Bertrand (René) BERTRAND – 1874-1938

Portrait.

« Ce prêtre, qui fut un saint, dans la vie tourmentée d’un journaliste, est
mort à Sahune son pays natal (Drôme) où il était allé présider la première
messe d’un jeune prêtre, dans l’église même où le P. Bertrand a été baptisé
et à la reconstruction de laquelle ses appels dans la Croix du Dimanche
avaient très largement aidé.

Le P. Bertrand cachait sous la bonté souriante de ses yeux une grande
intelligence, une âme d’apôtre, un cœur de saint. Fortement qualifié et
diplômé, le P. Bertrand fut tour à tour professeur d’alumnats et
journaliste à la Bonne Presse où il est demeuré 19 ans.

Il fut le prédicateur très écouté d’une multitude de retraites et depuis
1933 il avait ajouté à son écrasant labeur la
direction générale de l’œuvre du ‘Chapelet des enfants’. On connaît sa
dévotion pour la Vierge et Sainte Thérèse de Lisieux. Littérateur, poète,
doué d’une grande facilité d’écriture, il était très familier des formes
modernes d’apostolat. Que de films-stop n’a t-il pas composés? Homme d’une
foi vivante, il laisse à
ceux qui l’ont connu un exemple attachant et fort..» La Croix 17.07.1938.

Religieux de la Province de Lyon.

Un Assomptionniste solidement formé.

René Bertrand est né le 12 novembre à Sahune, petit village de la Drôme, près de Nyons. Admis à l’alumnat de Roussas (Drôme) en 1887, le jeune René y révèle des dispositions intellectuelles remarquables. De là il passe à Brian (1889- 1890) et poursuit ses humanités à Nîmes (1890) pour revenir, à cause d’une épidémie, à Brian (1890-1892). Ayant opté pour l’Assomption, il entre au noviciat de Livry- Gargan où il prend l’habit le 7 août 1892. Sous le nom patronymique de Bertrand, il prononce ses premiers vœux le 7 août 1893 et s’embarque pour Phanaraki en Turquie où il prononce ses vœux perpétuels le 15 août 1894. Il est témoin du grave tremblement de terre qui ravage Constantinople le 10 juillet 1894, faisant plus de 2.000 morts. C’est à Phanaraki qu’il étudie la philosophie (1894-1896) avant d’être envoyé comme professeur à Brian (1896-1897). Fr. Bertrand entame ses études de théologie à Rome d’abord (1897-1898), est ordonné prêtre à Livry, avec dispense d’âge, le 14 août 1898 et retourne à Rome où il inaugure une prédication en italien, dans l’église Saint-Venance le 8 décembre 1898. Il fait partie de l’éphémère maison des ‘hautes études’ à la rue François 1er de Paris et doit gagner provisoirement en avril 1900 le vieux château de Bure (Belgique) avant l’installation à Louvain (1900-1902). Malgré tous ces déménagements et toutes ces perturbations, il obtient une licence ès-lettres, une licence biblique, un doctorat en Droit canonique et un autre en théologie. D’autre part, il s’est spécialisé en langues anciennes: latin, hébreu, grec, syriaque et babylonien, sans négliger les langues modernes: italien, espagnol, allemand et anglais! Son affectation comme professeur ne diminue en rien ses pérégrinations pendant les 16 années suivantes.

Un professeur itinérant dont la carrière est interrompue.

On trouve le P. Bertrand enseignant dans différents alumnats: Taintegnies (1902), Brian (1902- 1903), Mongreno près de Turin (1903-1904), Calahorra en Espagne (1904-1905). Après un complément d’études à Rome (1905-1909) où il décroche tous ses diplômes, il reprend du service à Locarno-Ascona en Suisse (1909-1916). Vient l’heure pour lui d’enseigner l’Ecriture Sainte à Fara Sabina (1916-1917) et à Rome (1917-1918), quand l’obéissance l’appelle à Paris pour le journalisme à la Bonne Presse (1919).

Un journaliste, sous le pseudonyme de M. Vincent.

Au P. Bertrand est confiée la direction de La Croix du Dimanche; très vite il est un collaborateur apprécié à la revue mensuelle Prêtre et Apôtre qui a pris le relais du Prêtre aux armées et inaugure en 1933 l’œuvre du Chapelet des Enfants qui publie une petite revue Ave. Pendant une vingtaine d’années il assure une aumônerie auprès de religieuses Auxiliatrices du Purgatoire de la rue voisine Jean Goujon sans oublier les familles religieuses de l’Assomption, Petites-Sœurs et Oblates. Malgré une santé assez fragile, avec un estomac qui ne supporte bien que le lait, on peut se demander comment il put suffire à tout si longtemps. D’une très grande ouverture d’esprit, il se montre en communauté un confrère délicieux et simple, volontiers original et facétieux, aimant la taquinerie et très spirituel. D’une facilité de travail extraordinaire, presque doué de bilocation tant il est rapide, il ne recule devant aucun service supplémentaire, notamment pour la prédication où il se montre d’une disponibilité à toute épreuve. C’est lors d’un voyage dans son pays natal, à Sahune, qu’il trouve une mort foudroyante en pleine nuit, au presbytère, le 10 juillet 1938, à 64 ans. Les obsèques sont présidées le mardi suivant, 12 juillet, par l’évêque de Valence, Mgr Pic, dans cette église que le P. Bertrand avait contribué à faire relever. Il est inhumé dans le cimetière du village.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Lettre à la Dispersion 1938, n° 756, p. 121-122; n° 757, p. 129-130; n° 758, p. 133-140. la Croix 17 juillet 1938. Ave (Bulletin du ‘Chapelet des Enfants’), juillet-aout 1938, n° 46. Notice biographique par le P. Marie-Alexis Gaudrefroy. L’Assomption et ses œuvres 1938, n° 445, p. 307-308. Le P. Bertrand a laissé dans les archives romaines une abondante correspondance étirée entre 1898 et 1938, ainsi que des rapports documentés sur différentes publications de la Bonne Presse, notamment les nombreuses revues auxquelles il a participé.