là, nous arrivâmes à Neufchâtel. Il était environ minuit: brisés de fatigue, nous nous installâmes tant bien que mal dans nos cantonnements pour dormir quelques heures. A cinq heures du matin, un fracas épouvantable réveille tout le monde. Des avions ennemis bombardent la ville. Pendant dix minutes, ce ne sont que détonations, explosions, ronflements de moteurs. Enfin les avions disparaissent. Un cri partout: brancardier, brancardier! Nous nous précipitons. Je reçois l’ordre d’aller chercher deux petites filles blessées. Je suis absent vingt minutes. Quand je reviens, c’est pour apprendre du médecin lui-même l’atroce nouvelle: ‘Un de tes copains est blessé, un petit abbé!’. Je me précipite: je le vois allongé sur un brancard, le milieu du corps couvert de sang. Je me penche, Il a les deux yeux clos. Le docteur est près de nous et je lui pose la question: ‘Il est mort?’ Il me répond: ‘Non, mais…’. J’ai compris. Mon vieux camarade va m’être ravi! je crois que j’éprouvai ce jour-là ma première douleur d’homme et les larmes silencieuses qui roulaient sur mes joues étaient les premières que je versai depuis mon enfance. J’ai, à tort ou à raison, la réputation d’être un type rude et insensible. Et pourtant, ce jour-là, j’ai pleuré tout seul dans mon coin sur le corps douloureux de mon ami. Son pauvre corps n’était qu’une plaie et pourtant, à ce moment, il ne semblait pas souffrir. On lui avait fait ses pansements sans qu’il remuât. Au bout d’un moment pourtant il s’agita; je lui donnai un peu d’eau. Il parut me reconnaître, il prit ma main dans sa pauvre main à lui. Maintenant il repose un peu, ses lèvres s’agitent pourtant. Tout à coup, il semble souffrir, il appelle au secours. ‘Les avions, les avions!’. Puis l’éternelle plainte de tous ces pauvres gens, même de ceux qui n’ont jamais connu leur mère: ‘Maman’. Pendant une heure, il se débat ainsi contre la mort. L’abbé Pontigny lui donne l’extrême-onction. Il ouvre les yeux et me voit auprès de lui. Je lui parle, ses yeux disent qu’il me reconnaît. Sa main serre plus fort la mienne. Bientôt il perd connaissance. Enfin il se détend peu à peu. C’est fini. Nous le conduisîmes le soir au cimetière avec les autres».

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Lettre à la Dispersion 1940, n° 828, p. 8; n° 833, p. 75. Lettres de G. Lerosier à Mlle Jaffry, Caen, les 6 et 21 novembre 1940.