Angelo (Tharcisius) SPELLANZON – 1919-1963

Ressaix, 1954.
« J’accuse réception de votre lettre recommandée. Ce genre ne m’étonne
nullement de
votre part, vous qui vous êtes déjà montré si peu franc lors de votre
visite canonique au Congo. Vous vous retranchez toujours derrière le droit
pour imposer vos ordres et vos décisions injustes. Comme tout missionnaire,
j’ai droit à 6 mois de congé. Je ne trouve pas de mots assez forts pour
définir la façon scandaleuse dont on m’a chassé du Congo
où je me suis dévoué 7 ans. Je dois avouer aujourd’hui que je ne trouve
guère en nos rangs cette charité fraternelle tant recommandée depuis les
années de noviciat. C’est plus simple de taxer de ‘mauvais caractère’ un
religieux qui reprend ses supérieurs sur leur manque de charité et de
justice. Je vous le rappelle, si vous l’avez oublié, qu’une vie
de communauté, ce n’est pas la dictature. Les supérieurs ont le devoir de
respecter leurs inférieurs. Pendant 7 ans au Congo, j’ai du lutter contre
l’hostilité de certains
confrères, le manque total de compréhension de l’évêque
[Piérard] et la vague de jalousie de la part de l’un ou l’autre parce que
j’occupais un poste envié à Butembo. Vous vous êtes laissé influencer par
ceux qui ont crié le plus fort..
.».

Notices Biographiques A.A

Religieux italien de la Province de Belgique. De l’Adriatique à la Belgique. Tharcisius Spellanzon (1) est né le 21 janvier 1919 à Vazzola en Italie du Nord, dans le diocèse de Vittorio Veneto. Ses parents émigrent en Belgique à la recherche d’un travail lorsqu’il n’a que 5 ans et s’établissent à Ressaix où le jeune Angelo, garçon vif et intelligent, fait de bonnes études primaires. Il veut devenir prêtre et missionnaire. Le P. Ulbert Limbourg (1897-1956), assomptionniste alors curé en paroisse, le fait admettre à l’alumnat de Bure en 1932. Angelo poursuit ses études à Sart-les-Moines jusqu’en 1937, date à laquelle il demande à entrer dans la Congrégation. Il prend l’habit assomptionniste le 26 septembre 1937, à Taintegnies, y prononce ses premiers vœux , puis fait ses études de philosophie et de théologie à l’Abbaye de SaintGérard. Il est profès perpétuel le 27 septembre 1941 et il est ordonné prêtre le 15 avril 1945, également à Saint-Gêrard. Quelques années au Congo. Fin 1946, le P. Angelo, selon son désir, est envoyé au Congo. Il est désigné pour le poste de Kyondo, à 2.600 mètres d’altitude. Il n’y fait pas long feu. Enthousiaste, dynamique, orateur-né, grand organisateur, plein d’idées, il n’aime guère la marche et la montagne. En 1948, les supérieurs le font descendre de 500 mètres à Butembo où il va rester jusqu’à son retour définitif en Europe en 1953. Butembo est alors le centre le plus important du vicariat apostolique de Béni où résident à l’époque plus de 200 Européens, à côté des milliers d’indigènes. Le P. Angelo, surnommé Ange, est dans son élément il est chargé des écoles en formation qu’il va organiser de main de maître. Les bâtiments vont recevoir les couleurs les plus vives et les classes ornées comme nulle part ailleurs! A.A Ses écoliers et les maîtres l’ont en grande estime, mais le craignent aussi. Devant son petit monde émerveillé, le P. Angelo fait des tours de cartes qui les jettent dans la stupéfaction. Dans la pensée des indigènes, cette adresse n’est possible que grâce à l’intervention d’une puissance occulte. Ils estiment donc que le P. Angelo est l’ami d’un génie et que l’on ne peut rien lui cacher. Le jour où il introduit le cinéma à la mission de Butembo, la popularité du P. Angelo ne connaît plus de limites. Craint sans doute, le P. Angelo est aussi respecté et aimé à cause de son dévouement. Sachant manier le verbe, d’une audace peu commune, il est le meilleur avocat pour toutes les palabres. Travail paroissial en Belgique. Le P. Angelo attribue son rapatriement en Belgique à quelques manœuvres adverses de ses dénigreurs. Quoi qu’il en soit, il trouve rapidement du service dans la pastorale diocésaine: successivement vicaire à Hensies, Ressaix, Aiseau, il devient curé de Cour-sur-Heure où, comme au Congo, il sait se faire tout à tous, aborder chacun dans la rue, entrer, dans les maisons où ü va voir les malades même par la fenêtre si la porte est fermée. S’il se néglige lui- même, sa petite église a, par contre, tous ses soins. Les statues sont repeintes à neuf, dans la tour du clocher, il installe un carillon; les offices sont splendides. Il aime tant sa paroisse qu’il refuse un poste plus important ailleurs. Le P. Angelo meurt accidentellement le jeudi soir, 14 novembre 1963, dans sa 45ème année, happé par une voiture, sur la route de Gozée. Sortant de chez le vicaire de Thuin, il dit avoir une lettre urgente à poster et devoir passer chez une personne. Ses courses terminées, il rentre chez lui à pied. Marchant sur le côté droit de la chaussée, il est projeté à une vingtaine de mètres par un véhicule. Il est relevé la jambe gauche cassée, avec une double fracture au crâne. Le P. Angelo est inhumé, le lundi 18, dans le petit cimetière de Cour-sur-Heure. Cet original au grand cœur a été très aimé par ses paroissiens parce que, lui, le premier a appris à les aimer à sa manière, sans mesure. (1) On trouve aussi le nom de Spellanzo. Sans doute l’intéressé a t-il lui-même italianisé son nom sous cette forme plus courante lorsqu’il a adopté le prénom religieux de Angelo.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: B.O.A. mars 1964, p. 234. Lettre à la Famille, janvier 1964, no 366, p. 523. Contacts, décembre 1963, no 144, p. 3- 6. Marc Champion, Province du Zaire, Religieux défunts: 1929-1994, Butembo, 1994, P. 14-15. Lettre du P. Martial Ronveaux au P. Wilfrid Dufault, Bruxelles, 15 novembre 1963 (à propos du décès accidentel du P. Spellanzo). Lettre du P. Angelo Spellanzo au P. Stéphane Lowet, Ressaix, 15 mai 1954. Dans les ACR, quelques correspondances (1938-1955). Notices Biographiques