Armand SERVE – 1902-1940

Pont-l’Abbé-d’Arnoult 1937.
« Je vous donne sans plus tarder les renseignements complémentaires sur le
Frère Armand Serve. C’est seulement ce matin que nous avons pu consulter le
docteur. Ce dernier nous a complètement rassurés au sujet de ce religieux.
Il a déclaré qu’il n’avait aucune maladie et que le reste de fatigue qu’il
ressent provient d’une tension artérielle trop faible et qu’il suffira de
lui donner un remède approprié pour le remonter entièrement. D’ailleurs le
Frère Armand travaille fort bien, quoique avec une certaine lenteur. La
fatigue dont il a souffert provenait, pensons-nous, des changements
brusques et presque complets de vie pour un homme de 34 ans, venant de la
campagne (1). Par ailleurs je répète qu’il est un excellent novice. En
pensant que ces renseignements
suffiront, je vous prie d’agréer, mon Père, la nouvelle assurance de mon
affectueux respect en Notre-Seigneur ».

Pol de Léon Cariou.

(1) Ayant perdu son père, Roger, le Frère Armand a travaillé toute sa
jeunesse avec sa mère à l’exploitation de la ferme familiale avant de
connaître la vie à
l’Assomption.

Notices Biographiques A.A

Religieux de la Province de Bordeaux. Un religieux, victime de la guerre, loin du front. Armand Serve est né le 13 décembre 1902 à Montboyer, en Charente, au diocèse d’Angoulême. À l’âge de deux ans, il perd son père et reste seul avec sa mère, Emma née Fradon, et une sœur plus jeune que lui. Il ne peut guère fréquenter l’école, devant de très bonne heure aider sa mère dans l’exploitation d’une petite propriété familiale. Grâce à sa vive intelligence, il apprend à décrire de façon très personnelle ses sentiments, les paysages de sa région ou les événements de l’actualité avec de fortes expressions du terroir charentais, mêlées à un vocabulaire français plus classique. Cette composition mixte donne à son écriture un style sui generis. Le milieu paysan dans lequel il vit et travaille jusqu’à l’âge de 33 ans est loin d’être fervent et il en subit l’influence. La traversée de dures expériences physiques et morales le ramène à la pratique religieuse. Armand s’ouvre de ses désirs de vie religieuse au P. Nazaire Joncour (1), curé de la paroisse du Sacré-Cœur d’Angoulême, qui l’aiguille vers le noviciat de Pont-l’Abbé-d’Amoult (Charente-Maritime). C’est à la fin de l’été 1935: Armand commence une vie de postulat toute nouvelle à l’âge de 33 ans. Ce n’est pas sans mérite de sa part. Ses compagnons de noviciat, beaucoup plus jeunes que lui, ne se doutent pas des difficultés très grandes qu’il doit surmonter pour s’adapter à ce nouveau genre de vie. Il faillit d’ailleurs perdre courage plusieurs fois, mais il réussit avec le soutien actif du maître des novices, le P. Pol de Léon Cariou, à sortir victorieux d’un combat qui est l’expérience même de la conversion. Le 21 mai 1936, fête de l’Ascension, est la date de sa prise d’habit en même temps que celle du Frère Michel Le Pape (2) et le 4 juin 1937 celle de leur première profession commune, le 4 juin 1937, A.A en la fête du Sacré-Cœur. Le Frère Armand passe toute sa courte vie religieuse dans la maison de Pont-l’Abbé-d’Armoult. Il y donne les marques de son sérieux> de sa piété et de son dévouement. De commerce agréable, malgré certaines manières un peu frustes, il est aimé et apprécié de tous. Très soigneux, connaissant par expérience le prix des choses, il s’y occupe activement de la basse-cour qu’il sait porter à une grande prospérité. C’est par centaines qu’il élève chaque printemps poussins, oisons, dindonneaux et canetons. Il soigne aussi les ‘habillés de soie’ et ce n’est pas une sinécure, car ces porcelets qui atteignent facilement la douzaine, se montrent très tôt d’un appétit vorace. Le triomphe du Frère Armand, c’est de les voir entrer au noviciat sous forme de saucissons, de saucisses, de boudins, de jambons. Durant les deux dernières années de sa présence au noviciat, il a également en charge la dépense, réserve alimentaire, et le fruitier. L’économe est tranquille, rien n’est gaspillé et le fruitier demeure bien tenu et surveillé avec soin. L’année 1939, avec la mobilisation en septembre, est une date fatale pour le Frère Armand. Le 3 septembre 1939, il est convoqué pour l’ incorporation. Il ne tarde pas à tomber malade. Envoyé à l’hôpital militaire de Parthenay (Deux-Sèvres), il obtient un congé de convalescence et retourne à Pont-l’Abbé-d’Arnoult le 28 janvier 1940. Malgré tous les soins, sa santé ne fait que se dégrader et on pense l’envoyer à Lorgues (Var). Mais il faut d’abord obtenir de l’autorité militaire un statut formel de réformé. Il doit pour cela se rendre à Saintes (Charente-Maritime) d’où on l’expédie à Bordeaux (Gironde). Vu son état de faiblesse, il obtient sa réforme en avril et un religieux peut l’accompagner jusqu’à Lorgues dans les débuts du mois de mai 1940. Le 4 juin 1940, il y prononce ses vœux perpétuels, mais tout espoir de guérison est perdu. Il meurt deux jours après, le 6 juin, à 38 ans d’une péritonite et d’une pleurésie. Le Frère Armand est inhumé à Lorgues. (1) P. Nazaire Joncour, né en 1899, profès en 1918, prêtre en 1925, curé à Angoulême en 1932, sorti ensuite de la Congrégation. (2) Coïncidences curieuses: Michel Le Pape, compagnon de noviciat, également religieux convers, devait mourir lui aussi à Lorgues (Var), prématurément le 19 juin 1938.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Lettre à la Dispersion, 1940, n° 827, p. 1. Lettre du P. Pol de Léon Cariou au P. Michel Pruvost, Provincial de Bordeaux, concernant le Frère Armand Serve, Pont-l’Abbé d’Arnoult, 19 mai 1937. Notices Biographiques