Athanase (Charles-Louis) VANHOVE – 1865-1919

Jérusalem, 1914.
« Je vous écris ce samedi soir pendant que la tempête gronde au dehors et
que la pluie commence enfin à tomber, abondante, torrentielle! Depuis hier
midi le vent souffle avec une violence extrême, aussi le P. Mallou qui
m’avait annoncé son retour du Caire par les Messageries doit filer en ce
moment vers Beyrouth. J’espère que l’ouragan aura cessé avant lundi soir et
que mon merci
pour votre bonne lettre du 1er janvier pourra s’envoler de Jaffa vers Rome.
Que faut-il vous envoyer à Rome? Les seules photographies du P. Bailly que
contiennent vos deux albums ou les albums eux-mêmes? Le P. Léopold
[Dressaire] chargé de ce soin me déclare que votre demande peut avoir les
deux sens de la question précédente. Nous attendons donc votre
éclaircissement. Je compte vous envoyer les numéros de la Revue biblique
que vous
demandez par colis postal. C’est le moyen le moins coûteux et le plus sûr.
Pendant les vacances de Noël, nous avons fait notre excursion
traditionnelle à
Jéricho, au Jourdain et à la Mer Morte. Nous y avons ajouté TeilMadesch ou
la Béthanie transjordane. Notre jeunesse a été ravie de cette visite et de
toute cette promenade. Elle s’est montrée ardente, pleine d’entrain».

Religieux français. Un fils du Nord sur les routes du monde, victime de la catastrophe du Chaouia. Charles-Louis Vanhove est né le 4 février 1865 à Bollezeele, d’une famille flamande du Nord français dont deux enfants feront le choix de la vie religieuse à l’Assomption et une fille deviendra religieuse. Le désir de devenir prêtre le conduit à l’âge de 12 ans dans les différents alumnats proches du domicile familial: Mauville et Clairmarais dans le Pas-de- Calais (18791883). Après le temps des études secondaires, il part pour l’Espagne où sont alors regroupés les novices au noviciat d’Osma. C’est le P. Emmanuel Bailly qui lui donne l’habit, sous le nom de Frère Athanase, le 8 septembre 1883. Profès annuel l’année suivante, le Frère Athanase prononce ses vœux perpétuels à Osma le 8 septembre 1885. Il est alors envoyé à Rome pour les études de philosophie et de théologie que couronne un double doctorat. Ordonné prêtre à Rome le 17 décembre 1887, il est nommé l’année suivante au noviciat de Livry (Seine-Saint-Denis) comme sous-maître des novices et socius du P. Emmanuel Bailly. Il remplace ce dernier, nommé procureur de la Congrégation à Rome en 1892. En 1895, le P. Athanase est nommé supérieur de l’importante communauté de religieux étudiants à Notre-Dame de France à Jérusalem, charge qu’il conserve jusqu’en 1900 dans les soubresauts de l’époque. En 1897 en effet, sont déjà perceptibles les signes de la crise qui secoue l’enseignement biblique (1) dans la mouvance des nouvelles hypothèses plus tard dénoncées ou amalgamées à Rome sous le nom du modernisme. De 1901 à 1904, le P. Athanase est employé à Paris au service de l’économat des pèlerinages Notre-Dame de Salut. On le renvoie à Jérusalem, de 1904 à 1914, toujours en qualité de supérieur de la communauté à Notre-Dame de France. Son action y est décisive. Page :221/221 Il imprime une vigoureuse et dynamique impulsion à toutes les activités liées à la vie de cette communauté: études, pèlerinages, hôtellerie, oeuvre des Croisés du Purgatoire. Homme de conseil, esprit éminemment pratique, maître organisateur, le P. Athanase devient avec les années une notoriété bien connue et estimée à Jérusalem. Conférencier, prédicateur, confesseur et directeur de nombreuses communautés religieuses, il s’adonne à un ministère à la fois fécond et chargé. Son dévouement d’une activité prodigieuse, son esprit très fraternel de grand zèle apostolique, son amour de la vie religieuse à l’Assomption le font unanimement apprécier de tous ses confrères. Mais en 1914, la Turquie dont relève alors la Palestine comme province ottomane, entre en guerre aux côtés des puissances centrales et, en tant que religieux étrangers, dépendant sur le plan national d’une puissance ennemie, les Assomptionnistes sont expulsés. La grande maison d’études-hôtellerie devient le quartier général de l’Etat-Major turc. Par la Samarie et Damas, le P. Athanase peut gagner Beyrouth, puis la Grèce et la France. Après un court séjour à Rome, ses supérieurs le nomment à la Procure de Marseille (Bouches-du-Rhône). En 1916, le P. Athanase est affecté à la résidence de Montpellier (Hérault), en qualité de supérieur. Il y reprend ses activités habituelles de ministère, attendant, l’heure d’un retour possible à Jérusalem. En 1919, à la suite des traités, la Palestine passe sous le mandat britannique et le P. Athanase, vu ses grandes qualités d’organisateur, est appelé à remplir une mission plus vaste, celle de supérieur de toute la mission d’Orient qu’il s’agit alors de relever des ruines de la guerre. Le 13 janvier 1919, en compagnie des Pères Michaël D’Hont et Cyrille Balabanov ainsi que de trois Sœurs Oblates, le Père s’embarque sur le ‘Chaouia’ avec 800 autres passagers. Deux jours après, dans la nuit du 15 au 16 janvier, le paquebot heurte une mine dérivante. Le P. Athanase n’a que le temps de monter sur le pont, de donner et recevoir une dernière bénédiction et de disparaître dans la mer. Son corps, rejeté à la côté, est enseveli près de Messine. Le P. Athanase n’a que 54 ans. (1) Cf le dossier dans les ACR du P. B. Montagnes, 0. P. (ACR: NS 439). Page :222/222

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Lettre à la Dispersion, 1919, no 553 bis; no 565, P. 177-188; no 568, P. 251- 256. L’Assomption, 1919, no 215, P. 10-13. Missions catholiques, 1920. Notice biographique par le P. Marie-Alexis Gaudefroy. Lettre du P. Athanase Vanhove au P. Joseph Germer-Durand, Jérusalem, 10 février 1914. Du P. Athanase Vanhove, dans les ACR, de nombreuses correspondances (1885-1918), rapports sur Notre-Dame de France à Jérusalem (1897-1912), chroniques dans la Lettre à la Dispersion et la revue L’Assomption. Sur les victimes du Chaouia, cf Missions de l’Assomption en orient 1862-1.9234, on, no 274, janvier-février 1925, p. 11-12.