Bernard (Joseph) BERNARD-LEO – 1894-1984

Jubilé d’or à Valpré en 1977.

« A 83 ans (1977), le Fr. Bernard Léo donne envie à tout le monde d’être un
jubilaire aussi vaillant,
souriant et heureux! Il est fêté dans l’intimité par la communauté le 13
mai et le jour de l’Ascension suivant par toute l’assemblée chrétienne
de Valpré.

Voila 50 ans , cher frère, que vous faisiez vos premiers vœux à
Taintignies, après vous être décidé à 32 ans à
entrer au noviciat des religieux Assomptionnistes. Cette vocation a été
tout de suite une vocation définitive puisque
dés le début vos supérieurs vous reconnaissent posséder toutes les qualités
qui font le
‘bon religieux’. Et cette appréciation vous poursuit, malgré vous, dans la
bouche de vos confrères, tout au long de ces 50 années de vie religieuse
passées, ô surprise, en ces temps d’agitation et de déracinement, dans deux
maisons en tout et pour tout: à Douvaine (1928-1957) et Valpré
(1957-1977…). Le Seigneur vous a donné la grâce d’une vie évangélique.
Nous vous voyons détaché, sans biens à votre disposition, heureux et
souriant. Comment ne pas vous voir toujours actif serviteur éveillé. Merci
… »

P. Morand Kleiber.

Religieux de la Province de France.

Un fils de la Savoie.

Joseph est né sur les pentes du Granier, à Saint- Baldoph (Savoie) le 9 février 1894 dans une famille de paysans et dans une région de polyculture de montagne: cultures, élevage, vergers, vignes. Lui-même aimait faire ainsi l’étymologie de son nom: Bernard-Léo, c’est-à- dire ‘Bernard de là-haut’. Sans doute y-a-t-il connu l’enfance laborieuse et insouciante de son milieu en ce temps: vivre sur soi, en parfaite autarcie, pour produire cette denrée rare que la campagne ne connaissait guère, l’argent. De cette période de sa vie, on ne sait guère de choses sinon qu’il reçut une éducation soignée. La première guerre mondiale le mobilise de 1914 à 1919 et tous les 11 novembre, il se laissait volontiers aller à quelques confidences et souvenirs: son régiment connaît les honneurs du feu du côté des Vosges, sous la mitraille des ‘crapouillots’. Il est fait prisonnier en Allemagne. Quand il rentre au pays pour travailler avec ses deux frères à l’exploitation familiale, il comprend que sa place n’est plus là. Il demande à entrer au noviciat des religieux frères, d’abord comme postulant à Taintegnies (Belgique) de novembre 1923 à mai 1926. Il y est admis comme novice le 19 mai 1926, à 32 ans, par le P. Savinien Dewaele sous le nom de Frère Bernard et il prononce ses premiers vœux le 14 mai 1927. Il s’y révèle en toute transparence comme un frère attachant, fraternel, travailleur, bon jardinier et fidèle commissionnaire. On aurait aimé le garder sur place, mais l’obédience de son Provincial, le P. Elie Bicquemard, l’affecte au service de la maison de Douvaine, orphelinat sur les bords du lac Léman (Haute- Savoie). Il y prononce ses vœux perpétuels le 17 mai 1930.

Notices Biographiques A.A Page : 259/259 Deux communautés en 50 ans.

Sans avoir fait vœu de stabilité, le Fr. Bernard ne va connaître que deux résidences: Douvaine (1928-1957), ou plus exactement la ferme de la Coliongette où il entraîne les jeunes orphelins aux durs travaux des champs, et la récente maison de Valpré, à Lyon, ouverte comme scolasticat par le P. Filliol. A Valpré, il vient d’abord pour un remplacement provisoire’ qui va durer plus de 23 ans (1957-1980), au service de la ferme dans la partie ancienne des bâtiments. Le ‘nouveau’ bâtiment construit à partir de 1956 s’élève de terre sur fond de grues et de bétonneuses géantes. Au départ, le Fr. Bernard loge à proximité de son cheptel, aimant cette vie au grand air et procurant ses soins attentifs au jardin potager qui fournit une part de l’alimentation à la ‘grande maison’. son humour et son bon sens le font passer sur bien des réalités de l’existence, tendres ou féroces, au contact des jeunes religieux étudiants dont il suit le rythme de vie jusqu’à ce que dans la décennie des années 70, la maison, vidée de ses occupants, se transforme en maison d’accueil. Dans la grande tourmente de ces années-là, le cheptel aussi est sacrifié et le Fr. Bernard se replie volontiers dans l’arrière-cuisine où il prépare les légumes, épluche les fruits et fait des conserves. Esprit curieux, il n’hésite pas à lire, à la pointe de son couteau, le journal Le Monde dont il commente avec sagesse les articles savants ou osés avec le confrère d’aventure qui vient traîner ses pas à la cuisine à une heure tardive. N’a-t-il pas soutenu, à propos d’une discussion à bâtons rompus sur l’œcuménisme, que Dieu ambidextre avait créé les hommes pour exercer sa miséricorde et les anges pour laisser agir sa justice? Fr. Bernard n’aime ni le bruit des mois, ni la flatterie des compliments, ni les élucubrations du jour. Aucune amertume n’assombrit son expérience, aucune plainte ne vient égratigner un confrère. La dureté des jours n’a pas de prise sur une vie intérieure pacifiée, magnifiquement équilibrée et toute de saveur évangélique.

Au soir d’une vie lumineuse.

En février 1980, après un court séjour à l’hôpital Saint-Joseph de Lyon, le frère Bernard se retire à Saint-Sigismond (Savoie) pour prendre du temps à prier avant de mourir. Il meurt le 20 septembre 1984, à 90 ans accomplis.

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Bibliographies

Bibliographie : Documents Assomption, Nécrologe (III) 1984-1586, p. 34-35. Lyon-Assomption, juin 1977, n° 55, p. 10-11. Assomption-France, Nécrologie n° 3 (décembre 1984), p. 50-51.