Barthélemy (J.-B.-Eugène) LAMPRE – 1824-1878

Andrinople, 13 avril 1878.
« Notre Seigneur est venu visiter notre mission. Le bon P. Barthélemy a
terminé les épreuves de cette vie, il est allé au ciel recevoir la
récompense méritée surtout par les 6 derniers mois de sa vie, uniquement
consacrés au service des malades et des
pauvres. Car depuis le mois de juillet dernier, il a toujours passé au
moins six à sept heures par jour auprès des blessés, qu’il fallait panser,
ou des pauvres malades qu’il visitait. Aussi Mgr Reynaudi
et ses Pères Capucins nous disaient-ils: C’est un martyr de la charité. Il
a contracté auprès des malades la maladie qui l’a emporté. Il a succombé à
l’épidémie du typhus qui fait
de si cruels ravages dans l’armée russe et les pays occupés par elle. Le
mercredi
26 mars, il a passé sa matinée auprès de malades Turcs dont plusieurs
étaient atteints du typhus. il est rentré un peu fatigué et a demandé au P.
Alexandre Chilier d’aller se reposer un instant après dîner. Le P.
Alexandre l’a même engagé à ne passe relever pour la classe, mais le P.
Barthélemy s’est contenté de quelques heures de repos et il
a voulu faire sa classe. Se sentant plus fatigué, il est allé se coucher de
nouveau, pour ne plus se relever… ».

Religieux français, à la Mission d’Orient.

Un religieux pharmacien.

Jean-Baptiste-Eugène Lampre est né le 28 mars 1824 à Laon (Aisne). Pharmacien , il se présente au noviciat de l’Assomption du Vigan où il prend l’habit, le 21 novembre 1865, sous le nom de Frère Barthélemy. Il est profès perpétuel le 29 novembre 1867 au Vigan, selon la coutume du temps qui prévoit l’engagement définitif au bout de deux ans de noviciat. Il s’est préparé par lui-même aux études théologiques. Le 27 décembre 1867, il est ordonné prêtre à Nîmes par Mgr Plantier, tout en participant à l’activité scolaire du collège. Le P. Emmanuel d’Alzon l’envoie en renfort au P. Galabert pour la mission d’Orient (1868-1878). Il enseigne notamment à la petite école Saint-André de Philippopoli et aide les Oblates lors de leur arrivée à Andrinople (1869-1871). Il possède surtout une connaissance approfondie et pratique de la médecine, comme pharmacien de lère classe de la Faculté de Paris. On sait qu’il a rempli pendant quatre ans la charge d’interne dans des hôpitaux parisiens, notamment en 1848 au moment des terribles journées de l’insurrection. Sa présence au Vigan l’a mis en relation avec Pasteur qui est venu sur Alès travailler à la recherche d’un remède pour les maladies du ver à soie. A Philippopoli, le P. Barthélemy met ses connaissances en médecine au service de l’implantation d’un dispensaire à Andrinople, tenu par les S?urs Oblates, avant que ne soit fondé dans la même ville l’hôpital Saint- Louis. Il se dévoue volontairement au chevet des malades et des blessés pendant la guerre russo- turque (1877-1878). La guerre dans les Balkans provoque des débordements de la part de troupes irrégulières, notamment à Stara Zagora. Les hommes sont massacrés ou se sont enfuis dans les montagnes tandis que femmes, vieillards et enfants sont entassés dans des remises.

On construit des baraquements pour recevoir les blessés, le P. Barthélemy en installe environ 150 dans les locaux scolaires de Saint-André, en ajoutant un auvent devant les salles de classe elles-mêmes surchargées. Après les affrontements très meurtriers au col de la Chipka, il prend en charge les blessés de l’armée du sultan ottoman, Soliman-Pachan, grâce à des ambulances militaires occupant les écoles du pays. A la fin de l’été, les cours reprenant, le P. Barthélemy assume sa part d’enseignement et prend sur ses temps libres pour continuer son ministère médical. Il contracte le typhus en soignant les blessés des deux camps. Il meurt le 6 avril 1878, à l’aube de ses 55 ans. Il est inhumé au cimetière de Phillipopoli-Plovdiv.

‘Martyr de la charité’.

Le P. d’Alzon, informé directement par le P. Galabert, transmet la nouvelle du décès du P. Barthélemy Lampre aux religieux de Paris, par l’intermédiaire du P. Picard, le 24 avril 1878: « Quelque chose de plus triste, mais de plus glorieux, est la mort du Père Barthélemy, victime de son zèle auprès des malades atteints du typhus. Le Père Galabert est allé à Philippopoli recevoir son dernier soupir. C’est douloureux, mais c’est une précieuse semence de conversions » (1). Chose étonnante, en 1882, quand le gouvernement de la ville de Philippopoli décida de transférer les cimetières hors de la ville, on exhuma le corps du P. Barthélemy qui se trouvait dans un état de conservation complète. Le P. Alexandre Chilier, dépêché sur les lieux, en fut le témoin direct. Il prit d’ailleurs le crucifix placé dans les mains du défunt et le conserva précieusement comme une vénérable relique. Ce détail n’en paraît que plus étonnant quand on sait que trois autres corps, ensevelis aux côtés du P. Barthélemy, se trouvaient par contre entièrement décomposés.

(1) Lettre du P. d’Alzon n° 6311 dans tome XII de sa correspondance (1877-1878), édition 1995, p. 447.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: L’Assomption (Nîmes) 1878, n° 9, p. 66-67. Souvenirs 1884, n° 33, p. 180-181. L’Assomption, 1905, n° 105, p. 152-153. Missions des Augustins de l’Assomption, 1892, p. 7-12. Lettres d’Alzon, 1995, t. XII, p. 447-448. Lettres d’Alzon, 1996, t. XIII, p. 468. Lettre du P. Galabert au P. d’Alzon, Andrinople, le 13 avril 1878. Notice biographique par le P. Marie-Alexis Gaudrefoy. Sont conservées aux ACR quelques correspondances du P. Barthélemy Lampre aux premiers religieux, les PP. d’Alzon, Saugrain, Vincent de Paul Bailly, Emmanuel ailly et Joulé (1868-1872).