Aubin (Frédéric) VILLEMUR – 1872-1906

Santiago, 1905.
« Vous m’aviez recommandé lors de votre passage à Lota de vous donner de
mes nouvelles. Je le fais aujourd’hui. Je vous écris de la maison de
Santiago où je me trouve depuis un
mois. J’ai été convoqué par le P. Joseph [Maubon] ainsi que le P. Casimir
[Romanet] pour la retraite annuelle. Je n’en
suis pas encore reparti car je souffre d’une bronchite doublée d’une
pleurésie. Depuis plus d’un mois je me sentais fatigué; toutes les nuits
j’étais en sueur. Le matin j’allais dire la messe à l’hôpital et le reste
de la journée était consacré à faire la classe à 50 enfants. Ici, au début
de mon séjour, j’ai repris des forces et je commence à me rétablir. Le
bon Père Joseph [Maubon], en ne me permettant pas encore de retourner à
Lota, m’envoie
à Los Andes j usqu’à nouvel ordre. Je regrette Lota à cause du bien que j’y
pouvais faire et surtout de ne plus pouvoir m’occuper de l’école. Les
paroissiens du P. Casimir sont bien contents de notre école; ils voient
qu’on s’occupe sérieusement de l’éducation de leurs enfants. Si nous avions
un local suffisant et un nombre supérieur de professeurs, nous ferions
encore bien plus. On ne peut en prendre que 150. Pour l’école nocturne, une
centaine d’hommes … ».

Religieux français, en mission au Chili. Une vie rapidement consumée. Frédéric Villemur voit le jour le 20 avril 1872 à Mauroux (Gers). Il fait la connaissance de l’Assomption à Toulouse (Haute-Garonne) où il accomplit son temps de service militaire en qualité d’artilleur. En 1896, il entre à la maison des vocations tardives de Montfort dans l’Yonne. On le remarque pour sa vivacité, sa régularité, son dévouement et son entrain. Il reçoit l’habit religieux au noviciat de Livry (Seine-Saint-Denis), le 4 septembre 1898, sous le nom de Frère Aubin. Après ses premiers vœux l’année suivante, il est envoyé à la maison d’études de Toulouse (1899). Au moment des expulsions, il rejoint les étudiants à Bure (Belgique), puis à Gemert (Pays-Bas). C’est là qu’il prononce ses vœux perpétuels le 10 septembre 1900. Il poursuit à Louvain ses études ecclésiastiques. Il est ordonné prêtre à Malines en septembre 1904. Désigné presque aussitôt pour la mission du Chili, il débarque en Amérique du Sud en janvier 1905 et il est affecté au service de la paroisse de Lota. Son apostolat n’y dure que quinze mois. Très vite il apprend l’espagnol et peut être désigné comme aumônier de l’hôpital, tout en assurant des cours à l’école paroissiale. Un rhume négligé entraîne d’abord une bronchite. Cette dernière se complique d’une pleurésie. De Santiago où il se trouve en juillet-août 1905, le P. Joseph Maubon, inquiet de l’état de santé de ce religieux, l’envoie à Los Andes où il reçoit des soins empressés et où il peut reprendre ses activités ministérielles. Mais au soir de la fête de Pâques de 1906, le mal le reprend de façon violente et en quelques jours le P. Aubin est emporté par la maladie. Il décède le 11 mai 1906, alors que sur place sa douceur, sa disponibilité et sa serviabilité lui avaient déjà conquis bien des cœurs. Il nia que 34 ans. Ses restes sont inhumés au cimetière de Los Andes (Chili). Page :323/323 Le.P. Joseph Maubon informe la Congrégation des circonstances du décès de ce jeune religieux: « J’ai la douleur de vous faire part de la mort du Père Aubin Villemur dont nous venons de conduire la dépouille à sa dernière demeure dans le cimetière paroissial de Los Andes (13 mai). Le Père Aubin a rendu pieusement son âme à Dieu avant-hier, 11 mai, octave de sainte Monique, après trois semaines de terrible fièvre typhoïde que compliquait la phtisie dont il souffrait depuis plusieurs mois. Arrivé ici en janvier 1905 avec le P. Emmanuel Bailly, il fut désigné pour la maison de Lota où il se donna généreusement au ministère des enfants qu’au bout de quelques semaines il pouvait confesser en espagnol et au service de l’hôpital qu’il édifia par sa modestie et sa bonté. A la fin de l’hiver dernier en août, les symptômes de la phtisie nous obligèrent à lui faire quitter les humides régions du sud et le bord de la mer et à lui procurer le chaud soleil de la Cordillère des Andes. Là il sembla prendre le dessus de la terrible maladie et, de fait, il put rendre quelques services dans les diverses communautés dont nous sommes chargés. Les médecins nous donnaient il y a un mois de sérieuses espérances de guérison, un certain embonpoint rassurant confirmait cet espoir, et nous bénissions l’heureux climat de cette ravissante vallée de l’Aconcagua qui rappelle au P. Vincent [Chaîne] Nice et Menton. Pendant les premiers jours de la Semaine Sainte, le Père se sentit mal à l’aise. Le soir de Pâques il se coucha pour ne plus se relever. Une fièvre encore indéfinissable s’était déclarée, déterminant de suite le délire. Fièvre gastrique, typhoïde, cérébrale? Le danger fut de suite grave, imminent; le délire avait un caractère spécial qui faisait dire aux médecins que la tuberculose était montée au cerveau. Dans la nuit du 10 au 11 mai, vers 3 heures du matin, il sortit de son délire, demanda un prêtre pour se confesser, se rendit compte qu’il allait mourir, renouvela ses vœux, dicta deux adresses de sa famille, fit des actes de conformité à la volonté de Dieu, des actes de repentir et d’amour, baisa plusieurs fois le crucifix et puis retomba dans le délire qui ne le quitta plus jusq u’a u dernier moment à 11 heures ». Page :324/324

Bibliographies

Bibliographie et documentation: L’Assomption, 1906, n° 116, p. 122-124. Notice biographiclue par le P. Marie-Alexis Gaudefroy. Lettre du P. Joseph Maubon au P. Emmanuel Bailly, concernant la mort du P. Aubin Villemur, Los Andes, 12 mai 1906. Circulaire du P. Joseph Maubon, Los Andes, 13 mai 1906. Lettre du P. Aubin Villemur au P. Emmanuel Bailly, Santiago, Il août 1905. Dans les ACR, du P. Aubin Villemur, trois correspondances (1900, 1904 et 1905).