Anselme Austal – 1909-2000

Le Père Anselme Austaltc « Le Père Anselme Austal » (1909-2000) – France



Louis naît le 31 octobre 1909 à Eichhoffen, un petit village près de Sélestat (Bas-Rhin). La famille, de modestes vignerons, a trois enfants. Son enfance se passe sans problème et en 1921, il n’a que peu de kilomètres à faire pour rejoindre l’alumnat de Grammaire de Scherwiller.
Il poursuivra ses études d’humanités à Miribel-les-Échelles (Isère). En octobre 1927, avec des jeunes de son âge, il fonde le noviciat de Scy-Chazelles (Moselle). Il prend le nom d’Anselme et prononcera ses premiers vœux de religion le 1er novembre 1928. Il rejoint alors le scolasticat de philosophie de Saint-Gérard (Belgique). Puis ce sera Louvain, toujours en Belgique, pour des études de théologie. C’est à Louvain qu’il sera ordonné prêtre le 8 mars 1936. Vient alors le départ pour la jeune mission de Mandchourie, en septembre 1936.
Une remarque dans les rapports pour l’appel aux ordres a-t-elle été écoutée ? “Plutôt curé dans les lotissements ou les steppes de la Russie que professeur dans un alumnat…”.
Il faut compter un mois et demi de bateau pour rejoindre la Chine ! Là, c’est la découverte d’un nouveau monde, un monde merveilleux et aussi, mystérieux. Il sera envoûté… Pendant la première année, il est professeur de religion et de géographie au petit séminaire de Ki-Rin. Les cours heureusement, sont en latin, mais le Père Anselme se met très vite au chinois et en 1937, il se “lance”, comme vicaire, à la cathédrale.
Plus tard, lui sera confiée une paroisse et pour lui, avec joie, commence la vie missionnaire rêvée, en brousse. Il est le premier Assomptionniste nommé à un poste dans un territoire qui sera confié à l’Assomption. Il vit là quelques belles années, mais bientôt les difficultés de se déplacer se font sentir. 1945 marque la fin de la guerre avec le Japon et le 15 août, la situation se détériore, lentement mais sûrement : le pays vient de passer sous le régime communiste. Aucun déplacement autorisé ; les interroga-toires répétés, de nombreuses tracasseries auront raison de ses nerfs.
Puis viennent les restrictions alimentaires. Il n’a plus de quoi vivre, il est alors amené à vendre tout ce qui pourrait être vendu, jusqu’aux vêtements liturgiques. Aucune relation, ni avec le grand séminaire, (où nos Pères étaient enseignants : ils avaient été contraints de rentrer en France), ni avec le Diocèse, ni avec la Province. Découragé, il accepte l’hospitalité de son confrère, le Père Livier Pierron, à Karbin. Là il est bien aidé et soutenu par les Sœurs Franciscaines de Marie. Mais la vie paroissiale devient de plus en plus réduite. Il s’occupe du jardin, mais c’est bien peu pour un homme aussi actif. Au printemps 1953, il fait une grosse dépression nerveuse : il est soigné, à l’hôpital, par les Sœurs Franciscaines.
Dans une lettre à son Provincial de Lyon il écrit, le 30 octobre 1953 : “Cette fois-ci, vous pouvez dire l’oraison “ pro captivis “, pour un confrère. C’est le 28 octobre, entre la messe et le petit-déjeuner qu’on l’a emmené à l’ombre… pauvres chrétiens ! Vraiment, il faut tomber personnellement dans ce gouffre de souffrance et de douleur pour s’en faire une idée”. Bien malade, découragé, ne pouvant plus rien faire, il demande la permission de rentrer au pays. “Cette maladie est une grave humiliation pour le fanfaron que j’ai été et que je recommence toujours d’être dès que je vais mieux quelques jours”. En décembre 1953, il est donc de retour, le cœur gros de laisser cette mission en qui la Congrégation avait mis de si grandes espérances.
Il passera alors deux ans à Scherwiller, dans son Alsace natale, principalement pour se refaire une santé et prendre quelque temps de repos. En 1955, il est nommé en Tunisie, dans l’île de Djerba et en 1958, à Gabès. Un de ses confrères, qui le connaît bien, écrit : “Le Père Austal manque de confiance en lui-même et c’est grand dommage car il a beaucoup de qualités et c’est un excellent confrère, sur qui l’on peut compter”.
En 1964 les chrétiens quittent peu à peu la Tunisie, après l’indépendance, et lui aussi quittera le pays… c’est son deuxième exil ! “Je vis dans la mélancolie les derniers jours de ma paroisse. Dimanche prochain, dernière messe paroissiale dans une église déjà dépouillée et vide”.
On retrouve le Père Anselme à l’alumnat de Scy-Chazelles (Moselle), comme économe. À la fermeture de l’alumnat, il reste sur place comme responsable jusqu’à la vente de la maison, en 1977, à la Sécurité Sociale de Metz. À cette date, il est nommé à Scherwiller avec la responsabilité de la garde de la maison, dans l’attente, là aussi, d’une vente (cette vente ne se réalisera qu’en 1997 !…) Deuxième fermeture, sans compter la Tunisie !
En septembre 1982, il a 73 ans, et il est nommé à la nouvelle communauté de Souffelweyersheim (Bas-Rhin), non loin de Strasbourg. Il assure l’économat à partir de 1987. Après quelques belles années de retraite dans son Alsace natale, il arrive en 1995, à l’âge de 86 ans donc, à notre maison de retraite de St Sigismond (Savoie), pour y vivre ses dernières années, “donnant à tous, dira le Père Joseph Mermoz, un témoignage de fidélité jusqu’au bout. Il nous donna aussi un témoignage de courage dans la maladie, de sérénité dans la foi, animée par une vraie vie de prière”.
Il s’éteindra le 2 octobre 2000 et l’inhumation, présidée par le Père Justin Senger, aura lieu le 5 octobre. Dans son homélie, le Père Albert Heckel, dira entre autres : “En paroisse comme dans ses autres fonctions, le Père Anselme manifestera un dévouement inlassable et une conscience rigoureuse”.
Le Père repose au cimetière du Chiriac (Albertville) dans la concession n° 2 de la communauté, après une eucharistie très priante de chrétiens qui viennent participer régulièrement aux messes communautaires. Ils étaient là, ainsi que des membres de sa famille.

Bibliographies