Anatole(Octave-Antoine-A LONGOZ – 1880-1916

Silence de mort.
La dernière carte que nous ayons reçue du P. Anatole est du 8 juin (1916).
Ce silence de presque deux mois nous étonnait de sa part, car il nous
écrivait assez souvent, sinon longuement. Ses courts billets étaient pleins
d’entrain et
même d’une confiance un peu provocante. Dans son dernier mot, il annonçait
son entrée dans la fournaise et son espoir d’en sortir, car, ajoutait-il,
il n’y a que les mauvaises bêtes qui ont la vie dure, Il est bien
à craindre cependant que le pauvre Père y ait trouvé la mort. Nous n’avons
pas d’avis officiel ni aucune certitude. Mais les dires de ses compagnons,
seuls témoignages recueillis sous une forme encore vague et surtout son
silence prolongé nous font vivement craindre d’avoir à ajouter le P.
Anatole à notre nécrologe.
Marseille, 29 juillet 1916.
« Voici un nouveau deuil. Le frère du P. Anatole sort d’ici. Le P. Anatole
d’après des lettres de ses compagnons, serait mort à Fleury le 21 juin,
asphyxié dans son abri par les gaz boches. On a écrit au capitaine de sa
compagnie, on attend des détails. Dès que je les saurai, je vous les
communiquerai ». Dispersion, n° 405, 1916, p. 81.

Religieux français, mort à la guerre.

Mémoire du cœur et de la prière.

Pour le cinquantenaire des alumnats en 1921, le P. Eugène Monsterlet (1886-1922) fut chargé de rédiger une petite monographie sur l’alumnat de Brian (Drôme) dans laquelle il évoque, à cette date, le souvenir de condisciples déjà disparus, parmi lesquels le P. Anatole Longoz. Nous lui empruntons ces quelques lignes: « Octave Longoz était un enfant de la Maurienne (Savoie), un peu silencieux, mais très observateur, peu communicatif, mais jugeant parfaitement quand il le fallait. Il entra à l’Assomption et prit le nom de P. Anatole. Il fit ses études théologiques à Jérusalem et était attaché aux missions d’Orient quand la guerre éclata. A la côte de Froide-Terre, près de Verdun (Meuse), il fut enveloppé d’un nuage de gaz asphyxiants et mourut sur le champ d’honneur le 23 juin 1916».

Reconstitution biographique.

Octave-Antoine-Achille Longoz est né le 5 septembre 1880 à Modane (Savoie). Orphelin de bonne heure, il est pris en charge par des religieuses avant d’entrer à l’alumnat de Notre-Dame des Châteaux (1892-1895) pour ses études de grammaire. Après ses humanités à l’alumnat de Brian (Drôme), de 1895 à 1897, il entre au noviciat de Livry-Gargan (Seine-Saint-Denis) où il prend l’habit le 8 septembre 1897, sous le nom de Frère Anatole. Profès l’année suivante, il a la joie, en août 1899, de partir en pèlerinage à Jérusalem où il commence ses études de philosophie. Il prononce ses vœux perpétuels à Notre-Dame de France, à Jérusalem, le 4 octobre 1899. Deux ans plus tard, selon la coutume, il est envoyé pour enseigner dans les écoles d’Asie Mineure. Après un séjour de deux ans à Brousse (1901-1903) comme professeur et chef d’orchestre,

il revient à Jérusalem pour achever ses études de théologie (1906-1907), commencées à Kadi- Keuf et Phanaraki (1904-1906). Il est ordonné prêtre à Jérusalem le 9 mai 1907. Peu de temps après, il retrouve la mission d’Orient, comme professeur à Koum-Kapou (1907). Il se trouve à Ismidt quand la mobilisation le requiert pour ses obligations militaires. Dès la fin d’octobre 1914, il est envoyé sur le front de Lorraine, dans une compagnie de combat. Sergent-fourrier en 1916, il se trouve près de Verdun en juin 1916. Connu pour sa réserve habituelle, pour son humilité jointe à un grand dévouement, il attire à lui les sympathies de ses compagnons de combat dont font état des témoignages après sa mort, survenue près de Fleury-devant- Douaumont (Meuse), le 23 juin 1916. Il n’a que 36 ans. Son corps, retrouvé après la bataille, est inhumé au ravin des Vignes, près du village de Fleury, commune entièrement détruite.

Détails par l’abbé Bogros, aumônier au 129ème G.D.B.

« Dans la nuit du 22 juin [1916], vers 20 h., le P. Longoz prend le commandement d’une corvée de soupe et, avec une quinzaine d’hommes, quitte la tranchée pour aller rejoindre la cuisine roulante de la 22ème compagnie, installée dans un repli de la côte de Froide-Terre, distribuant un bouillon chaud. En gradé soucieux de son devoir et en prêtre désireux de rendre service, il s’assure que tous les hommes confiés à ses soins portent sur eux le masque protecteur en cas d’émission de gaz asphyxiants. Oubli ou dévouement, il n’en porte pas lui-même. Vers 21h.30, les Allemands déclenchent un tir d’obus à gaz toxiques. Au bout d’une heure, sur le plateau et dans les fonds de vallées, on respire un air empesté. Le P. Longoz marche quand même. Sentant l’effet nocif des gaz, il confie son détachement à un autre gradé et retourne sur ses pas pour aller chercher dans la tranchée un masque. Il est trop tard. Il meurt dans la tranchée, sans doute au matin du 23 juin. C’est après l’attaque du lendemain que son corps, retrouvé et identifié, est inhumé près du ravin des Vignes ». D’après une correspondance du 29 mars 1917.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Lettre à la Dispersion, 1916, n° 405, p. 81; 1917, n° 440, p. 161; n 445, P. 241-242; n° 449, p. 306; 1919, n° 569, p. 271. Notice biographique par le P. Marie-Alexis Gaudefroy. P. Eugène Monsterlet, Le cinquantenaire des alumnats, 1921, 76 pages- extrait cité page 14. Silence de mort: nouvelles transmises par la Lettre à la Dispersion (P. Félicien Vandenkoornhuyse). Du P. Anatole Langoz, dans les ACR, correspondances (1903-1915).