Basile (Jean-Marie) FILAIRE – 1886-1945

Nouvelles de Worcester,
« Les derniers arrivés au collège commencent seulement à se réconcilier
avec le climat et le paysage. En novembre dernier, c’était déjà presque
l’hiver, pas de verdure dans les prés, pas de feuilles sur les arbres, mais
un vent froid et bientôt la neige. Jusqu’en avril une seule couleur dans la
campagne: la blancheur d’une épaisse
couche de neige. Voici le mois de mai. La neige disparaît, les belles
journées commencent. Depuis une dizaine de jours, changement complet de
décor: c’est le printemps avec ses feuilles et ses fleurs. Personne n’est
fâché du changement, les élèves surtout savent l’apprécier. Pour eux
désormais, la vie au collège
est supportable. Les magnifiques parties de base- ball et de tennis leur
font oublier toutes les misères passées et les arment de patience pour le
reste de l’année. Le travail intellectuel n’y trouve certes pas son profit,
mais il n’y a que la
‘faculté’ pour s’en plaindre. C’est le baseball surtout, jeu national, qui
est en honneur. Il n’admet que 18 joueurs divisés en deux camps. Cependant
plus leurs jeux peuvent se constituer côte à côte, la
propriété est assez grande pour cela … ».
P. Basile Filaire.

Basile (Jean-Marie) FILAIRE

1886-1945

Religieux de la Province de Paris, au service du vicariat d’Angleterre.

Notice récapitulative.

Jean-Marie Filaire est né à Sembadel le 29 mars 1886, petite commune du canton de La Chaise-Dieu (Haute- Loire). Il fait ses études secondaires à l’alumnat de Miribel-les-Echelles (Isère) de 1899 à 1904 et entre à l’Assomption, le 18 septembre 1914, jour de sa prise d’habit à Louvain (Belgique). Il reçoit le nom religieux de Frère Basile. Profès annuel le 18 octobre 1905 à Jérusalem, il fait ses premières armes dans l’enseignement au Bizet (1906-1909) où il prononce ses vœux perpétuels le 15 août 1907. Ses études ecclésiastiques sont partagées entre Louvain (1909- 1912), Jérusalem (1912-1914) et Rome (1915-1916) où il est ordonné prêtre le 3 mai 1915. Exempté du service militaire, il est envoyé comme professeur à Miribel de 1916 à 1919, puis à Worcester (U.S.A) à partir de 1919. Ayant opté pour la Province de Paris constituée en 1923, il est affecté exclusivement aux œuvres de la mission anglophone. Ses états de service résument son itinéraire: l’enseignement à Worcester (1919-1923), le ministère paroissial en Angleterre: Charlton (1923-1925), Brockley (1925-1929) Newhaven (1929-1932), Brockley (1932-1935) et Chariton (1935-1945). Il meurt le 13 janvier 1945 et est inhumé à Charlton.

Chronique d’un décès en temps de guerre.

Les circonstances de la mort du P. Basile Filaire en Angleterre (1) donnent une idée des conditions de vie à cette période:

« Le P. Basile souffre depuis quelques années d’une pression artérielle trop basse. Le lundi 15 janvier [1945], lui et le P. Colrncille vont prendre le thé chez des amis dans la paroisse voisine de Lewisham. Il se porte bien et paraît heureux.

Après une partie de cartes et le souper, lui et son compagnon reprennent le chemin de Charlton. Le froid est très vif cette nuit-là et la neige recouvre le soi. Pour comble de malheur les Pères manquent le dernier autobus. Devant la perspective d’une bonne heure de marche sur une route montante, le P. Basile, déjà pris par le froid et la fatigue ralentit le pas et paraît angoissé. Il demande au P. Colmcille qui doit célébrer la messe le lendemain, de partir en avant pendant que lui-même suit au ralenti. Leur séparation a lieu à 22h45. Cinq minutes après, un passant trouve le P. Basile couché sans connaissance et mourant dans la neige. Il va chercher une ambulance et le Père est porté à la morgue de Deptford. Pendant ce temps, le P. Colmeille est revenu au presbytère, mais, étant de garde cette nuit, il a rejoint le poste de la défense passive. D’autre part le P. Benoît-Labre [Caron], au lieu de coucher dans sa chambre, s’est réfugié sous l’église, près de la chaudière, pour être mieux à l’abri des Vl. C’est pourquoi personne ne répond aux appels de la police. Celle-ci ne trouve le P. Benoît-Labre qu’à 2 heures du matin et lui apprend la triste nouvelle. Par une étrange mais heureuse coïncidence, le P. Colmcille a tiré de sa poche, en cherchant un bout de papier pour marquer les points du jeu de cartes, une enveloppe adressée à lui-même, mais renfermant un chèque au nom du P. Basile. Il lui a passé le tout par-dessus la table et c’est grâce à ce papier que l’on peut identifier le Père quand on le ramasse dans la neige. Le P. Basile est un religieux regretté. Pendant les neuf années qu’il a passées comme vicaire à Brocklev et ses 10 ans de supérieur à Charlton, il a fait preuve d’un dévouement soutenu, d’une humeur égale et bienveillante, d’une piété solide, d’un bon esprit d’initiative. Sa manière tranquille, souriante, ferme, plaît énormément ». (1) Les membres de la Communauté assomptionniste de Charlton en 1945 d’après la Répartition des Missionnaires 1945-1946 restent au nombre de trois: les PP. Benoit-Labre Caron, Colmcille O’Pacanaïm et Malachy Corbett. A l’époque, on compte 8 communautés dans le Vicariat d’Angleterre: Hitchin (collège), Nottingham (collège), Lagford Budville (noviciat, maison d’études), Londres: Bethnal Green (paroisse), Brockley (paroisse) Charlton (paroisse), Newhaven (paroisse) et Rickmansworth (paroisse).

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Lettre à la Famille, 1945, pages 4 et 14. Lettre du P. Basile Filaire, Worcester, 23 mai 1920 dans Nouvelles de la Famille, 1920, n° 364 p. 225. Notices Biographiques