André (Thomas-André) LE STANG – 1891-1955

Echo de vie lorguaise.
« Mon Provincial m’a parlé de Lorgues, une nouvelle fois. L’an dernier,
lors de la visite canonique du P. Judes Verstaen, j’ai dit ce que j’en
pensais. Une vache est morte
pendant mon absence. Pensez- vous que si j’avais été là, cela n’aurait pas
été la même
chose? Celui qui me replace actuellement [Fr. Lucien Kocher] a fait ça
toute sa vie, en Alsace, à Cavalerie, à Miribel. Je n’ai pas appris à
soigner les bêtes, vu que j’étais marin. Ici c’est dur, on tire le diable
par la queue. Je me fais du mauvais sang pour les porcs, parce que je
voudrais ajouter un peu de son à leur eau de vaisselle, mais on me répond
que ce n’est pas possible. La Province de Lyon a de la chance d’avoir des
frères en état de travailler,
mais ils sont difficiles à vivre. J’ai été l’an dernier conduire une vache
au taureau, à 4 km d’ici. On ne m’a rien donné pour la route et pourtant je
suis parti à 3 heures du matin et revenu à 14 h.30, avec un peu de pain
dur. Or à la dépense, il y a des conserves. De même je voudrais un tricot
de laine. Le tonnerre est tombé sur la cheminée du chauffage
et a abîmé le calorifère. Ca fuit. En Angleterre, vous m’avez autorisé à
fumer, pouvez-vous m’envoyer du tabac?

Religieux de la Province de Paris.

Débuts généreux et difficiles.

Thomas-André Le Stang est né le 17 juin 1891 à Hennebont (Morbihan) dans une famille qui comptera 8 enfants. Thomas a dans son caractère quelque chose de ses origines: la solidité, la nervosité, la force, le calme et les soubresauts de la mer. Il est remarqué par le P. Marie-Auguste Leclerc qui en septembre 1905 le dirige sur l’alumnat du Bizet (Belgique). Il y est scolarisé jusqu’en 1908. Du Bizet, il passe quelque temps à Louvain où il reçoit l’habit le 9 avril 1909, sous le nom de Frère Corentin, des mains du P. Pierre- Fourier Merklen, puis à Gempe (1911). Les difficultés rencontrées dans les études le poussent à s’engager dans une autre voie ou une autre aventure, celle de la vie de marin.

Marin canonnier.

A 18 ans, Thomas s’engage comme mousse. En 1911, la marine nationale l’appelle. Il sert pendant toute la guerre 1914-1918 sur le Jeanne d’Arc en qualité de canonnier. C’est lui qui envoie un obus au plein c?ur des bâtiments de la légation allemande à Athènes, considérée comme le foyer d’effervescence de la capitale grecque dont les pays en guerre se disputent l’alliance. Démobilisé en 1919, Thomas regagne son premier port d’attache, l’Assomption. Mais ses longues années passées dans les bâtiments de guerre lui laissent un lourd handicap, une forte surdité. Sa nervosité s’en trouve augmentée.

Dans la vie religieuse.

Sous le nom de Frère André, Thomas s’initie une nouvelle fois à la vie religieuse assomptionniste. Il prend l’habit à nouveau le 21 novembre 1919, à Saint-Gérard. Nous lisons du rapport présenté par le P. Berchmans pour la profession du Frère André, le 8 septembre 1922,

des traits qui seront ceux de toute sa vie: « Ce qui est bien vite évident quand on vit avec le frère André, c’est qu’il est brusque, emporté, difficile, porté aux extrêmes, à la fois exubérant et boudeur. Il faut mettre énormément sur le compte de sa surdité qui explique et excuse beaucoup de choses en lui. C’est certainement à cause d’elle qu’il est bruyant, qu’il ne s’entend pas, qu’il comprend de travers et s’emballe à faux. C’est à cause d’elle aussi qu’il entend difficilement raison et se décourage vite au point de penser à quitter la vie religieuse, pour des raisons futiles. Cela l’entraîne à parler au-dehors et à se plaindre. Mais je compte sur sa bonté, sa piété et son amour réel pour la vie religieuse à l’Assomption, car c’est un homme courageux et travailleur, porté au dévouement ». Il est difficile de préciser tous les lieux d’affectation du Frère André après sa première profession: on le trouve en Angleterre, à Charlton en 1922-1925, puis au Bizet (1925-1929), à Bethnal Green (Londres, 1929). Le P. Blaise Chéruy résume ainsi le parcours du Frère André: « Les qualités bien réelles du Frère André sont en quelque sorte doublées de son infirmité: elles permettent à ses supérieurs de l’envoyer ici et là, dès que des travaux assez importants sont à réaliser: constructions, peintures, utilisation du terrain, travaux d’intérieur. Le Frère André sait tout faire, avec le minimum de moyens. Novice, il a été relieur et le serait peut-être resté. Les circonstances l’ont fait devenir jardinier, cuisinier, maçon, peintre et enfin infirmier, rendant entre deux tous les servies utiles à la communauté et aux amis des oeuvres. Louvain et Saint-Gérard en Belgique, Bethnal-Green et Newhaven en Angleterre, noviciat des Essarts et les maisons de Paris, Soisy, Chanac, enfin Lorgues, et j’en oublie, tous nos bâtiments l’ont vu pratique et dévoué, comme plein d’affection dans les précautions qu’il prend pour les religieux malades ou fatigués, s’ingéniant à leur rendre service ». Le Frère André prononce ses v?ux perpétuels à Scy-Chazelles, le 19 mars 1928. C’est à Lorgues (Var), sa dernière résidence, qu’il meurt le vendredi 4 février 1955, à l’âge de 64 ans. Il y est inhumé. Le P. Biaise Chéruy conclut: « Le Frère André a fini de bourlinguer. Au port définitif, il retrouve tous ceux que pour Dieu il a aidés et secourus. Que son oeil toujours aux aguets et que son c?ur toujours bienveillant procurent protection à ses Frères, encore embarqués sur les flots agités ».

Bibliographies

Bibliographie et documentation- B.O.A. juin 1956, p. 156. Lettre à la Famille, 1955, n° 182, p. 33-34. L’Assomption et ses OEuvres, 1955, n° 506, p. 10-11. Lettre du Frère André Le Stang au P. Domitien Meuwissen, Largues, 1954? Dans les ACR, du Frère André Le Stang, nombreuses correspondances (1917-1954).