Bertin (Marie-Charles) LIEBAUX – 1877-1945

Santiago, 1936,

« Nous avons eu 5.200
communions à la grotte ici, le
11 février. Le chiffre total des communions en 1932 n’avait pas atteint
100.000 pour toute l’année. En 1933, il y en a eu
137.000, en 1934, 150.000, en
1935, 206.000, dont 5.500 le 8 décembre seulement. Cela représente, comme
vous le voyez, un certain travail chez nous comme confessions, prédications
etc… Les ex-voto pour faveurs temporelles et spirituelles sont
innombrables.
Je viens de retirer mes 600 litres d’eau de Lourdes à la douane. A peine
dix bouteilles cassées, mais les formalités sont interminables! Enfin, il a
fallu encore payer près de 600 pesos! Philistins! Les Pères vont bien. Le
P. Romain
[Heitmann] va conduire en
France les novices, moins
peut-être Espinoza qui est sous le coup d’une opération
urgente d’appendicite aiguë. Nous prions tous pour le vénéré P. Maximin
[Vion] et pour tous les résidents de Babylone [Paris], comme disait le P.
[Vincent de Paul] Bailly ».

Bertin Liébaux, Santiago, 13
février 1936.

Religieux de la Province de Bordeaux.

A la Mission d’Orient.

Né le 6 février 1877 à Saint-Mandres-sur-Vair dans les Vosges, le jeune Marie-Charles Liébaux fait ses études secondaires dans les alumnats du Pas-de- Calais, à Arras (1888-1891) et à Clairmarais (1891- 1893). Il prend l’habit, sous le nom de Frère Bertin, le 12 août 1893 au noviciat de Livry-Gargan (Seine- Saint-Denis) et y prononce ses premiers v?ux, le 12 août 1894. Sa seconde année de noviciat se passe à Taintegnies en Belgique, alors alumnat de grammaire. Il revient à Livry pour prononcer ses v?ux perpétuels, le 12 août 1895. Il part alors en Orient qu’il ne quitte plus avant la guerre en 1914. D’abord enseignant à l’école paroissiale de Kadi- Keuï (1895-1896), puis au collège d’Eski-Chéïr en Asie Mineure (1896-1900), il fait ses études de philosophie et de théologie à Notre-Dame de France à Jérusalem (1900-1905). Ordonné prêtre le 23 septembre 1903 à Kadi-Keuï, in retourne une année au collège d’Eski-Chéïr (1951906), passe à Konia (905-1906), enseigne à Ismidt (1907-1908), revient encore à Eski-Chéïr (1908-1910) avant d’être nommé professeur de morale à Jérusalem (1910- 1911). Le collège Saint-Augustin de Plovdiv (Bulgarie) le retient comme professeur de français et d’allemand, de 1911 à 1912 et enfin il achève son temps de service à la Mission d’Orient à Gallipoli comme professeur d’école (1912-1914). C’est de Gallipoli qu’il part en août 1914 répondre à ses obligations militaires. D’abord infirmier à l’hôpital militaire de Neufchâteau (Vosges), il est désigné par l’autorité militaire, à cause de ses connaissances des langues balkaniques, comme interprète pour l’armée d’Orient en 1915 C’est le paludisme qui le fait revenir en France où il termine la guerre comme aumônier divisionnaire en Lorraine.

En mission en Amérique du Sud.

Le désir d’un ministère actif en paroisses lui fait demander une affectation en Amérique du Sud, après la guerre. Le P. Bertin est nommé successivement à Belgrano en Argentine (1919-1920), puis à Talcahuano au Chili (1920-1922). Il connaît également la vie paroissiale à Lota (1922- 1924) et à Santiago, la capitale (1924-1945). C’est à la paroisse Notre-Dame de Lourdes à Santiago qu’il trouve le champ d’apostolat le mieux adapté à ses goûts, à ses dons et à son tempérament. Les quartiers populaires de la capitale chilienne et la foule des pauvres qui habitent dans des taudis apprécient ce prêtre proche d’eux, toujours à la recherche de la brebis perdue. Il arpente les rues de ces quartiers excentrés du c?ur de la ville, à longueur de journée, parlant avec les uns et les autres, au hasard de sa route, invitant ces personnes aux offices religieux et à l’adoration à la basilique. Le P. Bertin fonde aussi trois chapelles qui deviennent progressivement des centres paroissiaux indépendants, confiés par la suite à des instituts religieux. A la fin de l’année 1944, il se sent usé par le travail apostolique. Le c?ur fatigué ne peut plus fournir tous les efforts que réclame le ministère. Le P. Bertin peut prendre quelques mois de repos à Valpraiso, sans que cette pause n’apporte aucun résultat encourageant sur le plan de sa santé. Il demande alors à revenir dans sa communauté, le 22 février 1945. Bien qu’il paraisse très fatigué, personne ne se doute de la gravité de son mal. Il passe la journée du 23 dans une tranquillité relative. Il célèbre la messe, reçoit des visites, sans manifester aucun trait de fatigue accentué. Le soir, il se promène avec son infirmier et récite le chapelet. Il congédie son confrère vers minuit et lui fait part de son intention d’aller se coucher. Mais le lendemain matin, 24 février, on le trouve dans sa chambre, étendu en travers de son lit et inerte, le corps encore tiède. Le P. Bertin est inhumé dans le caveau de la communauté, au cimetière catholique de Santiago.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Dans les ACR, du P. Bertin Liébaux, de nombreuses correspondances (1899-1936) dont beaucoup sont publiées dans La Lettre à la Dispersion. [Décédé le 24 février 1945, le P. Bertin Liébaux n’a pu bénéficier d’une notice biographique à l’intérieur des revues de la Congrégation dont la publication est interrompue pendant la guerre].