Alexandre CHILIER – 1843-1900

Nouvelles de Philippopoli,
1883.
« Votre conclusion ne me paraît pas très juste. Si elle l’est pour ce qui
est des pécheurs convertis et des poltrons devenus valeureux
[Apôtres], elle ne peut l’être en ce qui regarde ma petite personne. Car je
suis petit, demandez au bon Père Joseph
[Maubon]: je mesure à peine 1
m.55, juste de quoi faire un
‘piou-piou’ à épaulettes. Ce serait différent si vous me demandiez la vie
de St François-Xavier, ah alors je comprendrais. Mais désirer connaître ce
que fait le petit A. Chilier, vous en aurez vite fait et vous n’aurez pas
grand’chose à imiter. Je vous dirais cependant que la maison de
Philippopoli fondée en novembre 1863, après vingt ans d’existence, n’a rien
perdu ni gagné. La mission qui m’a été confiée en 1867 a été une mission
d’observation. Il est vrai que nous faisons l’école à
150 petits Bulgares à qui nous avons appris à se laver, Nous avons fait un
cercle catholique que par charité on a détruit. A l’époque du soulèvement
bulgare en 1876 jusqu’en
1880, nous nous sommes occupés des ambulances bulgares, turques et russes,
de comités de bienfaisance pour le rapatriement.
Alex Chilier.

Religieux français.

Un Nîmois missionnaire en Orient.

Né à Nîmes (Gard) le 10 octobre 1843, Alexandre entre au collège de l’Assomption comme élève où il est attiré par la personnalité du P. d’Alzon. En 1864, il va sous la conduite du P. Hippolyte Saugrain accomplir son temps de noviciat au Vigan (Gard) jusqu’en 1866. Il est reçu comme profès en mai 1866 et rapidement formé à la théologie à Nîmes (1866-1867). Mgr Plantier l’ordonne prêtre le 15 juin 1867. Sur son désir, le P. Alexandre est envoyé missionnaire en Bulgarie épauler la fondation assomptionniste de l’école Saint-André à Philippopoli que dirige le P. Galabert et où se dévoue déjà son frère Jacques. C’est là le cadre de la mission du P. Alexandre pendant 33 ans, une vie apostolique conduite dans l’humilité des débuts, le courage des innovations tatonnantes et l’entrain d’une vie fraternelle qu’il sait égayer de son calme et de sa bonne humeur. Maître d’école à Saint-André, supérieur de la communauté (1867-1884), il vit sereinement la guerre russo- turque de 1877-1878, en apportant de l’aide à tous les blessés sans distinction de nationalité ou de religion. En 1885, il prend en charge la direction de l’école d’Andrinople et a la douleur d’apprendre la mort subite du P. Galabert, venu à Nîmes. Le P. Picard le nomme alors supérieur de la mission d’Orient qui commence à s’étoffer depuis 1883. Il revient après 1891 – où la charge générale passe au P. Alfred Mariage – à Philippopoli comme supérieur de la communauté locale, mais cette fois au collège Saint-Augustin nouvellement fondé (1890-1893) près des bords de la Maritza, puis à l’école Saint-André où il a fait ses premières armes (1893-1897). Il accepte encore d’être à la tète d’une nouvelle fondation, le collège de Varna (1897-1899), sur les bords de la Mer Noire. Fatigué, il retourne à

Nouvelles de Philippopoli, 1883. « Votre conclusion ne me paraît pas très juste. Si elle l’est pour ce qui est des pécheurs convertis et des poltrons devenus valeureux [Apôtres], elle ne peut l’être en ce qui regarde ma petite personne. Car je suis petit, demandez au bon Père Joseph [Maubon]: je mesure à peine 1 m.55, juste de quoi faire un ‘piou-piou’ à épaulettes. Ce serait différent si vous me demandiez la vie de St François-Xavier, ah alors je comprendrais. Mais désirer connaître ce que fait le petit A. Chilier, vous en aurez vite fait et vous n’aurez pas grand’chose à imiter. Je vous dirais cependant que la maison de Philippopoli fondée en novembre 1863, après vingt ans d’existence, n’a rien perdu ni gagné. La mission qui m’a été confiée en 1867 a été une mission d’observation. Il est vrai que nous faisons l’école à 150 petits Bulgares à qui nous avons appris à se laver, Nous avons fait un cercle catholique que par charité on a détruit. A l’époque du soulèvement bulgare en 1876 jusqu’en 1880, nous nous sommes occupés des ambulances bulgares, turques et russes, de comités de bienfaisance pour le rapatriement. Alex Chilier.

Notices Biographiques A.A Andrinople pour y mourir le 25 juillet 1900. Ses restes sont inhumés dans le petit cimetière de Karagatch, banlieue d’Andrinople.

Aux débuts de la Mission d’Orient, dans l’imbroglio politico-religieux.

Le P. Alexandre Chilier fait partie de cette poignée de religieux pionniers qui eurent la rude tâche d’assurer et de consolider les projets missionnaires du P. d’Alzon, décidés en 1862, épaulés par les Sœurs Oblates dont la fondation en 1865 est directement liée à cette mission. Dépêché sur place à la fin de l’année 1862, le P. Victorin Galabert qui est honoré de trois doctorats ouvre d’abord une toute petite école primaire dès 1863, Saint-André, à Philippopoli- Plovdiv, sur un emplacement qui jouxte la cathédrale latine de la ville consacrée à Saint-Louis des Français. La ville, à l’époque, est encore sous le joug ottoman Les religieux sont aux premières lignes au moment de la guerre de libération de 1877-1878 à l’issue de laquelle les Bulgares, aidés des Russes, obtiennent l’avantageux traité de san Stefano, très vite réduit ou revu à la baisse par le Congrès de Berlin (1878). De son vivant, le P. Galabert essaie d’établir dès les années 1869 la tête de la Mission en direction de Constantinople, à Andrinople ville, puis très vite dans les faubourgs de cette ville à Karagatch (1873). On tente même de fonder un collège dans la capitale bulgare à Sofia, essai de courte durée (1881-1885). Par contre, le P. Alexandre réussit à acheter un terrain en 1882 où l’architecte Pernigoni construit ce qui va devenir au fil des ans le collège Saint-Augustin (1885), de grande réputation, reconnu sur le plan académique aussi bien par l’état bulgare que par l’état français. Les difficultés des religieux en Occident à partir de 1880 favorisent le déplacement de forts contingents assomptionnistes en Orient. En 1883, le jeune Père Joseph Maubon prend la tête d’une communauté de nouveaux novicesprofès qui vont s’établir en plein quartier turc à Constantinople, Koum-Kapou. C’est le début d’une chaîne de fondations au cœur de l’empire turc qui ne prendra fin qu’avec la première guerre mondiale: Phanaraki (1886), Brousse (1886), Jérusalem (1887)…

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Aux Frères de la Dispersion en orient, 1er août 1900. L’Assomption 1900, n° 45, p. 136. Lettres d’Alzon, t. XIII (1996), p. 441. Notice biographique par le P. Marie-Alexis Gaudefroy. Les ACR gardent une part de la correspondance du P. Alexandre Chilier ainsi des rapports et des mémoires sur la Mission d’orient où le P. Alexandre est supé- rieur après le décès du P. Galabert de 1885 à 1891. Plusieurs correspondances inédites du P. A. Chilier ont encore été découvertes en 1995 dans les Archives d’Etat de Plovdiv (fonds bulgare 186 K, inventaire Marinov). Le P. A. Chilier est l’auteur d’un mémoire en 1878 sur la mission en Bulgarie.