Anatole (Ambroise Théodore) FUCHS – 1880-1958

Aménagements à Scheldegg.
« C’est un isolé de Scheldegg qui s’adresse à vous. J’aime à croire que
vous êtes au courant de tous les faits et gestes qui se sont passés ici ces
derniers temps. Le P. Zéphyrin Soller a dû vous raconter tout. Nous sommes
ici actuellement 28 personnes: le Frère Meinard qui f ait classe à 8
étudiants, 18 frères convers et votre serviteur. J’en
ai accepté un hier présenté par son curé et un autre doit venir à partir de
Pâques. Ces jeunes gens sont pleins de bonne volonté; il y en a parmi eux
qui attendent depuis 4 ans pour pouvoir entrer au noviciat. Leur esprit est
excellent, au moins pour la plupart et surtout pour les plus anciens. Il y
a bien l’un ou l’autre jeune qui est un peu léger. Malheureusement
depuis 6 mois on n’a plus fait de recrutement, car la vie ici, avec le P.
Burgard, devient insupportable et moi-même je me suis souvent demandé
comment ces frères peuvent- ils rester ici où les occasions d’aller
ailleurs ne manquent pas ? Pour le moment on travaille activement à
installer la nouvel le maison. J’ai signé un contrat pour le chauffage
central. Tout l’ancien matériel
est en bon état. Le bulletin tire à 31.000 ex. … ».

Anatole (Ambroise Théodore) FUCHS

1880-1958

Religieux de la Province de Lyon.

Un alsacien engagé.

Ambroise Fuchs est né le 20 février 1880 à Boilwiller en Haute-Alsace, à l’époque où cette province française est sous administration allemande. Il exerce la profession de boulanger quand en 1911, à 31 ans, il sollicite son ad mission à la maison des vocations tardives de Sart-les-Moines (Belgique). Sa demande est agréée. Il possède une belle intelligence pratique, un grand savoir-faire dont tous ses supérieurs successifs vont se louer, et un grand dévouement. Grâce à un acharnement peu commun au travail (1911-1914), il parvient à des résultats satisfaisants dans les études, conservant toujours son accent du terroir et sa marque d’origine alsacienne qui égaie ses jeunes confrères, sans que lui-même s’en offusque. En juillet 1914, il passe en Alsace quelques semaines de vacances en famille, avant d’entrer au noviciat de Limperstberg au Grand-Duché de Luxembourg. La guerre éclate. Anatole a déjà fait son service militaire dans la marine allemande, mais voulant échapper à une nouvelle mobilisation contraire à ses sentiments francophiles, Ambroise se hâte de gagner la Belgique. Les Allemands y arrivent presque en même temps que lui; et ce n’est pas sans péril, que déserteur, insoumis, il va échapper en se cachant dans des communautés assomptionnistes (Sart, Taintegnies, Louvain), aux investigations de la police allemande. Le noviciat commence pour lui le 15 septembre 1916 à Louvain, sous le nom de Frère Anatole. Ce n’est qu’en 1918, le 19 mai, qu’il peut prononcer ses premiers vœux (1). Il n’oublie pas de mettre en œuvre sa marche vers le sacerdoce, malgré des difficultés à ‘dérouiller’ une mémoire trop longtemps en friche. En 1915, le Frère Anatole a déjà commencé sa philosophie à Louvain; il enchaîne, après le noviciat,

avec les études de théologie et peut être ordonné prêtre le 24 février 1924. Il a fait profession perpétuelle le 16 mai 1921.

Ministères.

Pendant les dix premières années de son sacerdoce (1924-1934), le P. Anatole est affecté successivement aux maisons d’éducation: Scherwiller (Bas-Rhin) de 1924 à 1926, Karagatch près d’Andrinople (Turquie d’Europe) de 1926 à 1928, Jérusalem de 1928 à 1931, Scy- Chazelles en Lorraine de 1931 à 1932 avant de connaître Scheldegg en Allemagne (Bavière), les années 1932 et 1933. En 1933, malade, il arrive à Lorgues (Var) où vont s’écouler les 26 dernières années de sa vie. Dans cette résidence, il va parfois remplacer les curés des environs; il prête son concours à la paroisse de Lorgues pour les messes chantées mais c’est surtout comme infirmier qu’il dépense ses forces, veillant nuit et jour les malades avec abnégation. Le P. Jean de Matha, son supérieur à Lorgues, lui rend témoignage: « Quelle exactitude comme réglementaire! Quelle régularité dans les exercices de piété! Quelle assiduité à lOffice à la chapelle! Il fait, chaque après-midi, son chemin de croix. Au début de l’année 19-58, sa jambe enflée depuis des années se met à couler, puis la circulation devient de plus en plus défectueuse. Il a à certains moments des étouffements inquiétants. Durant l’été, il se porte mieux, commence à reprendre sa place à la salle à manger, mais il n’est plus le même. Il reste sans appétit. Il doit de nouveau s’aliter en octobre et sa fatigue donne des inquiétudes au point qu’on juge prudent de lui administrer l’extrême-onction. Le P. Celse Ract qui est en visite canonique lui donne le sacrement, le 29 octobre [1958]. Il tient encore jusqu’au 4 décembre suivant, avec des hauts et des bas, puis l’enflure monte et finit par l’étouffer. Il rend le dernier soupir, le 4 décembre 1958, vers les 18 heures ». Les obsèques sont célébrées à Lorgues et le corps du P. Anatole repose dans un loculus de la chapelle de la Dormition, sise dans la propriété de la communauté lorguaise. (1) Un détail à noter, qui en dit long sur la capacité de dévouement du Frère Anatole, cette remarque du P. Possidius Dauby à Louvain, en 1919: z On peut tout demander au Frère Anatole. C’est à peine demandé que c’est déjà fait. Il a un savoir-faire remarquable pour le maniement des affaires, du jugement et beaucoup de conscience. Le Frère s’est soustrait par amour pour la France au service militaire allemand. Durant la guerre, les Allemands l’ont recherché dans plusieurs de nos maisons, mais vainement ».

Bibliographies

Bibliographie et documentation: B.O.A., juin 1959, p. 56. Rhin-Guinée, décembre 1958 (annonce du décès du Fr. Anatole Fuchs). Lettre à la Famille, 1959, n° 275, p. 251. Dans les ACR, correspondances (1923-1932). Lettre du P. Anatole Fuchs au P. Gervais Quenard, Scheidegg, 20.12.1932. Notices Biographiques