Benoit-Joseph (Auguste) CARON – 1863-1892

Recommandation dans le Pèlerin 17 avril 1892, n° 798, p. 210.
« Un prêtre que Dieu avait préparé pour le ciel par un éclat de sainteté
et de science,
M. l’abbé Auguste Caron, s’est éteint, le 4 avril, au Petit Séminaire de
Cambrai, où il était professeur de rhétorique. Ses obsèques ont été
profondément touchantes et on n’aurait jamais cru que, en si peu d’années,
un prêtre pût acquérir une telle influence et causer tant de larmes. Des
1iens étroits nous unissaient avec le vaillant prêtre qui, hier, au moment
de mourir, à demandé à être couché sur le plancher, voulant expirer comme
Saint Benoît-Labre, dont il ambitionnait de porter le nom en religion. Nous
écrivons une notice que nous offrirons volontiers, si elle est désirée par
quelques-uns de nos lecteurs. M. l’abbé Caron laisse un frère prêtre
religieux, deux frères séminaristes, une sœur religieuse, et cela
complète la famille d’orphelins dont il était le chef, et qu’il avait
admirablement dirigée, depuis qu’à 15 ans, Dieu l’avait fait chef de
famille.

Le Pèlerin.

Religieux français.

Un itinéraire assomptionniste insolite.

Auguste Caron est né en 1863 à Radinghem (Nord) dans l’archidiocèse de Cambrai. Il est ordonné prêtre au service de son diocèse et enseigne la classe de seconde dans le petit séminaire de Cambrai quand la maladie vient le frapper. Assomptionniste d’esprit et de cœur, il sollicite du P. Picard, dès qu’il se sent atteint de façon incurable, la faveur de prononcer des vœux de religieux comme Augustin de l’Assomption. C’est le P. Emmanuel Bailly qui reçoit ses vœux ‘in articulo mortis’. L’abbé Caron, devenu Père Caron meurt le 4 avril 1892, à 29 ans, à Cambrai, ayant demandé à mourir étendu par terre par humilité à la façon de Saint Benoît Labre, le saint ‘pouilleux’ d’Amettes. Il est inhumé à Cambrai.

D’une lettre du P. Emmanuel Bailly à Octave Caron.

Je suis revenu de Cambrai depuis quelques jours et je tiens à vous écrire cd qui s’y est passé. Le P. Picard m’avait envoyé auprès de votre frère mourant qui avait manifesté de désir de voir, avant de mourir, un religieux de l’Assomption . Votre jeune frère Gustave, toujours désireux d’entrer à l’Assomption dès qu’il le pourra, était venu m’attendre à la gare. Il me raconta que la veille, le dimanche matin 20 mars, le cher malade avait prononcé ses vœux privatim entre les mains de son directeur. Votre frère Gustave et l’abbé Catteau ont été les seuls témoins. Par ces vœux privés, autorisés par le P. Picard, votre admirable frère a voulu, autant qu’il le pouvait, entrer dans la famille de l’Assomption avant de mourir. Dès que j’entrai dans sa chambre, je le vis rayonnant d’une grande joie qui faisait oublier la maigreur effrayante de son visage. Sa première parole fut : ‘J’ai fait mes vœux’.

Je l’embrassai et le bénis au nom du P. Picard et comme un vrai fils de l’Assomption. La joie de son âme donne à ses yeux un éclat extraordinaire et colora tout-à-coup sa figure pâle. Il ne sut comment m’exprimer sa reconnaissance. Comme je lui proposais de lui faire faire un peu de noviciat, il accueillit ma proposition en riant de bon cœur. Mais je m’aperçus que la grâce avait fait son œuvre depuis longtemps et s’était chargée de lui faire faire un excellent noviciat en le prédisposant d’une façon extraordinaire aux vertus d’un saint religieux. Dans l’après-midi, je vins le retrouver: il avait quitté son fauteuil pour le lit et dès qu’il me vit, il me dit: ‘Ne pourrai- je pas renouveler mes vœux entre vos mains?’. J’y consentis bien volontiers et il répéta avec un accent de grande ferveur chacune des paroles de la formule que je disais avec lui. Il me demanda de pouvoir garder une croix de nacre garnie d’argent qui lui a été donnée au jour de sa première messe. Il me manifesta à plusieurs reprises un grand désir d’être uni à toutes les œuvres de l’Assomption, me dit son bonheur de voir sa sœur chez les Oblates, de voir le désir ardent de votre frère Gustave de nous rejoindre. Il insista pour avoir les Souvenirs et le Bulletin des Missions dès qu’ils paraissent. Vous savez quelle place il tenait au petit séminaire et dans le diocèse. Le supérieur et les professeurs du petit séminaire ont été pour moi pleins de bonté, animés des plus vives sympathies. C’est votre frère qui a contribué à divulguer La Croix et son esprit militant dans tout son entourage. Il m’a demandé de prendre comme nom de religion le nom de Fr. Benoît Labre. Je lui ai demandé le motif de son choix: ‘Parce que c’est un saint rebuté de tout le monde. ‘J’ai été fort édifié de ce petit séminaire d’où sort à peu près 40 vocations chaque année, il compte 253 élèves, on joue à la récréation, on chante à pleins poumons à la chapelle, ce sont là des signes infaillibles de l’excellent esprit qu’on reconnaît sur les physionomies. Le lendemain matin, j’ai célébré la messe de communauté pour voire frère. J’ai été lui faire mes adieux, je l’ai bien embrassé pour vous qu’il aime beaucoup et dont il est heureux d’être maintenant deux fois le frère ».

Lettre écrite de Livry, le 29 mars 1892.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Souvenirs 1892, n° 101, p. 1012. Notice sur le P. Benoît-Joseph Caron par le P. Marie-Alexis Gaudefroy. Guide religieux de la France, coll. Guides Bleus, 1967, p. 379-380.