Bernard (Jules-Joseph) FRAIPONT – 1879-1943

Désir de prêtrise.
« Je tiens à vous dire ce qui fait le trouble de ma conscience depuis ma
conversion et mon entrée en religion. Vous savez que l’idée d’être prêtre
m’est toujours présente à la mémoire. Je ne vous parlerai pas de tous mes
Confesseurs, des gens du monde et de certaines circonstances qui me font
voir que Dieu a des vues particulières sur moi. Je vous relaterai
seulement, mon Père les trois appels de Mgr Roncalli, le premier à Boïkovo
après un entretien de 2 heures et plus. La réponse de Mgr à
mon ouverture d’âme a été que j’étais appelé à être prêtre. Même sa
Grandeur a averti le P. Flavien Senaux de me laisser partir en cas d’appel.
La seconde fois est au retour de Mgr Roncalli avec Mgr Kourtev sur une
demande de vive voix à son secrétaire et une lettre du Frère Pascal à sa
Grandeur nous invitant tous deux à poursuivre des études en vue du
sacerdoce. La troisième fois à la rentrée du sacre de Mgr Filliponcei : Mgr
me réitéra ses
encouragements, en me serrant affectueusement la main, par ces mots:’Bon
courage, frère Bernard. Je ne joins aucune réflexion à ces faits. Je vous
laisse juge et vous demande de me donner toute votre bienveillance pour
réaliser ce que Dieu demande de moi ».

Bernard (Jules-Joseph) FRAIPONT

1879-1943

Religieux belge de la Province de Lyon.

Un bref extrait.

Les nouvelles à la Famille occupée de 1943 portent cette brève mention, due au P. Gervais Quenard: « Nous avons encore perdu deux bons Frères convers: le Frère Bernard Fraipont, religieux belge attaché depuis longtemps au collège de Philippopoli, dont nous avons appris tardivement la mort par ce mot du P. Saturnin Aubel. « Fr. Bernard, de la maison d’Ausone [P. Dampérat], mort subitement le 14 janvier [1943] pendant le dîner »; puis le Fr. Cyprien Dupoux, décédé le 1er février à Nozeroy … ». A partir du dossier personnel du Frère Bernard, essayons de reconstituer, au moins dans ses grandes lignes, le cadre de son existence: Fiche d’identité et personnalité.

Jules-Joseph Fraipont naît le 28 mai 1879 (1) à Vaux- Chavanne, en Belgique, au diocèse de Namur. Ebéniste de métier, il connaît l’Assomption à Sart-les- Moines en 1909: il a déjà 30 ans. Son désir est de devenir prêtre, mais, devant la difficulté d’une reprise scolaire tentée à Sart-les-Moines de février à décembre 1909, Jules-Joseph doit se rendre à l’évidence: l’Assomption ne peut que lui ouvrir les portes d’un noviciat pour religieux-frères. Le P. Elie Bicquemard l’accueille le 10 août 1910 à Locarno (Suisse) pour un temps de postulat, avant le noviciat à Louvain, commencé en 1910 sous le nom de Frère Bernard. En 1914, il est de nouveau entre les mains du P. Elie Bicquemard, à Locarno, lequel note à son sujet: « Le Frère Bernard prie beaucoup et passe de longs moments à la chapelle. Sa piété laisse une trop grande part à l’imagination. Il croit avoir des visions, voit le diable et bataille avec lui fait des prédictions qui ne se réalisent jamais se croit parfois appelé à de grandes choses et attend le miracle par lequel le bon Dieu le lancera.

Cette année, il est moins hanté par ces imaginations et il vit davantage comme le commun des mortels. En dehors de cela et de sa manie de voir le mal partout, c’est un bon religieux très dévoué et il rend de grands services dans la maison, surtout dans son métier de menuisier qu ïl connaît à fond. Je le présente pour les vœux de trois ans ». Le Frère Bernard est admis à la première profession, le 8 décembre 1914. Il faut attendre septembre 1922 pour l’admission à la profession perpétuelle, la personnalité spirituelle du Frère Bernard prêtant à interrogation. Sur le plan professionnel le Frère Bernard est estimé: très habile de ses mains, capable d’entreprendre ventes, achats, relations avec les fournisseurs, il est d’un précieux concours matériel partout où il passe (Louvain 1910-1911; Locarno 1911-1919; Saint-Gérard 1919-1920; Les Essarts 1920; Saint-Gérard 1921-1923; Philippopoli 1923-1943). Dans ses relations avec ses confrères, il s’expose parfois à des difficultés passagères qui tiennent à son allure de ‘prédicant’. Le P. Anselme Catoire le compare à un véritable ‘salutiste catholique, annonçant le Royaume de Dieu partout, dans les rues, les magasins et ayant l’air d’un Jonas prêchant dans les rues de Ninive. Sur le fond, le Frère Bernard qui en appelle à une vocation trappiste sans cesse différée, ne renonce pas à son désir de vie sacerdotale. En Bulgarie, il entreprend même le délégué apostolique, Mgr Giuseppe Roncalli qui comprend sa véritable nature, assez perturbée et ‘illuminée’. Consulté, le P. Gervais Quenard oppose un ‘non possumus’ ferme et définitif. Alors le Frère Bernard n’hésite pas en appeler au pape Pie XI lui-même, ce qui reste sans effet sur la faveur demandée. Nous ignorons dans quelles circonstances précises meurt subitement le Frère Bernard en 1943, à Plovdiv à l’âge de 64 ans. Il est inhumé au cimetière de Plovdiv, dans la tombe des Religieux.

(1) Date écrite de la main même du Frère Bernard, alors que les quelques rares écrits sur lui mentionnent invariablement comme année de naissance: 1880

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Nouvelles de la Famille occupée, n° 15 (février 1943) p. 62. Du Frère Bernard Fraipont, quatre correspondances de 1927 dont celle, citée, du 10 avril 1927, écrite de Philippopoli, adressée au P. Gervais Quenard. Dossier personnel (Registre 90 bis). Notices Biographiques