Assen (Etienne) DRAGANOV – 1890-1912

Sentiments d’un novice
‘condamné’.
« Quand je pense que j’ai dû aller deux fois à l’hôpital et qu’aujourd’hui
je me vois loin du noviciat, rien ne me rend plus triste. C’est pourquoi je
vous prie de me permettre de venir vous rejoindre en ce beau pays de
Luxembourg, aussi tôt que je serai
transportable. J’ai des journées très pénibles. Remercions
Dieu de la grâce qu’il me fait encore en me tenant sur la croix. Je suis en
effet sur la croix, car depuis quelque temps mon état s’aggrave. La fièvre
reste toujours dans un degré très élevé. Je souffre beaucoup des entrailles
et la jambe me crée bien des embarras. J’ai infiniment plus de confiance
dans le médecin du ciel qu’en ceux de la terre. J’ai conçu une confiance
toute particulière en Notre-Dame de Luxembourg à laquelle j’ai fait une
neuvaine. Voyant qu’elle portait au bras un chapelet, j’ai compris qu’elle
aimait le
rosaire et c’est pourquoi j’ai promis de le réciter chaque jour de la
neuvaine. Dieu ne permet pas que je guérisse. Je me résigne de tout mon
être à sa sainte volonté. Je souffre beaucoup surtout le jour, je ne sais
plus quelle position prendre au lit, tout mon corps devient de plus en plus
sensible ».
Assen, mai 1912.

Assen (Etienne) DRAGANOV

1890-1912

Religieux bulgare.

Un jeune religieux bulgare, plein d’avenir.

Etienne Draganov est né le 1er janvier 1890 à Malko- Tirnovo, village situé à quelques lieues d’Andrinople, en Bulgarie. Orphelin de bonne heure, il est placé par sa grand’mère au service d’une ferme. Il est accueilli chez les Pères Résurrectionnistes pendant deux ans. Un de ses oncles cherche à l’orienter au séminaire orthodoxe bulgare de Constantinople. Etienne lui- même trompe la vigilance de son protecteur pour frapper à la porte de l’Assomption: il est accepté comme alumniste à l’alumnat de Karagatch, faubourg d’Andrinople (Turquie d’Europe), le 12 juillet 1906. De caractère doux, joyeux, serviable, il se fait remarquer par son caractère droit, son jugement de bon sens et sa dévotion envers la Sainte Vierge. Il passe à l’alumnat d’humanités à Phanaraki sur la rive asiatique de Constantinople (1908-1911). Il est reçu au noviciat de Gempe (Belgique) où il arrive le 29 juillet 1911. La date de sa prise d’habit n’est pas notée sur les registres de l’époque. Il prend le nom de Frère Assen. De constitution plutôt délicate, souvent malade de l’estomac, le Frère Assen montre au noviciat les dispositions heureuses qui l’ont signalé dans les alumnats. En décembre 1911, de violentes douleurs déclarent la maladie dont il va mourir précocement, la tuberculose. Le Dr de Preter, médecin de la communauté, conclut d’abord à une crise d’appendicite et, en prévision d’une opération, le fait admettre à deux reprises, pour observation, à l’hôpital de Louvain. Mais une fièvre persistante interdit toute opération chirurgicale. Au début du mois de février 1912, le malade rentre à Gempe. Son état ne s’améliore pas, bien au contraire, l’infection gagne la gorge, les poumons, les oreilles et le ventre. Il a encore la volonté de se rendre, le 11 février 1912 à la grotte aménagée dans la propriété pour demander à la Vierge sa guérison.

Devant la persistance de son mal, le P. Antoine de Padoue Vidal, maître des novices, lui propose de faire sa profession perpétuelle in articulo mortis. La cérémonie se déroule le 3 avril 1912. Deux semaines après Pâques 1912 le noviciat de Gempe est transféré à Limpertsberg, au grand-duché de Luxembourg. Un de ses co-novices le Frère Majefla, reste sur place à Gempe comme infirmier. A ses camarades en instance de départ, il dit, sans illusion sur son sort: « Vous autres, vous prenez le train pour Luxembourg. Moi, je vais le prendre bientôt pour le ciel ».

Un noviciat jusqu’au bout.

Pendant l’été, un mieux se manifeste, comme une trêve avant l’assaut final de la maladie. Le P. Léonide Guyo, venu prendre la direction de l’alumnat nouvellement installé à Gempe, aide le Frère Assen à se préparer au grand passage. Il meurt le 14 octobre 1912, presque sans agonie. Après la cérémonie religieuse de ses obsèques, le corps du Fère Assen est inhumé au cimetière de l’abbaye de Park à Louvain, dans la même tombe que le Frère Finbarr Looney, son frère de noviciat. Le P. Léonide lui rend ce témoignage:

« Le Frère Assen eût fait un excellent missionnaire auprès de ses frères slaves. Notre-Seigneur semble l’avoir pris à la Mission bulgare, comme il vient de prendre ses frères de la probation: le Frère Finbarr [Looney] à la Mission anglaise, le Frère Henri-Gabriel [Sauvignard] au noviciat. Le P. Emmanuel Bailly l’a dit: ‘Ce sont des victimes de propitiation autant que d’expiation. Nous bénissons du fond du cœur le Divin Maître d’avoir permis que la dernière consommât son long sacrifice à l’alumnat de Gempe. La Croix vous aura appris cette mort quand cette lettre vous parviendra. Je prie voire charité d’accorder au très cher Frère Assen les suffrages dus aux profès in articulo mortis ».

Bibliographies

Bibliographie et documentation: L’Assomption 1913, n° 194, p. 38-40; p. 55-58. Notice biographique par le P. Marie-Alexis Gaudrefroy. Circulaire du P. Léonide Guyo, Gempe, 14 octobre 1912. Lettre à la Dispersion 1912 n° 171, p. 695. Notices Biographiques