Arsène (Joseph) BALLY – 1886-1931

Portrait posthume.
« Le P. Arsène a emporté dans la tombe le regret de tous ses confrères du
collège de
Plovdiv qui tous appréciaient ses vertus: son humilité qui l’empêchait,
malgré sa compétence et ses rares talents, de se mettre en avant, sa
modestie et sa simplicité qui faisaient de lui le compagnon le plus
affable, son dévouement à toute épreuve et jusqu’à la dernière limite, sa
charité et sa délicatesse que tout le monde connaissait bien: on ne se
souvient pas qu’il ait jamais
fait de peine à personne. Avec cela d’une rare valeur intellectuelle et
travailleur acharné, il sut mener de front des études particulières très
poussées et des fonctions délicates au collège. Arrivé à Plovdiv en 1923,
il fut tout de suite dans les hautes classes professeur de littérature, de
latin et d’histoire et surtout de philosophie jusqu’en 1931. Comme
conseiller de la communauté, il faisait preuve de deux qualités maîtresses:
savoir signaler chaque fois ce qu’il pensait devoir être fait ou réformé et
savoir immédiatement se ranger à la décision prise dès qu’il voyait que
l’affaire avait été étudiée. Dirai-je que le P. Arsène était très aimé de
ses élèves! … » . P. Flavien Senaux.

Religieux de la Province de Lyon.

Vers l’autel.

Joseph-Félix est né le 30 décembre 1886 à Thusy, près de Rumilly en Haute-Savoie. Il devient alumniste à Notre-Dame des Châteaux de 1899 à 1903, transféré à cause des expulsions à Mongreno (1903-1904). Il prend l’habit religieux le 18 septembre 1904 à Louvain, reçoit le prénom d’Arsène, fait son noviciat sous la conduite du P. Benjamin Laurès (1904-1906) et prononce ses premiers vœux le 18 septembre 1905. Il commence ensuite sa philosophie de 1906 à 1909. Sa profession perpétuelle est datée du 7 juin 1907, reçue par le P. Pierre-Fourier Merklen. Il est d’abord envoyé à l’alumnat de Zepperen (Belgique) de 1909 à 1910 comme professeur de sciences et d’histoire et à Ascona en Suisse (1910-1911), puis à Jérusalem pour y suivre les cours de théologie de 1911 à 1914; il est ordonné prêtre dans la ville sainte le 17 mai 1914 par Mgr. Camassei. Mais, la guerre survenant, il doit quitter Jérusalem, terre turque, et prendre le chemin de la caserne.

Un lourd tribut à la guerre.

Mobilisé le 23 août 1914, le P. Arsène, brancardier et aumônier, va rester sous les drapeaux jusqu’en 23 mars 1919, soit cinq années pleines, témoin et acteur de scènes qui marquent une vie entière. Sa conduite courageuse lui vaut deux citations et la Croix de guerre. Des nombreuses chroniques de cette vie militaire, on peut retenir cette missive du 9 avril 1916 qu’il écrit depuis ‘l’enfer de Verdun’:

« J’ai reçu paquets sur paquets de Paris, soit au repos, soit ici de nouveau en tranchées. Grâce à l’ingénieuse charité de tous les bienfaiteurs et bienfaitrices qui se privent peut -être pour nous offrir quelques douceurs, on arrive à compléter le très maigre ordinaire que les poilus cuistots arrivent parfois à transporter jusqu’à nous.

Nous ne sommes pas encore les plus malheureux: infirmiers, nous ne travaillons pas. Les poilus, eux, fournissent chaque nuit jusqu’à huit heures de travail ,ils dorment le jour, c’est vrai; mais avec le peu de nourriture qu’ils prennent, ils ne tiennent plus debout! Après Douaumont, nous avions 8-50 hommes en moins, tués ou blessés; actuellement, les trois quarts qui restent sont éreintés, fiévreux; chaque jour le nombre d’évacués pour maladie augmente. Nous espérons que, dans ces conditions, la relève ne peut tarder. Je ne puis dire la messe, mais au moins j’ai la consolation de pouvoir réciter l’office et de communier, portant toujours Notre-Seigneur sur moi. Nous sommes cloîtrés par nécessité tout le jour. Les avions boches, qui rôdent sans cesse au-dessus de nous, nous obligent à rester terrés; d’ailleurs, il ne fait pas bon circuler, le marmitage est intense, continu et choisi: les plus belles marmites…». Lettre à la dispersion, 1916, n° 354, P. 409.

Retour à l’enseignement.

Enfin démobilisé, le P. Arsène peut reprendre son service d’enseignement. Après un court passage à Saint-Sigismond (Savoie) de 1919 à 1922 et un autre à Zepperen en 1922-1923, il est envoyé au collège Saint-Augustin de Plovdiv où son intelligence pénétrante, sa bonté un peu sévère mais surtout le témoignage de son dévouement lui valent une estime générale (1923-1931). Mais les médecins décèlent une tumeur au cerveau et une affection de la vésicule biliaire que rien ne peut enrayer, pas même les quelques temps de repos à Phanaraki (Turquie) où l’on crut pouvoir empêcher le mal de progresser, bien qu’il y fût arrivé déjà dans un état de gravité très prononcée .

Le 23 mars 1931, ne cessant de décliner, le P. Arsène me urt, sans doute des suites d’infirmités contractées pendant les années de guerre. La Mission d’Orient fut sensible à la perte de ce religieux dont elle n’avait eu qu’à se louer. Le P. Arsène est inhumé à Constantinople.

Bibliographies

Bibliographie : Lettre à la dispersion, 1931, no 386, p. 74; no 387, p. 82-83; no 389, p. 97-98; no 393, p. 132-133. Missions des Augustins de l’Assomption, 1931, no 347, p. 680. Natice biographique par le P. Marie-Alexis Gaudrefroy. Il existe de nombreuses correspondances d’Arsène Bally reproduites dans la Lettre à la dispersion, évoquant sa longue période militaire de 1914 à 1918.