Arnold (Pierre-Marie) LE PIRONNEC – 1886-1917

Elorrio, 1910.
« Voici une année scolaire qui s’achève. Elle a été excellente pour moi à
tous les points de vue. J’ai éprouvé un bien vif plaisir à vivre la vie des
alumnats que je ne connaissais pas. Je me suis efforcé de donner le bon
exemple aux enfants; ce m’était facile, je n’avais qu’à imiter les anciens
de la maison. La santé corporelle elle-même se fortifie au milieu des
montagnes de Biscaye. Un petit souci est venu quelque fois assombrir
quelques minutes de ma charmante vie. Au mois d’avril prochain, j’aurai 25
ans. Je n’ai encore rien commencé en fait
d’études philosophiques ou théologiques. Il y a six ans ces vacances
prochaines que j’ai terminé ma rhétorique. J’ai beaucoup oublié; j’ai dû me
remettre à l’étude du grec cette année-ci, je l’avais complètement oublié.
Je ressens une petite peine à la vue de mes anciens compagnons monter déjà
à l’autel. Je sais les entraves mises sur mon chemin mais je soupire après
leur terme. C’est donc avec une grande joie que je vous verrais m’appeler
aux études. Si j’obtenais cette faveur, me permettriez-vous
de faire un crochet de Paris vers la Bretagne pour aller saluer ma s?ur
religieuse qui part au Canada? ».
Frère Arnold Le P.

Religieux français.

Curriculum vitae.

Pierre-Marie Le Pironnec voit le jour le 9 avril 1886 à Questembert (Morbihan). C’est chez les Pères du Sacré-C?ur, dits Picpuciens, qu’il entreprend sa formation secondaire, de 1899 à 1905, à Sarzeau près de Vannes, puis à Miranda de Ebro, en Espagne, où il entre au noviciat. Sur les conseils de ses directeurs, il change de voie et entre à l’Assomption. Le 4 mai 1907, il prend l’habit assomptionniste à Louvain en Belgique où il prononce ses premiers voeux, le 4 mai 1908, sous le nom de Frère Arnold. Le temps de cette première formation religieuse s’achève à Gempe où le noviciat est transféré en septembre 1908. C’est à Gempe qu’il prononce ses v?ux perpétuels le 17 mai 1909. Le Frère Arnold est alors envoyé enseigner à l’alumnat d’Elorrio en Espagne parce qu’il en possède très bien la langue et que peut lui être confiée la section des élèves espagnols. D’un caractère patient, doux et gai, il se montre très dévoué à sa tâche, dans la préparation des cours mais aussi dans les fonctions de surveillant. Le séjour en Espagne dure trois ans, de 1909 à 1912. Le Frère Arnold peut ensuite entreprendre ses études de philosophie et de théologie d’abord à Louvain puis à Rome. Le 8 septembre 1916, il est ordonné prêtre par Mgr Rumeau, évêque d’Angers, à Saint-Maur alors en fondation (Maine-et-Loire). Il retourne quelque temps à Rome pour compléter son cursus théologique. Mais dans le courant du mois de mai 1917, le Père Arnold est pris d’un malaise persistant. Le 7 septembre suivant, il est envoyé au repos à la maison de San Remo, sur la riviera italienne. Il meurt subitement d’une occlusion intestinale, le 19 septembre au matin, à l’âge de 32 ans, à peine plus d’un an après son ordination sacerdotale. Il est inhumé à San Remo, le lendemain de sa mort, le 20 septembre,

dans le caveau de l’Assomption.

Témoignage d’un confrère en Espagne, le P. Eugène Monsterlet.

« J’ai connu le Père Arnold, lors de ses années d’enseignement à Elorrio. C’est par la confiance que le Frère Arnold sui gagner la confiance de ses élèves, assez indépendants, indisciplinés et peu disposés à se plier sous une règle. Tout de suite il comprit que la formation des jeunes exige plus de soin et de patience, plus de fermeté et en même temps beaucoup de douceur. Le Frère Arnold fui donc bon avant tout, et ferme aussi, car il n’oubliait pas le conseil qui demande que la main de fer soit gantée de velours. Il n’avait d’ailleurs pas grand effort à faire pour être bon, il l’était naturellement; son âme était douce et son c?ur affectueux. timide plutôt qu’entreprenant, il ne faisait jamais rien sans consulter. C’est cet esprit d’obéissance et d’humilité qui fui le secret de sa réussite. Ce qui donna surtout au jeune professeur de l’ascendant sur ses élèves, ce fut sa piété. On le savait si régulier aux exercices de communauté, on le voyait si assidu aux offices de la chapelle qu’on aimait à le voir prier. Une autre grande force du Frère Arnold auprès de ses élèves espagnols, c’est son amour de l’?uvre des alumnats et son amour pour l’Espagne. Jamais il ne manquait dans ses cours d’histoire et de géographie de montrer la grandeur de la nation espagnole, les travaux entrepris pour l’honneur de l’Eglise et la gloire du monde, ses grands saints, ses rois catholiques, ses hardis explorateurs, ses généraux invincibles etc… Le Frère Arnold était très bon musicien, il touchait l’harmonium avec art, distinction et piété. On lui avait confié les classes de chant. Il savait dans ses répétitions montrer aux jeunes l’esprit du chant liturgique. Les enfants étaient joyeux de se préparer pour les offices à la chapelle, pour les processions à la grotte, pour les solennités à la paroisse. Il savait également jouer des orgues et animait les fêtes récréatives d’une grande joie et de beaucoup d’entrain. Quelles rondes joyeuses dansées aux entractes de nos tragédies et comédies! Quels airs entraînants pour soutenir nos marches en promenade sur les routes de Biscaye! Pour les fêtes, chants, airs nationaux, carillons, canons, scènes d’actualité se rapportant à la vie de famille et mises en musique par le Frère Arnold entraînaient tous les c?urs, le tout empreint d’une distinction aimable et gaie, d’où était bannie toute trivialité. Ainsi le nécrologe de l’alumnat d’Espagne allonge sa liste. Le P. Arnold est le premier professeur défunt de la maison. Il occupe le 34ème rang sur notre liste funèbre, car avant lui sont inscrits 33 anciens alumnistes, dont 16 tombés au champ d’honneur ».

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Lettre à la Dispersion, 1917, n° 472, p. 225-229. Nouvelles de la Famille, 1917, n° 133, p. 257-261. Notice biographique par le P. Marie-Alexis Gaudefroy. Lettre du Frère Arnold Le Pironnec au P. Emmanuel Bailly, Elorrio, 27 juin 1910. Dans les ACR, du P. Arnold Le Pirannec, correspondances (1907-1910). Récit de l’ordination sacerdotale du P. Arnold Le Pironnec dans La Lettre à la Dispersion, 1916, n° 414, p. 229-231.