Benjamin (Francois-Marie?) BONNEFOY – 1832-1868

Un coup terrible pour le P. Galabert.

« Depuis trois ans je l’avais auprès de moi et je l’aimais d’une affection
bien tendre. Il jouissait de mon entière confiance, et le sachant à la
maison, j’étais tranquille dans mes absences multipliées. J’ai bien de la
peine à accepter ce sacrifice demandé par Dieu, sans murmure toutefois
contre ses impénétrables décrets.

Ici tout le monde l’aimait et l’estimait, et je comptais beaucoup sur lui
pour le développement de notre œuvre.
Dès les premiers jours il s’était mis avec un zèle incroyable à l’étude des
langues du pays; il parlait bien le bulgare, et il commence à comprendre et
à se faire comprendre dans la langue turque. Sa mort
modifie nécessairement nos projets, au moins dans leur mode d’exécution, et
nous oblige de différer ce que je croyais pouvoir entreprendre dès cette
année-ci. Dieu veut nous apprendre à mettre notre confiance en lui seul et
à ne pas nous appuyer sur les bras de chair..».

Lettre du P. Galabert au P. d’Alzon, 18 juin 1868.

Religieux français.

Le premier savoyard assomptionniste.

Né sujet piémontais en 1832 à Saint-Jean de Belleville (Savoie), peut-être prénommé François- Marie à la naissance [?], ce premier religieux savoyard de la Congrégation, sous le nom de Benjamin, n’est pas à confondre avec son cousin du même nom, né en 1842 mais prénommé François de Sales pour lequel nous avons les pièces photocopiées d’état-civil, Benjamin lui restant introuvable sur les listes! Quoi qu’il en soit, Fr. Benjamin fait son noviciat à Mireman, dans la proche banlieue de Nîmes [lieu-dit toujours indéterminé géographiquement, lui- aussi!] et prononce ses premiers vœux temporaires le 14 septembre 1857, le registre de professions faisant foi. A l’expiration des 5 ans de vœux temporaires, Fr. Benjamin est admis à la profession perpétuelle, faite à Paris le 10 octobre 1862.

Seconds renforts du P. Galabert à Plovdiv.

Fr. Benjamin accompagne en mai 1863 son cousin, François de Sales, pour Philippopoli- Plovdiv -ville bulgare sous suzeraineté turque – venant tous deux renforcer la fondation de la mission d’Orient lancée en décembre 1862 par le P. Victorin Galabert, sur la fameuse inspiration du P. d’Alzon circonvenu à Rome comme l’on sait. Cette fondation commence très modestement en janvier 1863 avec la création d’une école primaire, Saint-André, à côté de l’église-cathédrale latine dans la ville, sous l’autorité épiscopale de Mgr. Andrea Canova. Le P. Galabert obtient en novembre 1863 ses premiers renforts: le Fr. Augustin Gallois et le Fr. Jacques Chilier, embarqués à Marseille le 24 octobre. Malheureusement pour nous, nous ne possédons aucun autographe du Fr. Benjamin, à part sa signature sur sa formule de profession.

Il faut croire que les conditions de vie locales sont difficiles, à lire les nombreuses correspondances du P. Galabert au P. d’Alzon: « J’ai reçu votre lettre du 24 octobre (1865) datée de Lavagnac. Grâces à Dieu le choléra n’a atteint aucun de nous, mais les fièvres ont éprouvé et éprouvent encore les Frères. Le Fr. Benjamin paraît tout à fait remis et il se rétablit à vue d’œ il; il avait été le plus fortement secoué. Les maux de tête et la fièvre laissent, pour le reprendre encore, le Fr. Jacques depuis quatre fois. Néanmoins il peut faire l’école. La fièvre a pris aussi et laissé à diverses reprises le Fr. François qui s’est cru pendant longtemps invulnérable. Jusqu’à présent le P. Galabert a seul traversé impunément la saison sans encombre; il a eu de temps à autre quelques petits accès qui ont rapidement cédé à l’action du sulfate de quinine. Le choléra a fait dernièrement encore quelques victimes et a emporté en 36 heures le télégraphiste international, jeune homme de 26 à 27 ans fortement constitué et jouissant d’une bonne santé. M. Champoiseau son drogman et le Dottur ont passé à peu près ce temps-là auprès de lui. Le premier jour ils l’ont frotté, brossé et son parvenus à obtenir une amélioration sensible qui leur a donné de fausses espérances: le lendemain ils ont dû se contenter de l’assister et d’attendre qu’il rendît le dernier soupir. Le traitement préventif du Dr Gouraud que vous avez eu la bonté de m’envoyer pourra être utile pour nous, mais ne servira guère à nos catholiques qui attendent toujours pour appeler un médecin quelconque que le cas soit à peu près désespéré… ». N’oublions pas en lisant ces lignes que le P. Galabert est lui- même docteur en médecine! Fr. Benjamin reste à Plovdiv de 1865 à 1867 et rejoint à cette dernière date le P. Galabert à Andrinople, ville turque où ce dernier pense établir le centre de la Mission d’Orient, plus directement accessible par les voies de communication de l’époque. Il meurt le 15 juin 1868 vers 15 h., succombant à une fièvre typhoïde, à l’âge de 36 ans, venant prendre la deuxième place sur le nécrologe des religieux, après le Fr. Victor Cardenne décédé en décembre 1851 à Fontainebleau (Seine-et-Marne). Le Fr. Benjamin est inhumé à Andrinople, Karagatch au cimetière latin. La ville ayant subi de terribles bombardements et destructions en 1877-1878, sa tombe a disparu.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Lettres d’Alzon, t. VII (1994), p. 99 et t. XIII (1996), p. 467 (erreur de datation pour le départ en mission du Fr. Benjamin). Notice biographique par le P. Marie-Alexis Gaudefroy. F.M. Hudry, Saint-Jean-de-Belleville, Ses prêtres et ses religieux, dans collection Tarentasia Christiana, 7/93 (1993), p. 17. Dossier Benjamin Bonnefoy, Archives romaines (extraits de correspondance).