Benjamin (Clément-Etienne) LAURES – 1873-1968

En faveur du P. Picard.
« Je n’ai pas oublié que vous m’avez demandé parle P. Régis [Sérine] de
penser à me présenter devant une commission d’enquête pour témoigner en
faveur du vénéré P. Picard. Aujourd’hui c’est chose faite. Cette commission
composée de 5 membres a bien voulu accepter de venir à Sainte-Thérèse pour
recueillir ma déposition. Nous avons eu trois jours de séances, à raison de
deux séances par jour, d’une durée de 3 heures chacune, donc en tout 18
heures de travail. Je dois une grande reconnaissance à celui des vicaires
généraux qui traitait les réponses. I1 le faisait avec une grande sympathie
et était préoccupé de les faire valoir au
maximum. Le chanoine canoniste veillait à l’exactitude de l’éxécution du
cérémonial et aux signatures indispensables. Le secrétaite n’a pas cessé
d’écrire, surtout sous la dictée du vicaire général. Le P. Régis ma affirmé
que tout s’était passé selon 1es règ1es. Je remercie
Dieu de m’avoir associé à cette manifestation de piété envers
le P. Picard. Je suis sorti éreinté de ce long effort qu’il m’a fallu
déployer, mais je ne regrette pas cette fatigue s’il doit en résulter une
gloire pour
Dieu et pour notre Père… ». P. Benjamin.

Benjamin (Clément-Etienne) LAURES

1873-1968

Province de Paris, assistant provincial (1924- 1927). Une longue vie bien remplie. Né le 11 septembre 1873 à Saint-André-de-Sangonis (Hérault), Clément-Etienne Laurès étudie à l’alumnat de Mauville (Pas- de-Calais), de 1885 à 1888 et à celui de Clairmarais (Pas-de- Calais), de 1888 à 1890. Il prend l’habit le 6 août 1890 au noviciat de Livry-Gargan (Seine-Saint-Denis), sous le nom de Frère Benjamin et y prononce ses premiers voeux, le 15 août 1891. C’est à Notre-Dame de France à Jérusalem qu’il étudie la philosophie et la théologie (1892-1897). Profès perpétuel le 5 octobre 1892, il est ordonné prêtre le 19 décembre 1896. Très vite le jeune Père Benjamin assume des responsabilités dans la formation des novices: en août 1897, il est envoyé au noviciat de Phanaraki (Turquie) comme aide au P. Félicien Vandenkoornhuyse. Il lui succède dans sa charge de maître de novices en septembre 1899 jusqu’en 1903 et il assume la même charge à Louvain (1903-1907). Assisté du P. Marie -Clément Staub, il conduit son groupe très international de novices avec fermeté, netteté et bonté, s’inspirant solidement des écrits du P. d’Alzon et du P. Picard. En 1907, il passe la main au P. Antoine de Padoue Vidal et prend la direction de l’ensemble des oeuvres à Koum-Kapou qui comprennent un collège, un alumnat de grammaire et un autre d’humanités et deux paroisses. La première guerre mondiale met fin brutalement à son apostolat en Orient. Mobilisé, il sert comme infirmier militaire dans les centres de Montpellier et de Perpignan (1914-1917) avant d’être affecté dans une ambulance de campagne en Palestine et de reprendre possession de Notre-Dame de France à Jérusalem reconquise de force par les Anglais sur les Turcs, le 8 décembre 1917. Econome, il remet en état l’hôtellerie et la propriété, distribuant des secours alimentaires à la population. Dans la réorganisation de l’immédiate après-guerre, il est envoyé à Taintegnies (1919-1922), alumnat promu maison d’études où il enseigne la Bible et l’éloquence sacrée. Là aussi, sa sévère austérité est tempérée par sa jovialité communicative. Le P. Joseph Maubon lui confie au printemps 1922 l’organisation d’un alumnat à Poussan (Hérault) qu’il doit laisser pour rejoindre le P. Aymard Faugère à Paris (1924-1927) en qualité d’assistant et secrétaire. A l’été 1927, il a la joie de fonder un nouvel alumnat à Davézieux (Ardèche) qu’il agrandit de locaux neufs. On s’y souvient longtemps de son calembour favori: « je suis dans lardèche sans en avoir le ‘r’ », situation assez commune des supérieurs fondateurs! C’est encore lui qui est désigné durant lété 1931 pour fonder l’alumnat de Chanac (Lozère), lieu retenu par le P. Didier Nègre. Durant treize ans (1931-1945), le P. Benjamin exerce le ministère de prédicateur itinérant,

préchant les récollections mensuelles aux prêtres du diocèse de Mende, selon le v?u de l’évêque, Mgr Cusin. Ce ministère, pénible, lui devient impossible en 1945 quand il devient impotent d’une jambe. Ses différentes affectations communautaires le signalent à Chanac (1931-1935), à Montpellier (1935-1939) et Davézieux (1939-1945) où pendant la guerre il est requis comme professeur suppléant, ‘bouchon’ selon ses propres termes, pour boucher les trous de la nouvelle mobilisation. De 1945 à 1963, il assume la charge à la communauté Sainte- Thérèse de Montpellier de vicaire-aumônier auprès des Petites-S?urs de l’Assomption. Par manière de distraction, il aime aussi se livrer à quelques travaux de terrassement et de jardinage, à 73 ans passés. De sa voix sûre et puissante, il soutient les chants liturgiques et se détend à compter les sous de la quête et à faire des rouleaux pour le dépôt en banque. Avec l’àge viennent les infirmités: difficulté de marche, pertes auditives et visuelles, à tel point que son état de santé requiert une hospitalisation (1962) En mai 1963, il est conduit à la communauté de Lorgues (Var). Il parvient à s’habituer à ce nouveau mode de vie, lui si actif, il retrouve dans la maison d’anciens condisciples avec lesquels il aime partager les souvenirs de la vieille Assomption. Toujours tôt levé, il sert de réveille-matin à ses voisins. Le 19 décembre 1966, il fête ses noces de diamant sacerdotales: « je n’ai jamais regretté d’être entré dans la famille de l’Assomption, comme alumniste à 12 ans, en 1885. Aidez-moi encore à monter jusqu’au ciel. De là, je penserai à tous ceux qui m’ont aidé ». En février 1967, il perd toute mobilité, il faut le véhiculer. Il doit abandonner livres et porte-plume, ne gardant plus qu’un grand chapelet autour du cou. Il meurt, après une chute, le lundi 8 avril 1968, à 95 ans, doyen de profession de l’Assomption. Le doyen d’âge est à l’époque le P. Herman Gisler, son aîné de quelques mois. Il est inhumé à Lorgues le 9 avril. Personnalité. Le P. Benjamin possède un tempérament d’une exceptionnelle vigueur physique et morale. Râblé, musclé, solide, massif et tout d’une pièce, il est, par sa longévité et son activité inlassable, le témoin de cette génération d’Assomptionnistes qui puisent dans les racines de la fondation une énergie volontaire et courageuse. Homme simple et droit, il a du méridional la jovialité, le verbe haut, le franc parler, le rire sonore et l’accent chantant. Il sait créer la détente par des propos pleins d’humour et animer les fêtes de famille par une verve comique intarissable. Son esprit a les trouvailles qu’on rencontre chez le rusé Aveyronnais, le rude Lozérien, le Méridional persifleur. Il puise à ces trois sources rusticité et causticité. Il a aussi ses moments de morosité et d’humeur noire, de rogne et de grogne. Comme tous les comiques, il a le sens des ridicules humains et comme Alceste, le désir de rompre en visière tout le genre humain. Parce qu’il sait se contenir, son indignation n’épouse point les formes incisives de la vengeance. Peu porté à la tolérance, élevé à la dure, il est de cette génération qui fait de l’Assomptionniste, au lendemain des proscriptions, de deux guerres mondiales, des installations précaires, un homme de foi, intrépide, plein d’initiatives, de ceux qu’il appelle de la race des ‘roborati’.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: B.O.A. juin 1969, p. 296-299. Paris Assomption, juin 1968, n° 112, 12 pages. Lettre du P. Benjamin Laurès au P. Wilfrid Dufault, Montpellier, 29 novembre 1961. Du P. Benjamin Laurès, dans les ACR, rapport sur Louvain (1906), sur Koum-Kapou (1908- 1914), sur Davézieux (1927-1931), correspondances (1892-1964) articles dans Souvenirs, l’Assomption, la Semeuse de roses . notes biographiques intitulées In memoriam (1966).