Aristide (Maurice) HOVAERE – 1890-1957

Exode mémorable, 1915.
« Il était près de midi quand le train nous déposa à Pétrograd. Le
mouvement des valises recommence, cet exercice est chaque fois mieux
réussi. M. Lévy, vice-directeur de la société de bienfaisance, s’occupe de
notre séjour dans la ville. Il met d’abord les Sœurs Oblates en omnibus et
les fait conduire à l’asile des Sœurs de Saint-Joseph de Chambéry. Nous
sommes conduits par la Croix-Rouge à un lazaret de la rue Sadovoia, grande
maison de rapport convertie en ambulance depuis la guerre. Le 30
[décembre], nous sommes conduits à l’église Sainte-Catherine, la cathédrale
polonaise, pour les messes. Nous visitons la cathédrale orthodoxe Notre-
Dame de Kazan, puis l’église de la Résurrection qui encadre le pavé de la
rue où fut assassiné le tsar Alexandre II.
Nous longeons la Néva glacée, les palais de l’Amirauté, le palais d’Hiver,
la cathédrale d’Isaac. Une file de traîneaux à deux places nous emporte
vers le lazaret. Avec nos bonnets
de Lapons, le tableau ne manque pas de pittoresque, l’attitude des passants
nous le prouve. Nous posons pour la photographie. Nous partons en deux
groupes, les 1er et 2 janvier [1916] par le Transsibérien pour la Finlande
et la Suède ».

Religieux de la Province de Paris, économe provincial (1934-1944).

Une formation sur tous les fronts.

Abel-Maurice-Lucien Hovaere est né le 5 mai 1890 à West-Cappel (Nord) d’une famille dont 2 garçons deviennent prêtres et une fille religieuse. Elève dans les alumnats de Sainghin, Courtrai et Taintegnies (1901-1906), Maurice entre au noviciat à Louvain, le 11 septembre 1906, sous le nom de Frère Aristide et y prononce ses premiers vœux le 11 septembre 1907. Après ses vœux perpétuels, le 11 septembre 1908, il poursuit des études de philosophie dans la même maison Saint-Augustin (1908-1910). Il est alors envoyé comme professeur à Bure (Belgique), de 1910 à 1911, revient à Louvain commencer sa théologie (1911-1912), puis part en Bulgarie enseigner au collège de Philippopoli (1912-1914) où la guerre le surprend en 1914. Insoumis volontaire, il suit sur place des cours de théologie improvisés là sur l’initiative du P. Gervais Quenard. Lorsque la Bulgarie entre en guerre au côté des puissances centrales, les religieux français sont chassés. Ils rentrent en France par la Russie et la Finlande et la Norvège. Le Frère Aristide peut terminer ses études de théologie à Rome (Fara Sabina) et être ordonné prêtre le 3 mars 1917. Les neuf années qui suivent sont pour lui d’une grande mobilité: de santé fragile, tantôt au travail tantôt au repos, il passe de maison en maison: Toulouse (Haute-Garonne) de 1918 à 1919, Varna en Bulgarie (1919-1920), Saint-Maur (Maine-et-Loire), de 1921 à 1922, Menton (Alpes-Maritimes), de 1922 à 1923, Arras (Pas-de-Calais), de 1923 à 1924, et Montpellier (Hérault), de 1924 à 1927.

Responsabilités.

Le P. Aristide commence alors une longue vie de supérieur: à Clairmarais (Pas-de-Calais), de 1927 à 1933, à Paris,

maison provinciale de l’avenue Denfert-Rochereau (1935-1944) et Lille (Nord), de 1944 à 1953. C’est surtout dans la tâche d’économe provincial de Paris que le P. Aristide donne toute sa mesure. Quêteur et administrateur depuis les années de Clairmarais que les Bénédictins de Saint-Wandrille avaient pu racheter et nous confier, il remet la maison en marche. En 1934, la province de Paris se trouve fort endettée: Lormoy (Essonne) vient d’être acquis, le noviciat des Essarts (Seine-Maritime) demande de l’aide, les alumnats bâtis ou repris comme Le Bizet, Vérargues, Chanac et Davézieux crient misère, le collège de Perpignan construit. Le Provincial de l’époque, le P. Clodoald Sérieix, trouvant la situation intenable, donne sa démission. Le P. Bernardin Bal-Fontaine, nommé en janvier 1935, trouve dans le P. Aristide un collaborateur intelligent, habile et diligent. On commence par régler la situation canonique de la résidence et de la chapelle de l’avenue Denfert-Rochereau. Grâce à la Curie généralice, les emprunts contractés antérieurement à des taux élevés sont transformés et remboursés en dix ans. Toutes les maisons mieux établies, en Angleterre et en Amérique du Nord, sont invitées à participer à un grand effort de solidarité financière. Non seulement le passif est résorbé, mais d’autres fondations sont réalisées: Montéchor, Soisy-sur-Seine. Tout ce travail d’assainissement est remis en cause par les dégâts de la seconde guerre mondiale qui dévaste les maisons du nord de la France et l’Angleterre. La chapelle de Denfert devient le centre de l’Oeuvre des Croisés du Purgatoire. Un de ses amis peintres, M. Jonas, décore les lieux. Le P. Aristide, supérieur de la communauté dès 1935, participe à un grand effort d’animation pastorale au niveau de la chapelle alors très fréquentée. On comprend qu’il ait eu quelque peine à quitter les lieux pour Lille où il s’efforce de redonner vie au mouvement des Noëlistes. Il peut acheter la maison, rue de la Digue, la transformer et la rajeunir. Au début de l’année 1953, le P. Aristide en descendant du tramway s’affaisse sur le pavé, première alerte sérieuse de santé qui l’oblige à un peu de ménagement. En mars 1957, il est hospitalisé à Paris, hôpital Cochin. C’est là qu’il meurt le 16 avril 1957, à 67 ans. Il est inhumé le 19 avril à Montparnasse.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: B.O.A. avril 1958, p. 28. Lettre à la Famille 1957, n° 241, p. 149-151. Dans les ACR, du P. Aristide Hovaere, correspondances (1917-1951), rapports sur Clairmarais (1927-1933), sur Paris, Denfert-Rochereau (1935-1938), sur Lille (1944-1952). On doit également au P. Aristide une chronique sur l’exode des A.A. de Bulgarie, chassés en 1915, via Petrograd et Bergen (Lettre à la Dispersion, 1916, n° 331, p. 245-247).