Alphonse CADOUX – 1861-1907

Souvenirs posthumes.

« Le P. Didier Nègre raconte qu’au Breuil où le P. Alphonse était
supérieur, lui encore
jeune religieux exprima à la récréation quelques idées libérales. Le P.
Alphonse qui était vif le gronda et l’envoya coucher. Le lendemain matin,
avant de dire sa messe, il lui dit: ‘Je vous ai fait de la peine, je veux
vous baiser les pieds’. Le Frère s’en défendit vainement et fut fort touché
de cet acte d’humilité de son supérieur dont les vivacités avaient des
réactions qui le faisaient beaucoup aimer… ».

« Quand le Procureur [de la république] se présenta à la maison du Breuil
pour les perquisitions en 1899, le P. Alphonse lui demanda: ‘Vous avez bien
souvenir du latin classique? Eh bien! lisez cela’. il lui offrit le De
morte
persecutorurn de Lactance. Le Procureur fut interloqué. Comme le P.
Alphonse avait refusé de répondre pendant la perquisition, le magistrat lui
dit en partant: ‘Quel est votre dernier mot?’. « Vous le voulez? Eh bien,
je vous maudis! ». ‘C’est dur pour un père de famille qui va avoir un
nouvel enfant’. « Alors, je le retire ». Le Procureur lui fit part ensuite
de la naissance de son fils ».

Religieux français.

Un haut-Savoyard, pionnier des alumnats.

Alphonse-Xavier voit le jour le 11 janvier 1861 à Dungy-Saint-Clair, petite localité de Haute- Savoie, au foyer de Joseph Cadoux et de Marie, née Dufournet. Sa scolarité commence au collège de La Roche et se poursuit dans les alumnats de l’Assomption de 1874 à 1879: Notre-Dame des Châteaux (Savoie), Alès (Gard) et Nîmes. C’est à Nîmes qu’il reçoit l’habit religieux des mains du P. d’Alzon le 29 septembre 1879. Toute sa vie, il conservera le souvenir des commentaires du P. d’Alzon sur Saint-Thomas qui laissent en lui une profonde empreinte et jusqu’à la fin de sa vie il demeurera fidèle à la lecture quotidienne du Docteur Angélique. Le P. Emmanuel Bailly, son maître des novices, l’accompagne sur les chemins de l’exil en décembre 1880. C’est à Osma qu’il prononce ses vœux perpétuels le 29 septembre 1881 entre les mains du P. Picard et qu’il accomplit ses études de philosophie. Jeune profès, il passe quelques mois à l’alumnat d’Alès en 1880 avant de gagner Rome pour la théologie. Il y est ordonné prêtre le 28 février 1885 à Saint-Jean de Latran.

Professeur dans les alumnats.

Rentré en France, il consacre sa vie aux alumnats qui se développent un peu partout dans l’hexagone: Nice dans les Alpes-Maritimes (1885-1886), Roussas dans la Drôme (1886- 1889) et surtout Le Breuil dans les Deux-Sèvres, d’abord comme professeur de 1889 à 1901, puis comme supérieur de 1901 à 1905. A la demande du P. Picard, il obtient les grades académiques pour en être le titulaire en 1889. Ses anciens élèves aiment s’accorder à le présenter comme un religieux travailleur, simple et dévoué, cachant un cœur d’or sous des apparences un peu rudes.

Souvenirs posthumes.

« Le P. Didier Nègre raconte qu’au Breuil où le P. Alphonse était supérieur, lui encore jeune religieux exprima à la récréation quelques idées libérales. Le P. Alphonse qui était vif le gronda et l’envoya coucher. Le lendemain matin, avant de dire sa messe, il lui dit: ‘Je vous ai fait de la peine, je veux vous baiser les pieds’. Le Frère s’en défendit vainement et fut fort touché de cet acte d’humilité de son supérieur dont les vivacités avaient des réactions qui le faisaient beaucoup aimer… ».

« Quand le Procureur [de la république] se présenta à la maison du Breuil pour les perquisitions en 1899, le P. Alphonse lui demanda: ‘Vous avez bien souvenir du latin classique? Eh bien! lisez cela’. il lui offrit le De morte persecutorurn de Lactance. Le Procureur fut interloqué. Comme le P. Alphonse avait refusé de répondre pendant la perquisition, le magistrat lui dit en partant: ‘Quel est votre dernier mot?’. « Vous le voulez? Eh bien, je vous maudis! ». ‘C’est dur pour un père de famille qui va avoir un nouvel enfant’. « Alors, je le retire ». Le Procureur lui fit part ensuite de la naissance de son fils ».

Notices Biographiques A.A Il est en première ligne lorsque survient le temps des perquisitions puis des expropriations et des expulsions. Bien que déjà malade, il retrouve une forte énergie pendant quatre ans pour tenir tête à l’orage et finalement céder devant la force publique. Il soutient procès sur procès, est même condamné à huit jours de prison mais ne veut se rendre qu’après avoir épuisé toutes les juridictions. Il trouve le temps durant ces années difficiles de préparer des recueils de textes chrétiens et d’annoter une vie de Saint Benoît. Pendant les récréations, sa santé ne lui permet pas de prendre part aux jeux, mais il aime, sous les cèdres ou dans les prairies de la propriété, encourager ses élèves se disputant la victoire des parties de jeu. Il apporte de l’entrain aux soirées et aux séances organisées chaque semaine: les meilleures pièces sont ensuites choisies pour paraître dans le journal local des alumnistes: le Grelot ou le Tam-Tam. Il ne se passe pas une semaine sans la visite des gendarmes. Les professeurs doivent par précaution quitter l’habit religieux et lui-même doit se présenter chaque jeudi devant le tribunal de Melle où il ne ménage guère les juges dans ses paroles. En 1905, l’alumnat est expulsé. Le P. Alphonse, très malade, doit se retirer à San Remo, sur la côte italienne, mais il continue de signer sa correspondance: ‘un exilé du Breuil’. A San Remo, il essaie de refaire ses forces (1905-1907). Il comprend très vite qu’il doit se préparer au grand passage.

Les deux dernières années à San Remo.

Bien que très entouré par un de ses anciens élèves, le P. Alphonse ne peut retrouver ses forces d’antan. Il voit tomber autour de lui le P. Armand-Gabriel de Combes (1906) et le P. Pargoire (1907), un de ses anciens élèves de Roussas avec lequel il entretient un correspondance fidèle. Le 2 novembre 1907, le P. Emmanuel Bailly, son supérieur général et ancien maître de novices, lui donne les derniers sacrements. Le P. Alphonse meurt le 4 novembre 1907 à San Remo. Les funérailles sont célébrées le lendemain 5 novembre. Gràce à la complaisance d’un chanoine de la ville, ami de la communauté, les corps des religieux défunts peuvent être réunis dans un même tombeau.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Lettres d’Alzon, t. XIII (1996), p. 438-439. L’Assomption 1907, n° 132, p. 180-182. Lettre à la Dispersion 1909, n° 27, p. 107-108. Le Correspondant des alumnats, 1907, n° 9, p. 150-152. Circulaire Bailly n° 41, novembre 1907 (édit. t. I, p. 367-369. Notice biographique par le P. Marie-Alexis Gaudefray. Le P. Cadoux a laissé dans les ACR quelques correspondances (1885-1907).