Alphone-Marie (Gabriel) BUGNARD – 1918-1985

L’Assomption en Côte d’Ivoire.

En 1957 Mgr. Boivin, archevêque d’Abidjan propose au P. Bruno Linder,
provincial de Lyon, de prendre en charge un collège en formation à Abidjan
Notre-Dame d’Afrique, et quelques postes missionnaires.

Quatre religieux sont mis à disposition pour la rentrée d’octobre 1957. Le
collège est remis en 1964 entre les mains des Marianistes, avec l’accord de
Mgr Yago le nouvel archevêque. L’Assomption manque de personnel qualifié
et plusieurs religieux sont volontaires pour un autre type de mission.
Aussi pour satisfaire la demande de vie missionnaire sur place, est
acceptée la prise en charge de postes en brousse: Aboisso, Adiaké, Abyt,
Etiouché, Assomlan, Tiampoum, Frambo, Kadiakro… Aboisso est une petite
ville et port au bord de l’Abia, où les Pères des Missions Africaines ont
pris pied en 1905. Sont rattachées à ce centre 22 stations secondaires que
prennent en charge en 1958 les PP. Jean Robert et Louis Durget à partir de
1958, puis N. Chardon. Le P. Gabriel porte la responsabilité du groupe
d’Adiaké à partir de
1970. Les derniers postes desservis sont Port-Bouet et Grand-Bassam (1988).

Religieux de la Province de France. Une fratrie sacerdotale à l’Assomption. Gabriel est né le 28 septembre 1918 à Fontainebleau (Seine-et-Marne) où le père de famille, François Théophile, travaille dans les Postes. Peu après, la famille est de retour en Savoie et se fixe à Chambéry, Jacob-Belle-combette. Les quatre garçons, Lucien, Gabriel, Noël et André, se retrouvent tous dans la famille de l’Assomption. Après des études primaires à Cognin, Aix-les- Bains et Chambéry, Gabriel commence sa scolarité secondaire au collège de Rumilly puis entre à Saint- Sigismond (Savoie) de 1928 à 1932 avec son frère aîné, Lucien, futur P. Anthelme et passe ensuite à l’alumnat de Miribel-les-Echelles (Isère) de 1932 à 1935. Gabriel reçoit l’habit au noviciat de Nozeroy (Jura) en septembre 1935 et y prononce ses premiers vœux le 30 septembre 1936 sous le nom de Frère Alphonse-Marie: « Artiste, sensible et bon, impulsif, d’une intelligence assez vive, bon chantre et bon lecteur » remarque le maître des novices, le P. Gausbert Broha. Il se rend alors à la maison Saint- Jean de Scy-Chazelles (1936-1939) pour les études de philosophie: la guerre éclate. Au moment de l’armistice en juin 1940, il est en Alsace et réussit à passer en Suisse. Les ‘internés’ y jouissent d’un régime assez libéral puisqu’il arrive même à suivre des cours de théologie à Fribourg! En janvier 1941, le Fr. Alphonse-Marie se trouve à Layrac, en zone libre, où l’on organise tant bien que mai un cours intensif de théologie pour les rescapés de la zone Sud. C’est là qu’il prononce ses vœux perpétuels le 19 mars 1942. Avec son frère Noël, il reçoit les ordres mineurs dans la chapelle de Mgr. Rodié, évêque d’Agen (juin 1942). Lucien, alias Fr. Anthelme, venu de Lormoy, les rejoint en Savoie et les trois frères sont ordonnés prêtres le 19 juin 1943 dans la chapelle de l’alumnat de Saint-Sigismond. Un quatrième, Fr. André les rejoindra un peu plus tard. L’événement est célébré par Henry Bordeaux. Professeur malgré lui. Le P. Gabriel – il a laissé tomber par la suite les prénoms d’Alphonse-Marie- commence par être enseignant à Briey (1944-1945) dans les conditions précaires de l’époque, puis deux ans à Scy-Chazelles (1946- 1947). Il est désigné ensuite pour le collège de Worcester aux U.S.A. (1947-1952). Mais missionnaire dans l’àme, il songe surtout à la Mandchourie: en prévision il laisse pousser sa barbe et emporte des fourrures. Il aime se prêter au ministère paroissial à Hartford (Connecticut) et au camp de Baker Lake où il passe l’été à défricher. De 1952 à 1957, il va enseigner l’anglais au collège de Mongré (Rhône). Partout il se montre excellent confrère en communauté, volontiers farceur,

avec un brin d’exagération pour étonner et forcer la discussion. En un temps où le régime des nouvelles est rare et surveillé, il bricole un poste à galène pour donner la primeur des événements à ses confrères, avec quelques commentaires de son crû. La nouveauté ne l’effraie pas et il cherche à renouveler les collections des bibiothèques qui en sont restées à Théophile Gautier! Il pratique volontiers la vertu qu’Aristote en son temps et en sa langue qualifiait d’eutrapélie.

En Côte d’ivoire, enseignement et mission.

Le P. Gabriel est de la première équipe qui va ouvrir un collège à Abidjan, Notre-Daine d’Afrique. Il s’adapte à cette vie missionnaire et aventurière qu’il aime: débroussailler, construire au bord de la lagune, conduire le car de ramassage scolaire (1957-1964). En 1964, le collège est confié aux Marianistes. Le P. Gabriel peut réaliser son rêve de partir en brousse. Pendant 12 ans (1964-1972), il anime divers postes de mission: Aboisso, Adiaké, Port-Bouet. Homme distrait, simple et bon, il est aimé de ses ouailles. Mais en 1976, pour des raisons de santé, il doit rentrer en France. Il est alors quelque temps en repos et en soins à Lyon- Debrousse. En 1977, il lui est demandé d’animer des groupes de pèlerins à Jérusalem. C’est avec joie qu’il rejoint la communauté de Saint-Pierre en Gallicante (mars 1977).

Jérusalem (1977-1979).

Le P. Gabriel passe deux ans à Jérusalem, estimé pour son égalité d’humeur, son sens pratique, sa serviabilité, sa compétence pour les groupes anglophones et francophones. En novembre 1978 se déclare un cancer à la bouche. Il est soigné énergiquement à l’hôpital Hassadah, mais les rayons lui font tomber toutes ses dents et il n’a plus de salive. Cette étape de Jérusalem le prépare à vivre un vrai chemin de croix.

Au repos.

Obligé de rentrer à Lyon en mai 1979, il est soigné et déclaré guéri au centre Léon Bérard. Mais handicapé, il est nommé à Saint-Sigismond en septembre 1979. Toujours serviable et fraternel, il est encore heureux de pouvoir jardiner et courir les bois à la recherche de champignons. En 1984 un malencontreux accident de mobylette lui provoque beaucoup de souffrances: côtes cassées, décalcification de la colonne vertébrale. Il est hospitalisé à Chambéry où l’on découvre un cancer des os. Quand il revient à Saint-Sigismond, l’attendent quatre mois difficiles: il ne marche qu’à grand peine avec des béquilles. Ses sœurs se relaient à son chevet. On réussit à le faire entrer dans une maison de soins d’Albertville, la maison Léger. Il y meurt paisiblement le 21 septembre 1985. Les obsèques sont célébrées le 23 septembre, présidées par Mgr. Feidt. Il y est lu la prière de Teilhard de Chardin: ‘Seigneur, ce n’est pas assez que je meure en communiant: apprenez-moi à communier en mourant.’

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Documents Assomption, Nécrologe (III) 1984-1986, p. 88-90. Assomption-France, 1985, Nécrologie n° 4, p.88-90. Echo de la lagune (collège N.-D. d’Afrique d’Abidjan). Rhin-Guinée, novembre 1958, n° 9 (échos de la C8te d’Ivoire), p. 2-12.