Armel-Marie (E.-Y.-M.) GUEN – 1903-1971

Le Père recruteur.
Je suis le Père Recruteur. Quelle curieuse appellation, serait-elle même
contrôlée! J’y pensais l’autre jour dans ma Caroline. Caroline, c’est ma 2
CV, quelque chose comme l’âne gris que montait frère François, lassé de
marcher au soleil d’Assise, parmi les oliviers et les cyprès. Je ruminais
donc la chose, les mains au volant, l’une à 8h.30, l’autre à 9h.15
parfaitement! Et regardant glisser la route bombée de nos collines du
Gers… Même que je faillis manquer la corde! Recruteur, ça sent le sergent
du roi Frédéric, et même quand on est sergent du Bon Dieu, ça choque. Pour
être franc, me voyez-vous en recruteur, moi qui n’ai tenté d’exploits
militaires que dans l’auxiliaire,
et avec la bonne tête ronde que le Seigneur m’a donnée’? Et, si j’osais me
peindre, avec cette bonhomie du cœur qui attire
les enfants ? C’est vrai! Il faut être juste, on m’a décerné un titre long
comme ça:
‘Directeur des vocations’. Comme disait la bonne vieille, l’autre jour, en
montant vers la chapelle, on a changé la religion. Bah! Il faut bien
évoluer avec son temps, et va pour ‘Directeur’. Ça ne change rien à la
chose. C’est comme le
‘préposé’ pour le facteur. Je suis le chemineau du Bon
Dieu ». P. Armel .

Armel-Marie (E.-Y.-M.) GUEN

1903-1971

Religieux de la Province de Bordeaux.

Un Breton de la Bretagne profonde.

Emmanuel-Yves-Marie Guen vient au monde le 9 décembre 1903, à Plouarzel, village du Finistère- Nord, près de Saint Renan, et du phare de Trézien à la pointe de Corsen. Scolarisé à l’école de Saint-Renan, détruite par un incendie en 1914, puis à celle de Brélès, enfin au collège Saint-Louis à Brest, le jeune Emmanuel connaît l’alumnat de Saint-Maur (Maine- et-Loire) en 1919. Pupille de la nation, son père, officier-marinier, étant décédé à Dakar en 1918, il est surnommé ‘Yvon’ par ses camarades. En 1922, il est dirigé avec les élèves bretonnants vers l’alumnat de Sart-les-Moines (1922-1924). Il se présente le 18 août 1924 au noviciat de Taintegnies et reçoit l’habit sous le nom de Frère Armei-Marie, le 31 octobre suivant. Il prononce ses premiers vœux le 1er novembre 1925. De 1925 à 1928, il étudie la philosophie à Saint- Gérard, dirigé par le P. Sidoine Hurtevent. Il accomplit son service militaire à Coblence sur le Rhin (1928-1929). En permission, tenue bleu horizon, il est questionné sans malice par le P. Fulbert Cayré: ‘Frè,re, où êtes-vous poilu’?, ce qui entraîne un grand éclat de rire chez les jeunes religieux à l’esprit prévenu. Le 8 décembre 1930, il prononce ses voeux perpétuels. Puis viennent les années de théologie à Louvain (1929-1933) au terme desquelles le Frère Armel-Marie est ordonné prêtre le 26 février 1933.

Au service des vocations, en alumnat.

La première lettre d’obédience du P. Armel-Marie est pour Notre-Dame de Cahuzac (Gers), d’abord comme professeur de 5ème (1933-1945), sauf pendant la drôle de guerre où il est mobilisé au tri postal à Toulouse (Haute-Garonne). Il devient supérieur de l’alumnat (1954-1965) et, selon son expression,

se fait ‘chemineau du Bon Dieu’, pour en assurer le recrutement. De 1965 à 1967, il reprend le service de l’enseignement jusqu’à la fermeture de l’alumnat, échéance inéluctable qui reste une épreuve pour lui. Il se met alors au service de la paroisse voisine d’Aubiet. Il meurt au matin du 10 mai 1971, à l’heure où il s’apprête à célébrer l’Eucharistie, totalisant ainsi une présence de 37 ans dans ce coin de la Gascogne. Il est inhumé, le 13 mai, au cimetière de Gimont.

Traits de personnalité.

De quel amour, le P. Armel-Marie aimait célébrer le triduum préparatoire à la fête de Notre- Dame de Cahuzac! Très vite il se lance dans cet apostolat marial, en animant la prière, les chants, et en commentant le chapelet. Il tient à tout préparer soigneusement, écrivant et apprenant par cœur le texte de ses interventions. Homme de cœur, sachant partager les joies et les peines de chacun, il ne peut s’empêcher de donner des surnoms à ses élèves qu’il observe avec taquinerie. Son oeil vif, son verbe haut, ses mains frottées avec énergie, tout traduit chez lui la saveur mise à peaufiner ses trouvailles onomastiques. Il n’a pas son pareil pour jouer des rôles comiques pour les représentations théâtrales tandis que son compagnon, le P. Marie-René Gaury, excelle dans le drame. Taquin, il est aussi taquiné. Ainsi deux confrères un 31 décembre vont le réveiller en lui annonçant lugubrement: « Elle est morte ». Tiré de son sommeil, le Père s’entend répondre après plusieurs interrogations: « Mais qui ça? ». Il s’agit tout simplement de l’année dernière! Un milieu fermé appelle ce genre d’exutoires. Pour la liturgie, le P. Armel- Marie est intraitable: il exige l’attention, ne tolère ni distraction ni bévue et, avec l’aide du maître de chapelle, le Frère Henri Gandon, il veille à la beauté des cérémonies. Quand on lui reproche gentiment son immobilisme, il sait répondre qu’il n’a jamais refusé une obédience, mais aussi qu’on ne lui en a pas envoyé d’autre! C’est sur place qu’il change! Pour preuves, ses différentes initiations aux moyens de locomotion, passant du vélo, à la mobylette et à la voiture à 50 ans passés. Le P. Arrnel-Marie est surtout un vrai homme de relations qui a le contact simple, facile, direct. Homme de fidélité, il a pris racine à Cahuzac.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: B.O.A. mars 1972, p. 176. In memoriam, 19 pages (supplément de A Travers la Province de l’ouest, par le P. Montembault). Souvenirs du P. Montembault (‘Un alumniste d’autrefois,, éditions Lacanau, pages 50 et suivantes et ‘Mes années belges,, éditions Duck-Hühlau!). Echo de Cahuzac, nov.-déc. 1964, n° 158, p. 9-11. Dans les ACR, quelques correspondances du P. Armel-Marie (1928-1952) et rapports sur Cahuzac (1948-1954). Notices Biographiques