Augustin (Fulviu) AGLICERIU – 1923-1993

Portrait.

«Augustin était un bon compagnon, fraternel, joyeux, malin, sportif,
généreux, très ouvert à la politique, en bon citoyen de Timisoara. Beaucoup
à Margineni le regretteront: pauvres, mendiants, malades, pénitents.
C’était l’essentiel de sa clientèle ». D’après une lettre du P. Hervé
Stéphan, juillet
1993.
Ce religieux, de tempérament vif, capable d’endurer les plus forts
sacrifices, a surmonté la plus longue des épreuves, celle d’un noviciat
commencé dans les tracas de l’immédiate après-guerre et achevé, après
20 ans de vie clandestine, par la profession des vœux perpétuels en 1968,
sans le soutien de sa famille, mais avec l’aide espacée de confrères
assomptionnistes dispersés.
On mesure vraiment ce qu’était la vie religieuse traquée des personnes dans
l’univers communiste de Ceaucescu quand on lit la dépêche du P. Stef, en
février
1969, annonçant aux Supérieurs l’ordination sacerdotale du fr. Augustin:
‘Augustin a passé avec succès ses examens en deux étapes’… Il eut la
joie, après la chute du régime en décembre 1989, de voir refleurir
l’Assomption roumaine.

Religieux roumain de la Province de France.

Un religieux temporaire durant 20 ans.

Fuiviu Agliceriu est né le 17 janvier 1923 à Alios, département de Timisoara, dans le Banat en Roumanie. Il fait ses études secondaires à l’alumnat de Beius, ouvert en février 1926, de 1934 à 1938, puis au lycée commercial de Timiscara d’où il sort bachelier en 1942. En 1947, il entre au noviciat qui s’est replié cette année-là de Blaj à Harseni et qui compte alors trois novices. Ce sont les derniers avant longtemps. Il fait sa profession le 19 septembre 1948. Onze jours après, les catholiques de rite oriental sont intégrés de force dans l’Eglise orthodoxe. Comme beaucoup d’autres, il entre en clandestinité. Retiré à Timisoara, il travaille dans une usine de textiles durant cinq ans, puis dans une usine de caoutchouc pendant six ans et enfin dans un dépôt de produits vétérinaires pendant 18 ans. Ce sont là les étapes retrouvées d’un curriculum professionnel incomplet. Parallèlement à ces activités, il entreprend d’étudier la théologie sous la direction de Pères Salvatoriens. Ce n’est qu’en 1968, le 8 décembre, que le Frère Augustin peut prononcer ses vœux perpétuels. Il a bientôt 46 ans, lorsque le 15 décembre de la même année il reçoit le diaconat et le sacerdoce. Religieux sans communauté, le voilà aussi prêtre sans fidèles. Arrivé à la retraite professionnelle, il s’initie à la pastorale auprès du P. Léon Boariu, curé de Siobozia en Moldavie. En décembre 1990, il peut venir à Paris pour soigner son cœur. En février 1991 il retourne par le train à son ermitage glacial de Timisoara. En septembre 1991, il devient vicaire à Margineni, dans la banlieue de Bacau, où l’Assomption décide de construire une maison de formation. Le 15 février 1993, il fait partie de la communauté qui s’établit dans la maison neuve de Margineni. Il ne peut y vivre que quelques semaines, avec la joie et l’enthousiasme d’un novice.

En avril, il est hospitalisé à Bacau à la suite d’un infarctus. Son état s’améliore après un second infarctus, mais le 27 mai 1993, en communauté à Margineni, il meurt subitement à midi. Depuis le 29 mai, il repose au cimetière de Margineni, non loin du P. Boariu, tué lui dans un passage à niveau le 26 septembre 1991.

Le témoin d’une Eglise martyre.

Le P. Augustin fait partie de cette poignée de religieux assomptionnistes qui de 1947 à 1989 ont vécu dans la clandestinité et un isolement forcés la dure condition des catholiques persécutés, particulièrement ceux de rite oriental affiliés de force à l’église orthodoxe. De février à juin l948, le régime communiste, mis en place avec l’appui de l’Armée rouge de libération, supprima en effet d’autorité les cinq diocèses du rite uniate, pourtant officiellement reconnus en 1930, pour les inféoder d’office dans l’orthodoxie. On connaît le prix à payer par les ‘résistants’: années d’emprisonnement, de camps de travail, de privations de toutes sortes jusqu’à épuisement. Il suffit pour s’en convaincre de lire les lignes émouvantes que le cardinal Todea, élevé à la pourpre par Jean-Paul I, consacra à l’évocation de ces années de résistance religieuse. On doit au journaliste Didier Rance un livre-mémorial, paru en 1994: Courage et fidélité. L’Eglise gréco-catholique unie en Roumanie, collection AED témoignages.

Bien que situé de façon plus marginale, le P. Augustin a traversé toute sa vie, comme dans sa chair, cette tourmente de l’histoire religieuse de son pays si on en détache la première partie, celle de l’enfance et de l’adolescence, et si on en excepte les dernières années. Il eut alors la joie de voir renaître dans son pays l’espérance qui n’avait cessé de nourrir sa foi.

Bibliographies

Bibliographie : Documents Assomption, Nécrologe (V), 1991-1993, pages 95-96. Assomption-France, Nécrologie années 1992-1993, p. 267-268.