Bernardin (Jean-Pierre) BAL-FONTAINE – 1887-1978

Les traits d’un authentique alzonien.

« La ressemblance du P. Bernardin avec le P. d’Alzon, après la
cinquantaine, est évidente:même front haut et large, même regard, même
profil que marque le nez légèrement busqué. La physionomie morale du P.
Bal-Fontaine doit beaucoup plus encore au Fondateur de la congrégation. Sa
fidélité à l’Eglise, vécue à travers la fidélité au Pape et à la
hiérarchie, sa fidélité aux engagements religieux qui s’exprime par une
régularité parfaite, sa dévotion filiale à la Sainte Vierge et surtout son
culte pour l’Eucharistie, tout cela est spécifiquement assomptionniste…

De même encore, par les étapes essentielles de l’activité sacerdotale, le
P. Bernardin est un vrai fils du P. d’Alzon: ministère paroissial,
responsabilités de Provincial
et d’Assistant, Directeur d’un collège, charge d’aumônier. Sa vie
spirituelle prend appui sur l’Eucharistie qui éclaire tout son sacerdoce,
sa charité qui donne leur caractère à toutes ses œuvres, son espérance qui
rend la vie plus abondante parce que soutenue par celle du Ressuscité… »

P. Arandel, commensal et adjoint du P. Bernardin à Vendôme de 1970 à 1978.

Religieux de la Province de Paris, Provincial. Un petit savoyard dans le monde.

Jean-Pierre naît le 25 mai 1887 à Hauteluce (Savoie), petit village à proximité des Châteaux où il entre comme alumniste de 1899 à 1903. Il trouve refuge à Mongreno en Italie (1903-1904) à 4 km de Turin dans la villa ‘Madonna del Buon Consigtio’. Il entre au noviciat à Louvain le 18 septembre 1904 avec 27 compagnons: le P. Vincent de Paul Bailly leur donne l’habit et le P. Benjamin Laurès guide leurs pas dans la vie religieuse. Il prononce ses premiers vœux annuels le 18 septembre 1905. En octobre 1906, Jean-Pierre, devenu Fr. Bernardin, se rend à Rome, piazza de l’Ara Coeli, pour suivre les cours à l’Angelicum. Il conquiert le grade de docteur en philosophie (1906-1909). Il prononce ses vœux perpétuels à Rome le 7 juin 1907. Selon l’usage, il est envoyé comme professeur à Elorrio (Espagne) de 1909 à 1911, découvre le pays et sa langue qu’il apprend à lire et à parler couramment. C’est à Jérusalem qu’il va poursuivre ses études de théologie de 1911 à 1914: le patriarche Camassei l’ordonne prêtre le 17 mai 1914, mais en décembre 1914 les Turcs l’expulsent avec trente assomptionnistes. En trois semaines de voyage par terre et par mer, ils arrivent enfin à Rome le 3 janvier 1915, après une pénible odyssée. A Rome, il achève sa quatrième année de théologie.

Les années d’errance.

En septembre 1915, le P. Bernardin est envoyé à l’alumnat de Vinovo (Piémont) qui a servi aussi de noviciat provisoire. La fièvre typhoïde en 1915 en a chassé les novices rescapés à Rome, mais grâce à Mgr Latty, archevêque d’Avignon, l’Assomption peut disposer des locaux attenant au sanctuaire de Notre- Dame de Lumières (Vaucluse) en mai 1916 et le P. Bernardin, nommé ‘socius’ du maître des novices, en passant de l’alumnat au noviciat se retrouve en Provence de 1916 à 1919, années laborieuses et exquises où il cumule charge du noviciat, service du sanctuaire, économat local et accueil des ‘poilus’ permissionnaires! En septembre 1919, le P. Bernardin est envoyé en Angleterre où il va passer seize ans: chapelain à New- Haven (1919-1922), à Brockley (1923-1929) et à Bethnal-Green (1929-1935). Pasteur modèle pour ses ouailles, il est séduit par la civilisation anglaise, apprend la langue du pays qu’il parle avec une petite pointe d’accent français, mais au point de passer pour un parfait gentleman raffiné et méticuleux.

Notices Biographiques A.A Page : 135/135 Provincial de Paris avant, pendant et après guerre.

Ce nomade n’a pas fini son tour d’Europe: au chapitre général de 1935, le P. Sérieix, arguant de sa fatigue, est relevé de sa charge de provincial de Paris: le 2 février 1935, le P. Bal-Fontaine est nommé à ce poste qu’il va animer pendant onze ans (1935-1946). Avant-guerre, son programme est clair: « J’attire votre attention sur trois points: la ferveur religieuse, la nécessité d’un recrutement intense, le besoin de fortifier nos finances ». Le cœur ou l’âme, les hommes et l’argent, n’est-ce pas dans l’ordre les priorités de tout développement? Vérargues (Hérault) est agrandi en 1936, Les Essarts également; Perpignan et Nîmes sont en croissance; Montéchor (Pas-de-Calais) est ouvert en 1937, Soisy (Essonne) en 1938. Le vicariat d’Angleterre donne les promesses de ses plus beaux fruits. Mais la guerre survient: 90 religieux de la Province sont réquisitionnés, 6 maisons réquisitionnées. Même le Provincial, à la débâcle de mai 1940, doit gagner Nîmes jusqu’en avril 1943. En mai-juin 1944, l’orphelinat d’Arras est quatre fois bombardé; le 22 juin la maison de Saint-Denis est dévastée par l’éclatement d’un VI, le Bizet, dépôt de munitions, explose, Les Essarts sont pillés et saccagés: ‘Toutes les maisons de la Province de Paris ont subi le fléau de la guerre’. Et pour compléter le martyrologe, le P. Bal-Fontaine dans son rappport de 1946 évoque aussi les maisons d’Angleterre victimes des raids aériens: New-Haven, Bethnal-Greeen, Brockley, Charlton… Après 1945, il faut reconstruire ou plutôt réparer avec les moyens du bord, sans matériaux, sans ressources: ‘tout n’est que campement’. Au chapitre de 1946, les Provinces d’Angleterre et d’Amérique du Nord sont canoniquement érigées, détachées de Paris. En 1946, le P. Rémi Koket succède au P. Bal- Fontaine qui devient assistant général.

Assistant général à Rome.

Il accepte un mandat d’assistant qui va durer six ans: il est apprécié pour le calme et la pondération de ses avis, spécialement en matière financière. Homme pratique, il se défie des idées qui ne trouvent pas d’aboutissement sur le terrain. Il passe ses loisirs à visiter la Ville éternelle et à guider des pèlerins, surtout en 1950, grâce aux quatre langues qu’il maîtrise parfaitement. En 1952, son mandat terminé, il rentre dans sa province et accepte la charge de supérieur de l’Assomption à Nîmes.

Les dernières années. Le P. Bal-Fontaine a 65 ans; pendant six ans, il dirige avec aisance et confiance le collège de Nîmes. En 1958, il est chargé de la garde de Saint-Pierre en Gallicante à Jérusalem, alors en territoire jordanien, dans une maison à moitié squattée par des familles arabes. Il vit en spartiate dans l’ancienne ferme. En 1962, il passe à Notre-Dame de France et sauve les archives accumulées là depuis 80 ans. En 1963, il rentre en France et accepte de devenir aumônier de la communauté religieuse du Saint-Cœur de Marie à Vendôme (Loir-et- Cher). Il meurt en clinique le 3 janvier 1978 et est inhumé à Vendôme le 6 janvier 1978.

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Bibliographies

Bibliographie : Documents Assomption, Nécrologe (I) 1975-1980, p. 50.51. In memoriam, le P. Bal-Fontaine par le P. Vandepitte, 6 p. Les archives contiennent de la correspondance échangée par le P. Bal-Fontaine avec les responsables de la Congrégation entre 1907 et 1961, ainsi que des rapports sur les maisons de Paris et d’Angleterre, en tant que provincial de Paris entre 1934 et 1946.