André Madec – 1932-2021

André a terminé sa vie ici même où il avait été ordonné prêtre, dans cette chapelle, 62 ans plus tôt. Comme il le disait lui-même: « J’ai eu beaucoup de chance (dans la vie), et je n’ai vraiment aucun regret ». En effet, rien ne prédestinait ce huitième enfant d’une famille de paysans bretons du Léon à la belle et longue carrière de journaliste qui a été la sienne (32 ans !), ni, ensuite, à cette plongée dans les réalités complexes d’Israël et de la Palestine à Jérusalem ou, encore, à ce partage de vie avec des jeunes candidats à la vie religieuse provenant de divers pays et continents. Son parcours, au départ, a été des plus classiques pour un assomptionniste de la Province de Bordeaux : alumnats de Saint-Maur, puis de Cavalerie, Noviciat à Pont L’Abbé d’Arnoult, études de philosophie, de théologie et ordination ici, à Layrac, en 1959. Après une année de formation pastorale à Lyon, les Supérieurs lui demandent de se préparer au journalisme dans le cadre de Bayard. Pour ce faire, pendant deux ans il s’initie à la sociologie religieuse, aux relations internationales, à la politique dans le cade de Sciences-Po Paris, avec des professeurs aussi éminents que Gabriel le Bras, René Rémond, Alfred Grosser … Il fait aussi des stages dans plusieurs quotidiens régionaux. À l’issue de cette formation, on lui confie la responsabilité du Secrétariat Général du quotidien la Croix et celle du supplément hebdomadaire La Croix-Dimanche. Le travail qu’il y accomplit pendant 24 ans est qualifié de« travail d’abeille ». Une grande responsabilité qui nécessite le sens des lecteurs, l’attention à l’actualité, une bonne relation avec les journalistes. Un de ses confrères, Jean Potin, a écrit qu’André savait être à la fois directif et amical, gentil et exigeant. Je le cite : « Un œil tout sourire et l’autre froid pour relever le détail qui fiche un article par terre ». Quand La Croix-Dimanche a disparu, André anime la rédaction de pages pour de nombreux titres de la presse catholique de province. En tout, 500.000 exemplaires vendus. li est aussi devenu un spécialiste reconnu de la région parisienne quand il dut s’occuper de Dimanche actualité 78, puis du supplément Région parisienne de La Croix. Homme attentif et amical, très à l’écoute des journalistes, il savait participer à un match de foot de la rédaction, comme accompagner ceux qui étaient touchés par des épreuves. li confiait: « Jeune prêtre encore peu ouvert sur le monde, j’ai appris à dialoguer avec des laïcs, hommes et femmes, et à travailler en équipe ». Il aurait aussi pu dire comme Bruno Chenu avec lequel il a vécu en communauté : « Ma paroisse ce sont mes
lecteurs».
Il quitta à regret l’équipe de la Croix pour rejoindre celle de Pèlerin. Il parlait lui-même « d’arrachement». Rédacteur en chef adjoint, il était notamment chargé de tout le domaine religieux. À ce titre, il effectua de nombreux reportages à l’étranger, dont un qui l’a beaucoup marqué au Rwanda pour comprendre les racines du génocide dans lequel beaucoup de chrétiens ont été acteurs. « Je ne saurais trop dire à quel point la rencontre
avec des inconnus ouvre l’esprit et le cœur, pousse à croire en la fraternité humaine et à la vivre » a-t-il écrit. André a surligné dans son exemplaire de la Règle de Vie des Assomptionnistes : « L’esprit de notre fondateur nous pousse à faire notre les grandes causes de Dieu et de l’homme, à nous porter là où Dieu est menacé dans l’homme et l’homme comme image de Dieu ». C’est cette sensibilité qui le fait se passionner pour la situation des hommes et des femmes en Israël et Palestine. L’âge de la retraite professionnelle atteint, il est en effet immédiatement envoyé tout droit à Jérusalem, dans notre communauté de Saint Pierre en Gallicante. Il y a vécu 12 ans. Bien qu’éloigné de Bayard, l’ancien journaliste est resté très attaché à ses anciens compagnons de travail et il se considérait comme « aumônier » de l’association des retraités de Bayard. Sa présence à Jérusalem a très vite été remarquée par Mgr Sabbah, Patriarche latin, qui lui confie son bulletin diocésain diffusé en anglais et en français. li écrit : « Ce travail ne pouvait que m’intéresser, à condition d’écarter toute idée simple si je voulais comprendre quelque chose à l’Orient compliqué ». Il n’en est pas moins marqué par les épreuves subies par les Palestiniens et leur absence de perspective. Il devine et comprend les craintes du peuple israélien, regrette une politique de sécurité excessive, s’interroge sur les responsabilités d’une communauté internationale indifférente et s’inquiète des dérives islamistes du Hamas. Il était disponible pour accompagner visiteurs et pèlerins reçus à la communauté, leur faisant bénéficier de ses solides et abondantes connaissances … dont il n’était pas avare !
Il a déjà 76 ans lorsque qu’il est nommé au noviciat de Juvisy. Il y assure l’intendance de la communauté. Il a une réelle présence aux jeunes novices originaires de divers pays et continents, et il a avec eux un partage généreux et volubile -de son expérience de la vie religieuse. À 81 ans il rejoint la maison de repos de Layrac. Encore doté d’une réelle vitalité il continue à s’intéresser à l’actualité, il lit beaucoup, entretient une correspondance avec ses amis et propose aux Frères de la communauté des visites culturelles dans les alentours, jusqu’à ce que, peu à peu, sa mémoire défaille. Il en est conscient, il en souffre. Puis, atteint de la COVID et guéri, il en reste psychologiquement affecté. Son déclin est alors rapide. Les témoignages reçus soulignent son exigence professionnelle et son attachement à ses publics de lecteurs. Ils mettent surtout en avant son attention et sa proximité fraternelle. Parmi les messages reçus, en voici deux : « André était pour moi la figure de l’amitié toute simple et fraternelle. J’aimais beaucoup le rencontrer car on se sentait vraiment et totalement reconnu par lui » ; et cet autre : « André nous a quittés. Mon émotion est grande. Plus qu’un collègue de« Bayard », c’est un ami, un frère qui a toujours été présent dans les moments joyeux et aussi difficiles qui ont jalonné ma vie, notamment fa maladie et la mort de Marie Françoise (son épouse). Merci André pour ce que tu m’as apporté. Je sais qu’un jour nous nous reverrons. ». C’est aussi notre espérance.

Père Noël Le Bousse, Layrac

Bibliographies