Arthur (Jean-Arthur) DUTHEIL – 1906-1975

Arrangements de famille.

« J’ai eu à la Chaume [Pont- l’Abbé d’Arnoult] la visite de mon neveu il y
a quinze jours. Il m’a mis au courant du projet de construction d’une
maison d’habitation pour loger convenablement sa famille qui grandit. La
propriété étant indivise, ma signature serait nécessaire pour la chose, à
moins de faire un partage sur
la base de notre contrat réglant la succession. Le P. Maître [P. Armand
Louis] à qui je demandais si l’on peut obtenir un changement aux clauses
fixées dans la Règle, m’a dit qu’il n’avait reçu aucun
pouvoir pour régler seul les choses de cette situation, e t m’a indiqué de
m’adresser à vous pour savoir si quelque chose peut être fait pour donner
suite à la demande de mon neveu. Je ferai volontiers ce qui peut se faire
en restant dans l’obéissance à mes Supérieurs. Je joins l’exposé de la
situation envoyé par le notaire qui a fait les arrangements précédents ».

Frère Arthur, A.A., Saint- Antoine de la Chaume, au P. Wilfrid Dufault, le
12 novembre 1960.

Arthur (Jean-Arthur) DUTHEIL

1906-1975

Religieux de la Province de Bordeaux.

Dans la vallée du Dropt.

Fils de la terre Jean-Arthur Dutheil prend contact avec elle le 10 août 1906, à la Sauvetat-du-Dropt (Lot-et- Garonne) où son père cultive les champs au hameau Saint-Germain. Jean-Arthur aimera raconter ses souvenirs d’enfance et de jeunesse sur sa terre natale au cœur de la Guyenne. Son père, Jean-Edouard, meurt en 1913 sur les champs de bataille, laissant à son épouse Germaine Gardeau, le soin des 17 hectares de la propriété familiale et le souci d’éducation de leurs trois enfants. Jean-Arthur, âgé de Il ans, doit laisser l’école pour s’occuper de la ferme. La jeunesse et l’adolescence de Jean-Arthur coïncident avec les années fécondes de la J.A.C., cette école chrétienne de formation et de responsabilité pour les ouvriers de la terre. jusqu’à 30 ans, Jean-Arthur se montre fidèle jaciste. Son unique frère meurt à 27 ans, sa sœur Marcelle continue la famille. En 1947, Jean-Arthur, porteur d’un projet de vie sacerdotale, rencontre sur le marché d’Agen un religieux assomptionniste qui l’oriente vers Blou (Maine-et-Loire), mais la maman ne pouvant supporter cette séparation lui demande de rentrer au foyer. Il peut enfin entrer au noviciat de Pont-l’Abbe d’Arnoult (Charente-Maritime) le 18 mars 1950, à 44 ans, un neveu récemment marié prenant les rênes de l’exploitation familiale et veillant sur la maman qui atteindra l’âge de 95 ans (+1973). Sous le nom de Frère Arthur, il prononce ses premiers vœux le 19 mars 1951. Ainsi est tranché le ‘nœud gordien’ qui l’a jusqu’ici empêché de donner suite à son projet de vie, mais en renonçant à toute perspective de sacerdoce. Il prononce ses vœux perpétuels le 19 mars 1954. Travailleur méticuleux, habile, expérimenté et soucieux de formation pratique dans son domaine, le Frère Arthur se montre confrère agréable,

doux et patient, formé à l’école spirituelle et à la doctrine de la réparation, persévérant dans les exigences de son choix de vie comme dans ses entreprises matérielles.

Dans les vignes de la Chaume.

Avec le Frère René Lalanne, le Frère Arthur est chargé de l’entretien de la propriété du noviciat de Pont-l’Abbé; au Frère Arthur incombent le soin de la vigne et la fabrication du vin, l’entretien du verger, tandis que le Frère René, équipé d’un tracteur, veille aux cultures céréalières. A partir de 1958, le Frère Arthur est seul responsable de l’exploitation du domaine. Il se fait aider par les novices. Il vibre de toute son âme aux merveilles de la création et de cette nature qui le réclame sans répit au rythme des saisons. En traversant les futaies de la Chaume, plus sensible au langage secret de la nature, il entend les frémissements de la vie alors que ses oreilles sont plutôt rétives au son des paroles humaines. Il aime émonder les ceps, tailler les sarments, observer la montée de la sève et la naissance des grappes. L’enclos du rucher lui est familier quand il en retire les 300 à 400 kg. de miel selon les années. À visage découvert, mains non gantées, il prélève la récolte ‘en parfumant les ruches’, c’est-à-dire en les enfumant. Mais son domaine de prédilection, c’est la cave, là où, à partir du moût, il fabrique le pineau, le vin noble des jours de fête, et ‘l’arthurinette’ moins prisée des novices. En 1968, son cœur saigne quand ‘la vigne du concile’ qu’il a plantée est arrachée au profit de cultures mécanisées. « Si ma vigne arrachée suscite une vocation, je l’accepte ». Son confrère, le Frère Roland Duny, économe méthodique et ordonné, est bien un peu effrayé devant les piles de documentation et l’entassement de matériel hétéroclite que le Frère Arthur ne cesse d’engranger comme malgré lui. Serrurier à ses heures, couvreur, il ne cesse de servir qu’à l’heure où la souffrance prend le nom de maladie. En 1972, le Frère Arthur doit faire plusieurs séjours à l’hôpital de Saintes. Il est alors dirigé sur Layrac (Lot-et-Garonne) où il meurt le 27 mats 1975, à 69 ans, dans la sérénité d’un sourire que l’aiguillon de la souffrance n’a pu troubler. Le P. Emmanuel Rospide préside la cérémonie des obsèques le 1er avril.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: A travers la Province de Bordeaux à Rio, 1975, n° 231, p. 12-18. Documents Assomption, Nécrologe (I), 1975-1980, p. Il. Voulez-Vous? (bulletin de Layrac), 1975, n° 94, p. 15-16. Notices Biographiques