Armand (Théophane-B.-J.) TRANNOY – 1881-1918

Paris, 1917.
« Que vous êtes aimable de penser à me féliciter pour ces pauvres galons!
Nous sommes maintenant de beaux sous- lieutenants! Quand le P. Général
[E.Bailly] reviendra, nous l’encadrerons et le ferons saluer par les
factionnaires du Palais Bourbon! N’est-il pas juste que la gloire des fils
rejaillisse sur le Père! C’est sans doute mon pèlerinage à Lourdes qui m’a
valu cette nomination. Si j’avais été à Paris quand l’ordre est arrivé, je
serais parti de suite, avant que les chefs aient le temps de réfléchir et
de hâter ma promotion! Le P. M.-Arnoult Germain se remet de sa maladie en
faisant de la photo. Dernièrement, il a photographié le contenu de la
‘cagna’, gargouille comprise. Je pense qu’il vous enverra ce souvenir fort
réussi et vous y reconnaîtrez tout le fond du dépôt. A quand votre retour?
J’espère bien aller à Rome, mais quand? Impossible de le déterminer encore.
Il faut une permission de sept jours et la seconde série de l’année n’est
pas encore commencée. Au revoir, bien cher Père, et croyez-moi tout vôtre
en Notre-Seigneur ».

P. Arrnand Trannoy.

Religieux français. Le don d’une vie missionnaire, entravée par la guerre. Théophane-Bernard-Joseph Trannoy, fils d’Alexis et de Clémence née Capelle, est né le 3 octobre 1881 à Hermies dans le Pas-de-Calais. Après avoir été quelque temps oblat à la Trappe de Sept-Fonds (Allier), il entre à l’alumnat d’Arras en 1895 et suit le P. Jean-François Pautrat dans la nouvelle fondation de Sainghin-en-Weppes (Nord), de 1896 à 1897. Il passe ensuite à l’alumnat de Clairmarais (Pas-de-Calais) pour ses humanités, de 1898 à 1899. Partout où il passe, il est apprécié comme un compagnon pieux et travailleur, de caractère facile et montrant beaucoup d’entrain. En 1899, il se présente au noviciat de Livry (Seine-Saint-Denis) où il prend l’habit religieux, le 8 septembre 1899, sous le nom de Frère Armand. Deux mois plus tard, commencent les perquisitions, puis le procès des Assomptionnistes comme Congrégation non déclarée sur le plan civil. Il rejoint le noviciat de Phanaraki, en Turquie, sur les bords de la Marmara où il fait profession en 1900 et prononce ses vœux perpétuels, le 8 septembre 1901. On lui confie également le soin de la petite école paroissiale liée à l’implantation du noviciat de Phanaraki. Le Frère Armand est ensuite détaché pour les oeuvres de la Mission d’Orient. Il est nommé professeur au collège de Brousse, de 1901 à 1903, puis à l’alumnat de Koum-Kapou, à Istanbul, sur la rive européenne (1903-1904). En septembre 1904, il revient à Phanaraki pour ses études de philosophie (1904- 1905) qu’il termine à Notre-Dame de France à Jérusalem où se poursuit sa formation théologique (1906-1908). Il est ordonné prêtre à Jérusalem, le 5 juin 1909. Après son ordination sacerdotale, le P. Armand reprend un service d’enseignant, d’abord au collège de Varna en Bulgarie (1909-1910). Il en est soustrait pour prendre du service paroissial Page : 99/99 à l’église Sainte-Euphémie de Kadi-Keuï, sur la rive asiatique d’Istanbul (1911-1914). Au ministère paroissial s’ajoutent la charge d’économe de la communauté locale et celle de professeur d’Ecriture Sainte à la maison d’études de Kadi-Keuï. Il donne également son concours à la publication des Echos d’Orient (1). En 1914, le P. Armand est mobilisé et ne tarde pas à être versé dans le corps expéditionnaire d’Orient qui est envoyé aux Dardanelles. Au milieu des épreuves et des dangers, il ne départit pas de son calme habituel ni de son optimisme coutumier. Un jour qu’il travaille à un ouvrage de sape important, un Turc le vise à peu de distance et le blesse d’une balle en pleine poitrine. Le P. Armand est évacué en juillet 1915 à Toulon (Alpes-Maritimes). Il est guéri de sa blessure sans que l’on puisse lui extraire la balle. Il est alors affecté comme interprète-stagiaire au ministère de la guerre, au service du chiffre, le codage des communications militaires. Un an après, il est nommé sous-lieutenant interprète. Si absorbantes que soient ses occupations militaires, le P. Armand consacre son temps libre à des activités apostoliques. A la fin de ses heures de bureau, il se rend à la communauté des Petites Sœurs de l’Assomption à Levallois-Perret, dans la proche banlieue parisienne (Hauts-de-Seine). Aumônier, confesseur, il se consacre à l’œuvre des Fraternités et à celle des Moniques (2), avec une sympathie profonde pour cet apostolat social. Presque à la fin de la guerre, il est victime d’une mauvaise grippe qui l’emporte en quelques jours. Il meurt le 8 novembre 1918, à l’âge de 37 ans. Il est inhumé au caveau de l’Assomption, tombe Bailly, au cimetière parisien de Montparnasse. (1) Un numéro de la revue en 1912, p. 246-256, comporte effectivement un article dû à la plume du P. Trannoy. Cf Jean Darrouzès et Albert Failler, Tables générales des Echos d’Orient, Paris, 1986. (2) les communautés de Petites Sœurs de l’Assomption groupent autour de leurs couvents des fraternités d’hommes (parfois appelés aussi Frères du Salut, puis Frères de l’Assomption) et de femmes, dites Moniques, qui ont souvent bénéficié de leurs soins gratuits à domicile avant de se constituer auxiliaires des religieuses dans leur ministère auprès des foyers ouvriers. On trouve aussi l’appellation de Dames Servantes. Page :100/100

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Lettre à la Dispersion, 1918, no 543, p. 369-375; no 549, p. 470-471; 1919, no 555, p. 59- 61; no 569, p. 272. Notice biographique par le P. Marie-Alexis Gaudefroy. Missions des Augustins de, l’Assc>mption, novembre 1919, no 223, p. 163 (livre d’or des Augustins de l’Assomption des missions d’Orient). Lettre du P. Armand Trannoy au P. Ernest Baudouy, Paris, 2 juin 1917. Du P. Armand Trannoy, dans les ACR, correspondances (1900-1917) dont plusieurs ont été publiées dans le bulletin Missions des Augustins de l’Assomption.