Alphonse-Burgard (Charles) BURGARD – 1879-1913

Difficultés au noviciat.

« Ici tout va son train ordinaire. Padoue [P. Antoine de Padoue Vidal,
maître des novices] n’est pas plus enthousiasmé ni plus enthousiasmant que
d’ordinaire. Vendredi nous avons salué les étudiants en route: si le P.
Général arrive à savoir cela! Car nous n’avons
pas seulement manqué au droit canonique mais encore à la rubrique qui
défend d’interrompre l’Office! Quant aux novices, il y a bien des choses
qui m’ennuient à leur sujet. J’a i vu l’autre jour le Fr. Virgile. Je l’ai
remonté. I1 me dit que la vie est trop difficille et qu’il n’y a personne
pour le remonter, il veut changer de confesseur parce que le sien
ne comprend rien. Je ne puis tout de même pas me proposer. Je n’aurais pas
cru au début que j’aurais tant à souffrir au noviciat. Plusieurs frères
sont mélancoliques, ainsi le Fr. Polyeucte. Ils ne savent jamais ce que
pense le maître des novices, lui ne dit jamais s’il est content d’eux: il
ne dit rien. A leur âge, on a besoin d’être encouragé, fortifié et relevé
par un mot bien senti. Que voulez-vous que je fasse, je ne suis pas le
maître des novices ».
P. Burgard au P. Merklen. Louvain. 2.08.1908.

Religieux alsacien.

Le court destin des jours

Charles Burgard – à ne pas confondre avec son homonyme: Joseph-Jacques Burgard, en religion également Burgard Burgard, né en 1892, assomptionniste aussi, mais jusqu’en 1933 seulement, date de sa sortie de la Congrégation pour l’incardination au diocèse de Strasbourg – est né le 13 octobre 1879 à La Wantzenau, près de Strasbourg (Bas-Rhin), de Jacques et de Rosalie née Adam. Ayant vécu dans la tranche historique où l’Alsace est par force germanisée, Charles est de nationalité allemande. Deux de ses frères et une sœur se destinent aussi à la vie religieuse. Charles fait ses études secondaires à Taintegnies en Belgique de 1894 à 1899. Il prend l’habit le 8 septembre 1899 à Livry sous le nom de Frère Burgard. « Frère très consciencieux, surnaturel et pieux, intelligent, serviable, un peu trop sensible, timide ». L’année suivante il est profès temporaire et le 10 septembre 1901 à Louvain, il prononce ses vœux perpétuels. Toutes ses études ecclésiastiques se déroulent à Louvain, de 1901 à 1907. Il y est ordonné prêtre le 8 septembre 1906, à la fin de la troisième année de théologie comme c’est la coutume à l’époque. De 1907 à 1908, il est agrégé au corps professoral du noviciat pour les cours d’hagiographie et de liturgie. De 1908 à 1913, à part des interruptions momentanées pour des soins de santé, le P. Burgard est enseignant et supérieur (au moins jusqu’en 1912) à Bure (Belgique).

Une santé défaillante.

Le P. Burgard rend compte au P. Emmanuel Bailly de l’évolution préoccupante de sa santé le 14 avril 1913, de Erienbad, près d’Achern dans le pays de Bade: « Je tiens à vous donner des nouvelles sûres concernant mon état,

Difficultés au noviciat.

« Ici tout va son train ordinaire. Padoue [P. Antoine de Padoue Vidal, maître des novices] n’est pas plus enthousiasmé ni plus enthousiasmant que d’ordinaire. Vendredi nous avons salué les étudiants en route: si le P. Général arrive à savoir cela! Car nous n’avons pas seulement manqué au droit canonique mais encore à la rubrique qui défend d’interrompre l’Office! Quant aux novices, il y a bien des choses qui m’ennuient à leur sujet. J’a i vu l’autre jour le Fr. Virgile. Je l’ai remonté. I1 me dit que la vie est trop difficille et qu’il n’y a personne pour le remonter, il veut changer de confesseur parce que le sien ne comprend rien. Je ne puis tout de même pas me proposer. Je n’aurais pas cru au début que j’aurais tant à souffrir au noviciat. Plusieurs frères sont mélancoliques, ainsi le Fr. Polyeucte. Ils ne savent jamais ce que pense le maître des novices, lui ne dit jamais s’il est content d’eux: il ne dit rien. A leur âge, on a besoin d’être encouragé, fortifié et relevé par un mot bien senti. Que voulez-vous que je fasse, je ne suis pas le maître des novices ». P. Burgard au P. Merklen. Louvain. 2.08.1908. Notices Biographiques A.A Frère Damascène vous aura déjà dit sans doute que j’ai quitté Ascona il y a 15 jours. Comme je serais arrivé de nuit à Erlenbad et que j’aurais du faire une heure de voiture, je me suis arrêté chez ma sœur où je suis arrivé d’assez bonne heure et je me suis remis des fatigues du voyage. Je voudrais pouvoir vous dire, mon Père, que je vais bien et que je serai sous peu capable de travailler. Quand la supérieure d’ici m’a vu, elle a eu plutôt une impression défavorable à cause de ma maigreur. J’ai en effet beaucoup maigri. En quittant Ascona, je pesais 8 kg. de moins qu’à l’arrivée. Le Dr m’a ausculté et m’a dit que cela n’allait pas trop mal. Or hier la supérieure m’a déclaré que le Dr lui avait dit à elle que j’étais moins bien qu’à mon départ pour la Suisse et que j’étais toujours bien malade. Voilà depuis novembre (1912) 4 médecins qui m’ont ausculté successivement. Tous les 4 ont déclaré que je n’étais pas ce qu’on appelle un poitrinaire, que le poumon droit souffrait d’une dépression mais que cela n’était pas si grave et pourrait se guérir. La supérieure prétend qu’ils ne disent pas la vérité et que je suis plus malade qu’ils ne le disent. Qui croire? J’ai déclaré à la supérieure que je ne tenais pas à passer ma vie dans une maison de santé, que je préférais de beaucoup rentrer au couvent. Elle est aussi de cet avis à condition que je ne travaille pas et que je prenne tous les soins nécessaires. La supérieure m’a donc conseillé de passer encore un mois ici et d’aller ensuite à Bure. Si vous trouvez qu’il est trop tôt pour moi de rentrer à Bure, je puis encore aller chez ma sœur religieuse. Elle est dans une maison de Reims en dehors de la ville. Elle est garde-malade et peut me donner tous les soins et surtout soigner la plaie qui n’est pas encore fermée. A Dure, le climat est bon et grâce à la présence du P. M.-Joseph il me sera facile de me reposer. Si j’ai quitté la Suisse, c’est que je ne pouvais plus manger ». La vérité se trouve dans deux correspondances du P. Férréol, supérieur de San Remo (Italie) qui accueille le P. Burgard mourant accompagné de sa sœur religieuse: « Le P. Burgard vient d’être administré ce 18 octobre 1913, le Dr a jugé que le cœur est trop faible pour pouvoir tenir ». Le Père Burgard meurt le 24 octobre 1913, à 34 ans. Il est inhumé à San Remo. Le P. Férréol conclut dans sa lettre du 28 octobre 1913 au P. Bailly: « La chère sœur Burgard est déjà partie, elle est bien la digne sœur de notre Père… Pour ce qui est de Menton, les PP. Eloi et Achille étaient venus à l’enterrement du bon Père Burgard. Tout notre monde est rentré: Fr. Victorin Planté le 22 au soir, P. Charles et P. Marie-Léon le 23 dans la journée: il semblait que le P. Burgard les attendait tous pour nous quitter. Nous autres nous espérions encore que c’aurait été pour le ‘Te Deum’ d’action de grâces au P. d’Alzon. Encore une fois je redis avec vous: que le saint nom de Dieu soit béni et sa volonté adorée.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Il n’existe aucune notice biographique sur le P. Burgard au moment de son décès, les Souvenirs s’interrompant fin 1912 et la Lettre à la Dispersion commençant en 1914. Notice biographique par le P. Marie-Alexis Gaudefroy. Lettres du P. Férréol au P. E. Bailly, San Remo, 18 et 28 octobre 1913. Lettre du P. Burgard au P. E. Bailly, 14 avril 1913. Les archives romaines ont gardé trace d’une cinquantaine de correspondances du P. Burgard, écrites entre 1901 et 1913, ainsi que ses rapports sur Bure (1908- 1912).