Bruno (Michel-Joseph) LINDER – 1908-1976

Travail de presse.

Nambsheim (Haut-Rhin). Il est élève aux alumnats de Scherwiller
(Bas-Rhin), de 1923 à 1925, et de Miribelles- Echelles (Isère), de 1925 à
1927. Le 31 octobre 1927, il prend l’habit religieux sous le nom de
Frère Bruno au noviciat de Scy-Chazelles (Moselle) où il prononce
ses premiers vœux le 1er novembre 1928. Il étudie la
philosophie au scolasticat de Saint-Gérard en Belgique
(1928-1930), accomplit son service militaire (19301931) et prononce
ses vœux perpétuels le 7 mars 1933 à Louvain où il commence des études
de théologie achevées à Lormoy (Essonne). Il est ordonné prêtre à
Lormoy, le 25 décembre 1934. Le Père Bruno commence ses premières armes
dans l’enseignement, au collège Saint-Augustin de Plovdiv en
Bulgarie (1935-1939). Il y enseigne la langue allemande. La
guerre le requiert temporairement. Démobilisé en 1940, il
est expulsé d’Alsace avec les religieux de Scherwiller. Il profite de
ces années de guerre pour préparer une licence d’allemand, d’abord à
Lyon
(Rhône), puis à Toulouse (Haute-Garonne) où il mène à la fois une vie
d’étudiant et de professeur au collège Sainte- Barbe (1941-1943). Nommé
professeur à Miribel en 1943, il devient le supérieur de l’alumnat, de 1946
à 1952. Ces années lui laissent un souvenir de lune de miel. Il
ouvre les fenêtres de la vieille maison au souffle d’un printemps
intellectuel, théologique et liturgique qui vient de Lyon. Les
jeunes découvrent émerveillés les nouveautés de la littérature du
temps: Rilke, son auteur préféré, mais aussi Montherlant, Balzac,
Bergson. Il aime bricoler la moto et se passionne pour la
photographie, mettant en chantier le grand boulevard des
innovations, la ‘Linderstrasse’, selon le mot malicieux de son confrère,
le P. Jean-Pierre Robin. Muni d’un grand bon sens, il sait
pédagogiquement faire appel aux vertus naturelles, aimant répéter
qu’il ne peut y avoir de vertus religieuses qui ne soient
fondées en priorité sur les valeurs humaines à cultiver. Au
plan communautaire, il sait ménager des temps de détente, de
‘dégagement’ selon son mot, donnant au 31 décembre les allures
d’une nuit folle où chacun peut s’en donner à cceur joie, la bonne
humeur étant la seule règle générale à respecter, accompagnée du
bien boire, du bien manger, le tout agrémenté de farces et de cadeaux…
En responsabilité dans l’Institut.
En 1952, S’ouvre un nouveau volet de la vie du P. Bruno, appelé tout
d’abord au provincialat de Lyon
« Je vous envoie ci-joint le premier paquet des épreuves de l’Ordo. Je
ferai faire la deuxième correction ici par le P. Racine: il est orfèvre en
la matière. Retournez donc l’original pour qu’il ait une référence. A
propos de cet original, je me permets de vous signaler une difficulté à
éviter. Vous utilisez un ancien Ordo quand c’est possible. C’est
effectivement avantageux pour la composition, à condition d’utiliser un
Ordo de l’année
précédente. On garde le plomb une année seulement. J’ai fait composer 1es
deux 1eçons, mais on ne pourra y mettre les accents. Une correction d’un
seul signe dans une ligne entraîne la composition de
toute la ligne. Ne laissez pas de fautes à cause de cet inconvénient. Je
vais vous expédier au plus tôt 1es Règles Capitulaires. On finit
de les brocher aujourd’hui. J’en envoie un ex emplaire par avion au P.
Général. Bon courage dans votre fournaise romaine. Ici, on tient le
secteur assez allègrement grâce à une température clémente et à la fuite
prochaine dans les montagnes. Merci d’avoir fait diligence pour m’obtenir
les
indulgences. Mes Sœurs en usent largement, vous ne m’indiquez pas la
taxe».P. Bruno, Paris, 25.07.1964.

Religieux de la Province de France, Provincial de Lyon (1952-1957), quasi-Provincial des O.G.F. (1957-1961). Pour un souffle nouveau. Michel-Joseph Linder est né le 29 septembre 1908 à

où il remplace le P. M.-Germain Filliol, élu assistant général. Parmi les décisions lourdes qu’il a à prendre au cours de son mandat, on peut relever deux importants chantiers: le scolasticat de Valpré (Rhône) et l’internant de Mayen (R.F.A.), mais aussi d’autres rêves de mission et de fondations nouvelles: le collège d’Abidjan (Côte d’Ivoire), la maison de Strasbourg. Il aime pour sa province des lieux d’études propres sans lesquels il la croit amputée. Il désire surtout faire bénéficier les religieux étudiants d’une animation pastorale, sociale, théologique renouvelée. A cette époque alumnats et maisons d’études regorgent de monde et le P. Bruno a trop d’esprit d’entreprise et de confiance en l’avenir pour deviner que les termites du changement social vont miner l’édifice des régions de chrétienté. Ennemi des spéculations pures, mais pas du tout anti-intellectuel, le P. Bruno n’a pas dans sa poche de théories philosophiques, théologiques ou politiques: il mêle allégrement les idées qu’il cueille dans le livre de la vie autant que dans ses lectures. D’instinct il sourit des prétentions intellectuelles qui naissent parfois des enthousiasmes faciles du verbe. Mais surtout que d’humanité, de compréhension dans son animation et son gouvernement de la Province. Il affronte et arrange, dans le silence, de difficiles problèmes de personnes. Il intervient avec tact et franchise, débloque les situations inextricables et cherche en tout des solutions humaines. Quand les faits sont connus, il en parle sans dramatiser, avec un attachement fraternel pour les personnes: il sait la fragilité des hommes et sa bonté reflète quelque chose de la miséricorde de Dieu qui façonne le cœur du christianisme. L’humour lui va mieux que les confidences attristées, car il sait qu’il est une des formes de la tendresse du cœur. En 1957, le P. Wilfrid Dufaut qui bâtit un peu l’avenir de l’Assomption en France sur le P. Bruno, l’envoie à Paris pour d’impossibles responsabilités en le nommant délégué de la Curie aux Oeuvres généralices, quasi-provincial et directeur doctrinal à la Bonne Presse. C’est le moment même où Rome prend ombrage des positions du P. Emile Gabel! On craint l’arrivée d’un censeur, c’est un médiateur qui s’affirme. Porte-parole ou otage, le P. Bruno porte sa croix, même quand il est déchargé en 1961 de la responsabilité de la quasi-province. Il ressent durement les critiques sourdes et exprimées de cette situation en porte-à-faux. Transposé hors de saison, plus à l’aise dans un certain paternalisme autoritaire que rejettent les équipes laïques d’une grande entreprise, il garde une méfiance presque paysanne devant des idées ou des projets qui se cogitent dans les bureaux des citadins, chez des gens de plume. Dans le champ doctrinal et politique, il fait plus souvent qu’à son tour les frais des contestations, des malaises et des conflits. Il se sent vieilli, dépassé et ne cache pas son désarroi. Econome de la communauté en 1968, mis à la retraite en 1970, il est heureux de prendre du service paroissial à la cure de Maurepas-Elancourt (Yvelines), une de ces villes nouvelles qui poussent alors comme champignons aux pluies d’automne, et d’assurer l’aumônerie des Sœurs Oblates au Mesnil-Saint-Denis jusqu’en juin 1976. Cette reconversion pastorale lui est heureuse, mais c’est son chant de cygne. Il meurt d’un cancer du foie, le 30 août 1976, dans la nuit, à Saint-Sigismond (Savoie) où il aimait retrouver la vie simple et libre à Notre-Dame des Châteaux. C’est à Saint-Sigismond qu’il est inhumé le mardi 31.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Documents Assomption, N4crologe (I) 1975-1980, p. 32-33. L’Assomption et ses Cguvres, 1976, n° 588, p. 30. Nouvelles de la Province de France, 1976, n° 33, p 6-8. Lyon-Assomption, février 1977, n° 53, p. 11-15. Lettre du P. Bruno Linder au P. Rémy Munsch, Paris, 25 juillet 1964. Dans les ACR, du P. Bruno Linder, de nombreux rapports sur oeuvres et communautés de ses différentes obédiences de Supérieur et de Provincial (1946-1961), rapports sur les revues de Bayard-presse, correspondances (1940-1964).