Angel REVILLA – 1943-1963

Pont-l’Abbé, 1963.
« Depuis hier soir, le noviciat de Pont-l’Abbé est en grand deuil et grande
peine. En effet un de nos novices espagnols, le Frère Angel Revilla, de
Calaruega, patrie de St Dominique, s’est noyé hier vers 16 heures, un
accident avec une petite imprudence et un acte de témérité, malgré le
secours de 6 ou 7 Frères dont l’un surtout a failli être victime de son
dévouement fraternel puisqu’il a été entraîné par le noyé par quelques
mètres de fond. Tout cela S’est passé sous mes yeux et j’étais absolument
impuissant à
porter secours. Depuis hier je ne puis penser à cela sans pleurer. Le Frère
Angel était un bon novice qui après un départ difficile s’était donné
complètement au Seigneur. Lui a fait un beau choix. Nous pleurons, nous
offrons au Seigneur ce Frère qu’il a voulu
prendre. Un rayon de soleil est venu réchauffer et détendre l’atmosphère
bien lourde du noviciat, l’annonce de
l’élection du pape Paul VI. Je n’ai pas trouvé le temps de remplir le
rapport demandé pour l’aide à nos constructions. Le travail est abondant.
Merci pour le Frère Pierre-Jean[ Genest] qui est venu de Rome confectionner
des soutanes. Nous serions très heureux de votre visite ».
P. Armand Louis.

Notices Biographiques A.A

Religieux espagnol de la Province de Bordeaux. Eléments biographiques. Angel Revilla est né le ler mars 1943 à Calaruega en Espagne, dans la province de Burgos en Vieille- Castille, qui est la patrie de saint Dominique. Il accomplit six années d’étude à l’alumnat d’Elorrio (1956-1962). Il prend l’habit le 12 septembre 1962 au noviciat de Pont-l’Abbé d’Arnoult (Charente- Maritime), avec douze autres compagnons d’études. Son maître des novices, le P. Armand Louis, le classe parmi ses meilleurs éléments. Une âme d’enfant dans un corps vigoureux, le Frère Angel est doué d’une énergie sans défaillance quand il perçoit la volonté de Dieu. On peut lui faire confiance. Le présent permet tous les espoirs d’un bel avenir religieux et sacerdotal à l’Assomption, sa famille spirituelle qu’il aime déjà comme un vrai Ms. Au cours d’une baignade, il trouve la mort, le 20 juin 1963, à l’âge de 20 ans et 4 mois. Récit d’une noyade mortelle. A.Mrès le repas de midi, les novices se rendent joyeux à Cadeuil, un village distant de 9 km de Pont-l’Abbé d’Arnoult. Il y a là un étang formé dans une ancienne carrière, aménagé en une plage assez fréquentée. Avant le départ, le Père maître, le P. Armand Louis, rappelle que le bain n’est pas obligatoire et qu’il convient de rester prudent, notamment à ce plan d’eau de Cadeuil. Il rejoint son monde en voiture vers 15 heures 40 et donne l’autorisation de la baignade. Quelques novices se contentent d’un bain de pieds; plusieurs autres ne s’aventurent qu’aux bords, mais les meilleurs nageurs s’éloignent un peu du rivage pour leurs ébats. C’est ainsi que deux Frères trouvent, à une quarantaine de mètres de la rive, une petite plate- forme où ils ont pied et font part de leur trouvaille à grands cris. Vers 16 heures, alors que plus de la moitié des Frères sortent de l’eau et se revêtent, A.A le Frère Angel exprime à l’un de ses confrères espagnols le désir d’atteindre cette plaque sous- marine et lui demande de l’accompagner parce qu’il ne se sent pas assez sûr de l’aborder seul. Le Frère lui répond qu’il n’est pas habitué à soutenir quelqu’un dans l’eau. Le Frère Angel lui réplique qu’il sait nager, mais qu’il préfère être accompagné, car ainsi il sera plus tranquille. Quand ils parviennent à l’endroit désigné, le confrère cherche vainement la plate-forme et décide de retourner à la rive. A peine a-t-il fait quelques brassées que le frère Angel lui demande son aide. Son compagnon le soutient un peu, mais il sent que le Frère Angel se sent défaillir et qu’il lui dit faiblement: « Secours-moi, secours-moi! ». Le Frère Angel commence en effet à couler, presque sans mouvement, la tête droite et crispée au-dessus de l’eau, foudroyé semble-t-il par une hydrocution. Le compagnon jette des cris pour alerter les Frères sur la rive. A ses appels, sur l’invitation du P. Armand Louis qui se doute de quelque chose en témoin impuissant, six ou sept Frères se jettent à l’eau. Deux peuvent se saisir du Frère Angel avant qu’il ne coule définitivement. L’un d’entre eux est même entraîné vers le fond. C’est au moment où il fait un effort pour remonter à la surface que, trop épuisé, le Frère Angel le lâche. Malgré de nombreux plongeons par les meilleurs nageurs du groupe, le corps du Frère Angel ne peut être retrouvé. Le drame n’a duré que deux ou trois minutes. Le P. Armand Louis, voyant la scène de la rive, rentre précipitamment en voiture pour téléphoner au village le plus proche et demander l’aide d’un secours d’urgence par des pompiers. Pendant un quart d’heure, les Frères se relaient sans résultat pour essayer de retrouver le corps. Pompiers et gendarmes, venus de Saujon, arrivent vers 16 heures 20, mais leur équipement n’est utile que pour une réanimation et non pour une plongée sous-marine. ce sont des hommes-grenouilles venus de Saintes qui, arrivés sur les lieux vers 17 heures 15, remontent le corps du Frère Angel vers 18 heures 35 lequel est reconduit au noviciat. Les obsèques ont lieu le 22 juin dans la chapelle du noviciat, présidées par le P. Joël Le Bras. Le corps du Frère est déposé dans le caveau de la propriété, à l’ombre des grands chênes, près de la petite rivière du Pertuison.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: B.O.A. mars 1964, p. 232. Lettre à la Famille, septembre 1963, p. 466. Saint-Antoine de la Chaume (bulletin de Pont-l’Abbé d’Arnoult), juillet-août 1963, n° 10, p. 16. A Travers la Province (Bordeaux), juillet-août 1963, n° 111, p. 9-10. Lettre du P. Armand Louis au P. Wilfrid Dufault, Pont-l’Abbé d’Arnoult, 21 juin 1963. Notices Biographiques