Boris (Augustin) TAVERNIER – 1860-1928

Philippopoli, 1910.
« Il y a 16 ans que j’ai été envoyé en Bulgarie et je n’en suis plus sorti
depuis ce temps. Mon intention est d’y
consumer mes forces jusqu’à la fin de ma vie, à moins que la volonté de mes
supérieurs en décide autrement. Cependant ma famille désire vivement me
revoir et souvent elle me sollicite pour que
j’aille faire une visite au pays. Cette année, il se présente un concours
de circonstances telles qu’un voyage en France réaliserait bien des désirs.
De plus l’enseignement du cours de marchandises dont je suis chargé dans la
section commerciale du collège nécessite des collections variées et assez
coûteuses. Notre petit musée d’histoire naturelle, l’une des attractions du
collège, est encore bien incomplet. Enfin la compagnie du P. Hermann
Gisler, excellent polyglotte, me permettrait dans une partie du voyage au
moins de pénétrer dans certaines fabriques et centres industriels où je
pourrais obtenir, à peu de frais, des spécimens nombreux et précieux pour
nous. Pour compléter ce voyage aussi intéressant qu’intéressé, je vous
prierais de nous permettre à tous deux de traverser Rome où résident toutes
nos lumières et nos espérances d’ici-bas … ».

Religieux de la Province de Lyon. Un pilier du Collège Saint-Augustin. Augustin Tavernier est né le 31 octobre 1860, à Sauvessanges, dans le Puy-de-Dôme, au diocèse de Clermont-Ferrand. Après ses classes primaires à Viverols, il est élève pensionnaire chez les Frères des Ecoles Chrétiennes à Lyon (Rhône), de 1874 à 1880. Il suit un cours d’histoire naturelle aux Facultés catholiques de Lyon (18801883) et devient professeur dans le pensionnat des Frères à Lyon. Il demande à entrer dans la vie religieuse à l’Assomption. Sous le nom de Frère Boris,,il prend l’habit religieux le 15 octobre 1896 au noviciat de Phanaraki (Turquie), après un stage d’essai à Philippopoli (Bulgarie). Il prononce ses premiers vœux, le 15 octobre 1897, à Phanaraki. En janvier 1898, le Frère Boris est de nouveau envoyé comme enseignant au collège Saint-Augustin de Philippopoli où le P. Elie Bicquemard reçoit sa profession perpétuelle de religieux coadjuteur, le 6 janvier 1908: « Le Frère Boris a fait deux fois des vœux de trois ans. C’est un religieux d’une piété très ordinaire. Il est d’une régularité irréprochable pour tous les exercices publics, mais 1″activité un peu passionnée qu’il déploie dans ses travaux d’histoire naturelle doit lui faire négliger quelques prières particulières. C’est un homme sans arrière-pensée, même si je lui connais quelques petites habiletés. Il se corrige de sa mollesse et de sa vanité ». C’est au collège Saint-Augustin de Philippopoli que le Frère Boris va passer toute sa vie, sauf durant les années de guerre où il trouvera refuge à Bucarest et à Odessa comme précepteur d’un jeune prince roumain de la famille Ghika (1915-1918). Au collège de Plovdiv, il est tout naturellement professeur d’histoire naturelle, du cours commercial, de géographie et d’économie politique. Pour rendre ses classes plus attrayantes, il constitue avec le P. Hermann Gisler (1873-1969) Page : 27/27 un musée d’histoire naturelle que l’on vient visiter de toute la Bulgarie. Professeur qui à force de se cultiver devient un véritable savant, il se spécialise dans les connaissances géologiques et minéralogiques, remplissant ses poches de pierres, de cailloux, de silex lors de ses promenades dans la nature environnante, s’aidant pour leur extraction d’une vieille baïonnette en fer triangulaire, épave de la guerre russo-turque, qu’il dissimule dans la jambe de son pantalon. Certaines de ses équipées diurnes ou nocturnes restent mémorables dans les annales du collège qui est un puissant milieu de vie avec les PP. Elie Bicquemard, Christophe Portalier, Germain Burgi, les Frères Hermann Gisler, Jean-Michel Bédu rejoints ou remplacés ensuite par les PP. Raphaël Doassans, savant botaniste, le. Frère Sophrone Rabois-Bousquet, véritable entomologiste, les PP. Lucien Pflug, David Mailland, Damase Castagne, Hyacinthe Hennebique, Placide Machon pour lesquels le Frère Boris devient avec les années un vénérable doyen, toujours jeune par son enthousiasme, par sa persévérance dans ses entreprises, par ses initiatives pédagogiques. Il conçoit l’enseignement sous une forme illustrée, décorant les salles de classe et les couloirs de cartes, de tableaux et d’accessoires de toute espèce. C’est à lui que revient la tradition d’une veillée pour Noël où flotte le drapeau bleu-azur que le P. Alexandre Chilier a rapporté du collège de Nîmes. Religieux bon, simple, souriant, il est une figure du collège, connu bien au-delà des murs de Plovdiv pour ses nombreuses relations avec le monde savant et la population bulgare. Quand déborde la Maritza, il fabrique des radeaux pour porter secours aux familles sinistrées. Il participe à la conférence locale Saint-Vincent de Paul. Lors des guerres balkaniques, il est un infirmier empressé au chevet des blessés. Il sait vaincre les épreuves de la vie, l’exil forcé de 1915, le tremblement de terre du 18 avril 1928 qui anéantit son cher musée, si patiemment constitué. Le 21 novembre 1928, il doit être hospitalisé à la suite d’un malaise, dans le nouvel hôpital catholique de la ville, récemment inauguré. Il y meurt subitement le 28 novembre suivant. Le collège Saint-Augustin et la population de Plovdiv organisent pour le Frère Boris des obsèques imposantes sinon grandioses, de la cathédrale au cimetière. Page : 28/28

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Lettre à la Dispersion, 1928, ‘no 289, p. 289; no 290, p. 297-298; no 292, p. 314; 1929, no 306, p. 119-124; no 307, p. 131-132; no 308, p. 138-140. L’Assomption et ses CEuvres, 1929, no 333, p. 55. Notice biographique par le P. Marie-Alexis Gaudefroy. Missions des Augustins de l’Assomption, 1929, no 317, p.4-5; no 323, p. 108-110; no 324, P. 126; no 325, P. 136-139; no 326, P. 157-158. Le messager (bulletin du collège Saint-Augustin de Plovdiv), mars-avril 1929. Lettre du Frère Boris Tavernier au P. Emmanuel Bailly, Philippopoli, 18 mars 1910.