André (Armand-A.-J.) VAN VUCHELEN – 1929-1950

Taintegnies, 1950.
« En ce jour de la fête du Sacré-Cœur, notre fête patronale, nous vous
offrons nos vœux les plus fervents pour la saint Gervais. La prière de vos
novices belges
vous est assurée d’une manière spéciale pour ce jour. La maisonnée comprend
15 novices de chœur et 9 Frères convers dont trois postulants
et deux novices. Normalement nous serions 17 Frères de chœur, mais deux
d’entre eux sont malades sérieusement et sont retournés chez eux
provisoirement. L’un des deux, le Frère André, ne donne plus d’espoir de
guérison, depuis la fin du mois de janvier il a été pris par une méchante
encéphalite. Cette maladie exerce des ravages extraordinaires. Le Frère est
paralysé presque totalement, la vue et l’ouie sont très réduites, la
possibilité de s’exprimer quasi supprimée. Nous l’avons administré, il a
fait sa profession in articlo mortes. Les docteurs ne lui donnent plus
qu’un nombre très
restreint de jours de vie. L’autre Frère semble revenir à une vie
meilleure, ses nerfs se calment, il fera d’abord son service militaire,
cela nous permettra de mieux juger de la stabilité de sa guérison. Pour
l’année prochaine on annonce
14 novices de chœur». P. Stéphane.

Religieux de la Province de Belgique, profès in articulomortis. Eléments biographiques. Armand-Achille -José Van Vuchelen est né le 24 août 1929 à Hasselt, en Belgique, alors au diocèse de Liège. Il commence ses études secondaires au petit séminaire de Saint-Trond, de 1942 à 1944, les poursuit à Zepperen de 1944 à 1945 et les achève à Kapelle -op-den-Bos, de 1945 à 1949. Le 28 septembre 1949, il prend l’habit assomptionniste, sous le nom de Frère André, au noviciat de Taintegnies. Il meurt d’une encéphalite, le 24 juin 1950, à l’âge de 21 ans. Un de ses confrères, le Frère Alfred Godfroid, rappelle son souvenir: « Si je rassemble les quelques souvenirs épars de notre postulat et de notre noviciat, je pourrai peut-être développer quelques instantanés qui me sont restés bien .nets à la mémoire et qui rappellent le rapide passage de José Van Vuchelen, Frère André. Cette première promenade où notre grand gars s’écartait volontiers, pour rêver à son aise aux fleurs, aux oiseaux, peut-être pour penser simplement.. Un soir que je le rencontrai sur un palier, le surpris contemplant par la croisée la lune blafarde qui déployait une auréole de lumière floue. ‘Elle est bien belle, ce soir, André, lui glissai-je malicieusement’. Il sourit comme il le faisait, d’une façon espiègle, puis partit d’un rire jeune qui me sonne encore aux oreilles.. Il a vécu parmi nous, comme l’un de nous, aimant volontiers l’extra d’une farce, la joie, alors pétillait dans ses yeux et il trépignait d’aise en attendant que ‘ça saute’.. Au début de janvier, quelques signes de fatigue se manifestent, imperceptibles symptômes de la maladie qui devait l’emporter en quelques mois. Frère André craint tant que ce soit une entrave à son avenir qu’il prend soin de les taire: maux de tête, trouble de la vue. Un jour, sa main tremble si fort que la plume lui échappe des mains. Ce fait, survenu pendant la conférence, alarme le Père maître qui le fait s’aliter et prévient le docteur. Alors s’égrène la suite interminable des jours de janvier, pleins d’attente anxieuse et d’incertitude. Le Dr Dochy ne se prononce pas. Frère André va jusqu’à demander à son infirmier de ne pas faire remarquer que son bras se paiwyse et que ses repas deviennent laborieux. Le docteur diagnostique enfin une encéphalite et appelle en consultation, le 7 février, le spécialiste de Tournai. Le 8, les Notices Biographiques A.Adeux praticiens font une ponction dans la Page : 255/255 moelle épinière qui révèle aussitôt l’urgente gravité du cas. Le Père maître nous réunit le soir même dans la petite chambre d’infirmerie. Et notre Frère reçoit le sacrement des malades. La paralysie ne lui permet plus de s’exprimer que difficilement, et cependant, quelle lucidité dans son regard, quelle jovialité dans ses monosyllabes! Voici qu’il se prête aux onctions saintes avec une foi qui nous émeut tous. Il reçoit l’indulgence du jubilé en même temps qu’il acquiesce spontanément aux vœux in articulo mortis que prononce pour lui le Père maître… jamais je n’ai senti plus étroitement cette fraternité qui nous unissait tous, Frères novices, que près de cette couche où gisait l’un de nous et de tous nos cœurs montait la même prière, jaillissait le même ardent désir. ‘Que Dieu nous le rende, qu’il ne souffre pas trop. Et Dieu en décida autrement. Deux jours après, le 10 février, à 2 heures, une auto-ambulance transporte le Frère à la clinique de Saint-Trond, à proximité de son village, où sa mère et sa sœur, jour et nuit, pendant cinq mois, pourront lui prodiguer tous leurs soins. Toujours préoccupé de son idéal, le Frère, au moment du départ, réclame, non sans pénible effort, sa robe et son bréviaire, gardant toujours le vif espoir de pouvoir s’en servir à bref délai. Et les semaines s’écoulent, sans amélioration. Souvent, le Frère s’assoupit; il prend ses repas avec une difficulté qui met bien en relief l’inépuisable patience de sa maman et de sa sœur. Il ne s’exprime que par gestes, par des gémissements ou par des signes des yeux que seul comprend son entourage. Il accueille chaque visite du noviciat avec une joie qui prouvait l’attachement qu’il avait voué à sa nouvelle famille. Bien souvent l’un des Pères de l’alumnat voisin ou sa mère ne pouvaient lui causer plus grande joie que de lui faire une lecture spirituelle ou de lui lire une lettre des novices. Il reçoit jésus tous les matins et achève de se transformer ainsi dans l’intimité du grand Ami, dans l’épreuve de la souffrance: Dieu lui réservait cette autre vocation, d’être auprès de lui le protecteur et le soutien au ciel de ses Frères novices. Le 7 mars, André quitte la clinique pour la maison paternelle où Dieu cueillera sa jeune vie au milieu des lis fraîchement coupés… Et puis c’est là qu’il se prépare, en s’y donnant tout entier, à la grande rencontre… Le soir du 24 juin, il suffoque et, dans un dernier sursaut de vie, il saisit de ses mains décharnées que la paralysie ankylose, le crucifix qu’on lui tend. Ses yeux profonds fixent lentement sa mère, sa soeur, chacun des assis tan ts… Il pousse un soupir, puis expire… Au ciel l’Assomption accueillait un novice… Une foule immense, toute douloureuse de perdre un enfant qui devait lui revenir prêtre, vient de l’accompagner dans ses obsèques comme si ce fût à l’aube de ses prémices. Une profusion de fleurs et plus de quinze couronnes couvraient la bière portée par quatre de ses Frères. Si nous demandons à toute la famille de ne pas oublier notre Frère dans ses suffrages, nous pouvons aussi l’assurer de notre part qu’il n’oubliera personne de là-haut. Le noviciat que Dieu lui a fixé éternellement n’est-ce pas la plus belle saison d’une vie? nous vaudra à nous tous novices de la même famille une spéciale bénédiction. Page :256/256

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Lettre à la Famille, 1950, n° 100, P. 58-59. Lettre du P. Stéphane Lowet, maître des novices, au P. Gervais Quenard, Taintegnies, 16 juin 1950.