André HOOGHE – 1911-1998

Montmirail le 19 décembre
1960.

« Si vous n’avez pas encore reçu ‘La Bonne Nouvelle’ de Montmirail, c’est
que le nouveau curé, en rodage, ne l’a pas encore fait paraître.

C’est une négligence. Mais aussi, c’est parce que j’étudie et donc hésite
sur une nouvelle formule avec fonds commun.

Or la question financière me fait hésiter. Dès que le premier numéro,
changé ou non, sera paru, je vous l’enverrai.

Je vous souhaite une sainte fête de Noël.

Comme vous avez de la chance de vivre là-bas
[Rome], auprès des sources et des fondements.

Je mourrai sans doute avec ce rêve.

Bien religieusement et fraternellement votre en Notre Seigneur et en
Notre-Dame ».

P. André Hooghe au Père
Alphonse Picot.

Religieux de la Province de France.

Au temps de la jeunesse (1911-1938).

Aîné de sept enfants dont trois meurent en bas âge, André Hooghe est né à Saint-Pol-sur-Mer dans le Nord, le 13 novembre 1911. Après ses études secondaires au Bizet, près la frontière française en Belgique (1924-1927) et à Clairmarais (Pas-de- Calais), il entre au noviciat des Essarts (Seine- Maritime) et fait profession le 28 octobre 1930. Suivent une année d’études complémentaires et deux années de philosophie à Scy-Chazelles (Moselle), de 1930 à 1933. Frère André accomplit son service militaire à Dunkerque (Nord) de 1933 à 1934. Il vient au scolasticat Saint-Augustin à Lormoy (Essonne) pour la théologie, où il est ordonné prêtre par Mgr Pie Neveu, le 6 mars 1938.

Au service des vocations (1938-1959).

Le Père André est nommé professeur à l’alumnat du Bizet en 1938. Mobilisé l’année suivante près de Sedan, il se trouve en permission lors de l’offensive allemande en mai 1940 qui décime son régiment et fait prisonniers les survivants. Il est alors affecté à l’alumnat de Soisy-sur Seine (Essonne), dont il devient supérieur en 1944. Il est ensuite supérieur :à Clairmarais, de 1949 à 1954, puis à Lambersart, près de Lille (Nord), qu’il dote d’une nouvelle aile, avec une immense étude au rez-de-chaussée, la chapelle au premier étage et un dortoir au second. Au service des paroisses (1959-1977). Le Père André est ensuite nommé curé pendant 18 ans: à Montlhéry (Essonne) de 1959 à 1960, à Montmirail (Marne), à Sainte-Thérèse de Montpellier (Hérault) de 1962 à 1971 et à Longpont-sur-Orge (Essonne) où il fait bâtir la chapelle de Villiers. Dans ces trois derniers lieux, il est également supérieur de la communauté. Il déploie partout un zèle infatigable. Les années passées à Montpellier méritent une mention spéciale. La tâche du Père André est délicate: il succède au P. Régis Serine qui a créé puis dirigé la paroisse pendant 30 ans.

Cependant, habile et ferme, il sait continuer et parachever l’œuvre du curé fondateur, mais dans un autre style. Il sait surtout préparer l’esprit de ses paroissiens à l’évolution de l’Eglise qu’engage alors le Concile Vatican II’ (1). En 1964, la paroisse compte 12.000 habitants, chiffre du tirage de la revue La Semeuse de roses, et continue de s’accroître. A côté du nouveau lycée du Mas-de-Tesse, le Père André fait bàtir une chapelle de secours et des annexes-. Notre-Dame d’Espérance, aujourd’hui paroisse. A Sainte-Thérèse, il poursuit les aménagements, maintient le souci des pauvres et l’ouverture au Tiers-Monde, aide les laïcs à prendre des responsabilités, travaille au renouveau liturgique. Mais voilà qu’au trouble provoqué par le choc de Vatican II, selon l’expression de l’historien Gérard Cholvy, viennent s’ajouter les remous consécutifs aux événements de mai 1968. La contestation s’installe aussi dans l’Eglise (2). Dans La Semeuse de roses, le Père André et ses confrères s’emploient, trois années durant, à éclairer et rassurer leurs ouailles.

Dans des services divers (1977-1987).

En 1977, le P. André est nommé supérieur de la maison de repos de Chanac (Lozère) qui ferme deux ans plus tard. Il rejoint alors la communauté de Pierrefitte (Seine-Saint-Denis) comme prêtre auxiliaire. Au début, il est effrayé. Peut-on vraiment fréquenter ces quartiers légendaires du monde ouvrier où les bandes des cités se tapent entre elles et cassent ou brûlent déjà les voitures? Tout de suite, à sa grande surprise, il est heureux. Son sens de l’accueil et sa chaleur humaine font toujours merveille (2). De 1983 à 1986, il est aumônier de la maison de repos des Petites Sœurs de l’Assomption à Songeons (Oise). Il passe ensuite une année aux Essarts avant de partir pour Saint Sigismond (Savoie) où, après plusieurs hospitalisations il meurt le 17 janvier 1998. Il est inhumé le 20 au caveau de l’Assomption de Chiriac (Albertville).

Le P. André, l’homme de tous.

Le P. André, c’est la bonté, la gentillesse, me disait une paroissienne apprenant sa mort à la sortie de la messe. Celle chaleur humaine, communicative, lui attire la sympathie et la reconnaissance de tout le monde, des professeurs d’Université aux simples gens, très nombreux à l’époque. Je me souviens d’une sortie de messe de 11 heures où, sur le perron de l’église, se trouvent rassemblés trois doyens d’Université et le Recteur d’Académie. Le mardi après-midi. il s’en va dans les H.L.M. faire une rencontre ACGF avec les femmes du milieu populaire. Il retrouve son milieu. André fonctionne davantage au sentiment qu’à une logique froide. Il est pasteur dans l’âme, à la suite du Bon Pasteur de l’Evangile. Il est le prêtre, l’homme de tous (3).

(1) Lambersart : L’Assomption et ses Œuvres, 1957, n°512, p. 9-11 et 1964, n°535, p. 8-9. (2) Cité d’après Serge Bouquier, Histoire de la paroisse Sainte-Thérèse de Montpellier, Montpellier, 1996, d’après les pages 75-81. (3) D’après l’homélie du P. Daniel Tedeschi, le jour des obsèques du P. André Hooghe.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Documents Assomption, Nécrologe (VIII) 1998-1999, p. 1-3. Assomption-France, Nécrologie 1998, p. 417-419. ART Informations, 1970, n° 11, p. 3; 1971, n° 25, p. 3. Du P. André Hooghe, dans les ACR, correspondances (1934-1960), rapports sur Soisy-sur-Seine (1945-1949), sur Clairmarais (1949-1954), sur Lambersart (1954-1959), sur Montlhéry (1959), sur Montmirail (1960-1961), sur Montpellier (1962-1963). Comme responsable à la paroisse Sainte-Thérèse à Montpellier, le P. André a donné quelques articles dans la revue La Semeuse de roses (1962-1971).