Antoine (Jacques) SILBERMANN – 1858-1933

Santos Lugares, 1931.
« Nous ne sommes qu’en automne et cependant déjà le froid se fait sentir.
Plusieurs gelées blanches ont dépouillé les arbres de leurs feuilles. Il
semble que le froid nous arrive plus tôt que d’habitude. Comme les plantes,
notre église est arrêtée dans sa croissance. Pendant mon absence au Chili,
des circonstances spéciales et inattendues ont amené une expertise des
travaux faits et les experts ont trouvé et signalé des défauts graves et
dangereux dans la construction des tours et, de
plus, ils nous ont averti que les prix payés étaient abusifs. L’émoi de
cette première expertise en a provoqué une autre et comme le résultat
concordait plus ou moins avec celui de la première, on a arrêté les
travaux. Nous venons de remercier notre architecte dans lequel nous avions
une grande confiance, mais par trop aveugle. On va étudier le remède à
appliquer, sans nuire à l’esthétique, puis on poursuivra les travaux
rapidement, à des prix
raisonnables. Dès que le projet préparatoire sera fini,
j’enverrai le tout au P. Séraphin Protin qui jugera. Le gros oeuvre sera
fini à la fin
de l’année prochaine. Le 14 de ce mois nous avons célébré le
15ème anniversaire de la bénédiction de la grotte…».

Notices Biographiques A.A

Religieux français, en mission en Argentine. Sur tous les fronts missionnaires de l’Assomption. Jacques Silbermann est né en Alsace, le 23 juillet 1858, à Cernay (Haut-Rhin). Orphelin de son père, Antoine, à l’âge de deux ans, et de sa mère, Victorine née Schmithlin, qu’il perd en 1864, il est confié par l’Assistance publique à une famille d’Auxelles-Bas, près de Giromagny, dans le territoire de Belfort, département créé après l’annexion de l’Alsace au Reich. En 1874, le curé de son village le fait entrer au, petit séminaire de Luxeuil (Haute-Saône), au diocèse de Besançon. Deux ans plus tard, il se familiarise avec la vie de l’alumnat, à Clairmarais (18761878). Il prend l’habit religieux le 21 novembre 1878 au noviciat de Paris. En souvenir de son père, ü reçoit le prénom de Frère Antoine. Son temps de probation commencé sous la direction du P. Picard se poursuit à Sèvres (Hauts- de-Seine), sous la conduite du P. Joseph Germer- Durand. En 1880, les novices doivent quitter la maison de Sèvres pour venir se réfugier à Paris dans l’appartement de M. Février. C’est là qu’il prononce ses vœux perpétuels, le 10 décembre 1880. Quelques jours plus tard, après avoir reçu le sous- diaconat à Versailles (Yvelines) le 18 décembre, il peut partir en direction du noviciat d’Osma (Espagne) où s’organise la formation philosophique et théologique des étudiants français. En 1882, il est autorisé à accompagner les pèlerins qui inaugurent le premier pèlerinage de Notre-Dame de Salut à Jérusalem en bateau. A son retour, il retrouve la capitale parisienne où il est ordonné prêtre le 23 décembre 1882. On lui demande de rejoindre la communauté d’Arras (Pas-de-Calais), à l’orphelinat du P. Halluin qu’il quitte en 1883 pour renforcer celle de Notre-Dame des Châteaux (Savoie). Ce n’est encore qu’une brève halte puisqu’en septembre 1883 il s’embarque en direction de l’Orient. A.A Chargé de fonder un collège dans la capitale bulgare, Sofia, fondation éphémère, il est envoyé à Karagatch-Andrinople (Turquie européenne) où il demeure quinze ans (1884-1899). Missionnaire, professeur et supérieur, il S’adonne avec un grand dévouement aux oeuvres multiples de ce poste qui est alors le centre de la Mission d’Orient. De septembre 1899 à février 1903, il devient le Supérieur de la résidence de Phanaraki. Le P. Picard le choisit encore pour différentes missions aux U.S.A. dans le Massachusetts (New York, Granby-Holyoke) où s’offre à l’Assomption une exploitation agricole semblant de bel avenir (1903). Le projet ne paraissant guère viable, le P. Antoine revient à Phanaraki, point de départ de nouvelles responsabilités en direction de Brousse (1904-1905), d’Eski-Chéïr (1905-1908) et de Yamboli (19081909. Il commence alors à 51 ans une vie nouvelle de missionnaire en Amérique du Sud, d’abord au Chili. Los Andes (1909), Conception (1910-1914), mais surtout en Argentine où son sens des initiatives lui permet de développer une véritable oeuvre de pionnier. Avec l’aide du P. Romain Heitmann, il fonde la paroisse de Belgrano (1914) et se fixe ensuite au service de la chapelle de Santos Lugares, aux portes de Buenos-Aires, où tout est à faire. Il fait construire une magnifique grotte consacrée à Notre-Dame de Lourdes qui devient bien vite un véritable centre de pèlerinages attirant les foules. Lorsque la chapelle devient paroisse, le P. Antoine en est nommé le premier Supérieur (1920). Il entreprend alors l’audacieuse construction d’un sanctuaire et, peu à peu, en dépit des nombreuses difficultés de toutes sortes, il a la joie de voir se réaliser son projet. En 1923, il est nommé supérieur à Belgrano où il demeure jusqu’en 1930. Il revient à Santos Lugares où il dépense ses dernières forces et où il meurt, après de longues et pénibles souffrances, le 15 novembre 1933, à l’âge de 75 ans. Son corps repose près de l’église de Notre-Dame de Lourdes. D’un caractère très vif, d’une nature très droite, ennemie de tout détour, d’une franchise un peu brutale, avec un cœur d’or, il a conféré à toutes ses entreprises les marques d’un tempérament ordonné, minutieux et méthodique, dans un esprit d’obéissance et de disponibilité remarquables. En 1961, en signe de reconnaissance, les autorités municipales donnent le nom du Père Antoine Silbermann à une rue de Santos Lugares.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Lettre à la Dispersion, 1933, n° 506, p. 365; n° 508, p. 383-384; n° 510, p. 397-409. Notice biographique par la P. Marie-Alexis Gaudefray. Lettres d’Alzon, tome XIII (1996), p. 464-465. Lettre du P. Antoine Silbermann au P. Gervais Quenard, Santos Lugares, 20 mai 1931. Dans les ACR, du P. Antoine Silbermann, rapports sur Karagatch (1897), sur Brousse (1905), Escki-Chéïr (1906-1908), sur Yambali (1908-1909), sur Mendoza (1912), sur Belgrano (1928), sur Santos Lugares (1930-1932), correspondances (1877-1932). Missions des Augustins de l’Assomption, 1958, n° 44, p. 10-13 (L’Assomption en Argentine). Notices Biographiques