Baudoin (Henri Eugène) BAUDOIN – 1872-1911

San Remo 1911 ou les soucis d’un Supérieur.

« Nous sommes réduits à notre plus simple expression et nous trouvons un
peu grande notre villa Certosa si remplie l’année dernière. Deux religieux
viennent de mourir [PP.
Dulout et Baudoin]; Ascona nous a enlevé le P. Marie- Dominique, le
silencieux. Les jeunes sont allés l’un à Rome, l’autre à Elorrio.
Montpellier nous demande le sacrifice des PP. Thomas, Artémon et Georges
Harfaux. P. Charles Vitel nous a quittés le soir du lundi de Pâques.

Nous ne sommes plus que quatre prêtres: les PP. Edmond, Marie-Léon, Marie-
Pierre Vassel, votre serviteur
[Férréol Poux-B.] et un frère, le bon Christophe Boucher. Le P. Edmond fait
goûter son talent oratoire aux Carmélites, aux dames de Nancy, aux
Ursulines et aux Religieuses
de l’Assomption de
Bordighera.
Le P. Marie-Léon remplace Artémon à l’aumônerie du Sacré-Cœur, villa
Bartorio. Le P. Marie-Pierre devient vénérable avec sa barbe. Il m’a été
d’un grand secours pendant les huit derniers jours qu’il a fallu veiller le
P. Baudoin…» Lettre à la dispersion, 1911, n°
116, p. 470.

Religieux français.

Un prêtre qui devient religieux.

Henri est né à Barbaise dans les Ardennes le 5 septembre 1872. Son parcours de formation se déroule principalement dans le cadre diocésain de Reims: études au petit séminaire de Charleville (1884-1890), philosophie et théologie au grand séminaire de Reims (1891-1895). C’est alors qu’il vient frapper à la porte du noviciat de Livry- Gargan (Seine-Saint-Denis) où il reçoit l’habit le 29 juin 1895 et prononce ses premiers vœux le 29 juin 1896, sous le nom religieux de Baudoin qui est aussi son patronyme. Il se rend ensuite à Rome une année pour un complément de formation théologique (1896-1897) et passe, selon la coutume, dans une maison d’œuvres, au collège de Nîmes comme surveillant où il fait profession perpétuelle le 19 juin 1898 entre les mains du P. Matthieu Lombard. C’est Mgr Ardin, évêque de Sens qui l’ordonne prêtre le 24 septembre 1898. Il entre au service des vocations d’aînés à Montfort, près de Villecomtesse (Yonne) et devient curé de la paroisse de Villeneuve-Saint-Salves à proximité (1899-1910).

Un religieux qui se ‘sécularise’.

En 1900, du fait du décret de dissolution de la Congrégation en France, le P. Baudoin obtient un induit de sécularisation de l’évêque, ce qui lui permet de continuer comme prêtre diocésain à assurer son service paroissial. Mais en accord avec ses supérieurs, il garde son affiliation religieuse d’assomptionniste, dans l’espérance de jours meilleurs qui pourront rendre à l’Assomption son droit d’existence sur le soi français. Le P. Baudoin assure en plus de son service de nombreuses retraites, conférences et sermons dans les paroisses environnantes. Par n’importe quel temps, il fait à pied les km. de la route, prend son repos dans des pièces mal ou pas chauffées.

Notices Biographiques A.A Page : 177/177 De rhume en bronchite, il va contracter une pleurésie qui va être le germe d’un mal indéracinable. En 1908, il devient aphone et c’est alors qu’il demande à se rendre à la maison de repos de San Remo, en Italie, le 8 décembre 1908, pensant retrouver sa santé et sa voix d’autrefois. Sans doute a-t-il présumé de sa forte constitution physique pendant ses années de ministère, car il garde pendant les deux ans de son séjour sur la côte ligure une fièvre persistante qui dénote la profondeur de son mal.

Bref séjour à San Remo: un mal irrémissible.

La seule promenade qu’il s’y octroie est une forme de pèlerinage au cimetière du village où sont inhumés des religieux de l’Assomption. Son compagnon, le P. Gonzalès Dulout, le précède de peu dans la tombe. Ce dernier meurt le 25 février 1911. En décembre 1910, la grippe cloue le P. Baudouin au lit. Il célèbre une dernière fois l’eucharistie en chambre le 19 mars 1911. Sa gorge enflammée lui fait endurer de telles souffrances qu’il ne peut guère s’alimenter, ce qui accentue son dépérissement. Mais son énergie le pousse à se rendre à lui-même le plus de services possible et à ne pas obliger un confrère infirmier à rester constamment auprès de lui. La semaine sainte, en avril 1911, il pressent que ses jours sont comptés, il demande le service de son confesseur, le P. Marie-Pierre. Il a encore la joie de fêter Pâques avec ses confrères, mais il meurt le vendredi de la semaine de Pâques, 22 avril 1911. Il est inhumé à San Remo. Le P. Baudoin laisse le souvenir d’un confrère agréable, très vivant dans les conversations de table qu’il sait animer de réparties spirituelles. Il a consacré à la maison et à l’œuvre des vocations d’aînés tout le temps libre que lui laissaient ses obligations de ministère. Longtemps isolé de toute forme de contact avec sa famille religieuse, il ne lui en a pas moins voué un attachement et une fidélité sans faille aux heures d’épreuve. Homme sensible et impressionnable, il sut puiser progressivement dans un grand esprit de foi l’acceptation et l’abandon confiants de son destin entre les mains de Dieu.

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Bibliographies

Bibliographie et documentation : Lettre à la dispersion 1911, n° 116, p. 469-470. L’Assomption 1911, n° 174, p. 84-85. P. Pérréol Poux-Berthe, Lettre circulaire du 24 avril 1911. Notice biographique par le P. Marie-Alexis Gaudrefray.