Bernard (F. -E.-E.-M.) LAVALLEE – 1935-1977

Situation embarrassante.
«Hier soir, le Chancelier de l’Ambassade de Belgique à Bogota m’appelle
pour me communiquer que la veuve de M. Bernard Lavallée réclamait par
l’intermédiaire du service diplomatique belge un acte de décès de son
époux, ce dernier étant décédé comme religieux de l’Assomption au Prieuré
de Notre-Dame de Grâce, province de Namur, en Belgique! Ce matin les
services de l’Ambassade m’informèrent que le Père Bernard Lavallée avait
obtenu de Rome la réduction à l’état laïc et la dispense pour contracter
mariage. Ce dernier a eu lieu le 7 octobre 1976 en l’église San Cayetano de
Medellin, le témoin du sacrement étant le P. Juan Manuel de Santa Maria.
J’ai demandé copie de l’acte de mariage, copie qui me sera remise dans la
matinée par les services de l’Ambassade, le 7 juin prochain. Que dois-je
faire? J’ignorais que le Père Bernard avait obtenu sa réduction à l’état
laïc, Comment procéder vis-à vis de la veuve qui s’appelle Sonia Moreno et
vit à Medellin? J’aimai le P. Bernard comme un frère, jamais il ne m’a
parlé de cela. Que faire si la veuve réclame sa part d’héritage à la
famille Lavallée en tant qu’épouse légitime d’un de ses fils ?».

Religieux de la Province de Belgique-Sud.

Départ et orientation.

François-Emile-Etienne-Marie Lavallée est né à Charleroi (Belgique), le 19 décembre 1935. Il fait ses études primaires et secondaires à Namur, de 1943 à 1953, et à Visé, de 1955 à 1959. Il étudie au Conservatoire à Bruxelles (1953-1955), puis entreprend des études de médecine à Liège, de 1959 à 1961, parcours de formation qui dénote chez lui une certaine instabilité. Ayant rencontré un jeune religieux, il décide de se consacrer à une vie religieuse et sacerdotale. Il prend l’habit au noviciat de Taintegnies, le 19 novembre 1961, sous le nom de Frère Bernard. Profès annuel le 21 novembre 1962, il étudie la philosophie et la théologie à Saint- Gérard, de 1962 à 1968. Profès perpétuel à Bure, le 21 novembre 1965, il est ordonné prêtre à Saint- Gérard, le 21 avril 1968. Le P. Bruno Bastiaens décrit son parcours inhabituel de la façon suivante: « Le Frère Bernard a des dons d’artiste et de prestidigitateur. Fils d’un ingénieur des mines, il a été éduqué dans la liberté et l’opulence. Un passé assez tumultueux ne l’a pas empêché de s’adapter comme naturellement à toutes les exigences de la vie religieuse. Sincère et ouvert, il offre un côté sentimental, mais le Frère a tout ce qu’il faut pour faire un bon religieux ».

Services et accidents de parcours.

Le Père Bernard commence sa vie sacerdotale apostolique comme aumônier à Carsbourg en 1968- 1969 et, désireux de vie missionnaire, demande à partir pour la Colombie. Il sert l’Eglise et la Congrégation en Colombie, de 1969 à 1977, à Cali d’abord, puis à Carthagène où il est reçu par l’évêque comme prêtre incardiné. Sur place, ses confrères qui l’apprécient pour son dynamisme et sa générosité apostoliques, lui font grief d’une instabilité caractérielle,

d’un manque de sens et de pratique communautaires et sont inquiets de ses pratiques financières. Dans ces circonstances, on comprend que les supérieurs du P. Bernard en Colombie ne peuvent qu’encourager ses velléités à travailler de façon indépendante, sous l’autorité d’un évêque qui accepte son incardination. En fait, le P. Bernard a pris la décision de demander à Rome sa sécularisation et de convoler en justes noces, mais en laissant ses confrères dans le mystère le plus complet. Atteint de pancréatite en 1973, victime d’un accident en 1975, il rentre se soigner en Belgique et meurt à Saint-Gérard, le 19 avril 1977, à 42 ans, dans une situation canonique assez embrouillée. Le P. Félix Malet, Provincial de Belgique-Sud, accueille sa mort dans le mystère et la surprise qu’une existence déconcertante configure par certains traits à ceux du Nazaréen.

ln memoriam.

Pour tous ceux qui l’ont connu, Bernard était un personnage attachant, voire fascinant. Versatile et changeant, négociant les virages de sa vie à une vitesse telle que personne ne pouvait le suivre. Un acrobate. Il ne supportait qu’à grand peine les lois de la pesanteur et de la lente et imperceptible croissance des arbres, des hommes et des sociétés. Il semblait fait pour un monde de rêve et de musique où l’harmonie jaillit soudaine par la seule magie des doigts. Il rêvait d’une action unique, explosive, rayonnante qui eût changé la jungle des hommes en paradis de Yahvé. Il l’a connue la jungle des hommes. La misère des pécheurs de Carthagène le dévorait comme un chancre. Impossible de rester assis, couché ou même debout. Il fallait courir et crier, courir et donner. Etre à la fois conscience en Europe et providence en Amérique. Mais la maladie et l’accident, mais les hommes, les sociétés, les institutions, les corruptions, mais ce corps qui n’en peut plus, mais ce c?ur qui pleure pour être choyé, aimé, admiré… Il nous est revenu ce soir de février plus meurtri dans sa chair et son esprit que nous ne pouvions l’imaginer. Car il donnait le change, par gentillesse et un peu aussi parce qu’il ignorait la profondeur de son mal. Il nous avait paru en meilleur état, s’efforçant de suivre comme le commun des hommes le rythme des mois et des saisons. Parfois nous sentions bien qu’il se prenait les pieds dans nos traces, mais nous l’attribuions à un manque d’habitude et comptions sur notre fraternité pour le tenir debout, en marche, d’un pas à l’autre avec une patience têtue. Nous croyions lire l’effort sur son visage, et parfois la joie de s’être dépassé. Il eût peut-être fallu l’?il d’un prophète, ou simplement le regard de la foi, pour s’apercevoir qu’il suivait en vérité une autre trace. Espérance. Résurrection. P. Félix Malet.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Documents Assomption, Nécrologe (1) 1975-1980, p. 45. Belgique-Sud Assomption, 1977, p. 1417-1419. Lettre du P. François Lenglez au P. Dionisio Solano, Bogota, 3 juin 1977. Dans les ACR, rapport du P. Bernard Lavallée et du P. A. Jaumin sur la Colombie (1971), correspondances (1970-1972).