Calixte BOUILLON – 1873-1898

Eloge de la modernité dans la
Palestine turque.
« Les travaux de construction du chemin de fer de Jaffa à Jérusalem
avancent rapidement: la ligne va être incessamment livrée à l’exploitation.
Nous avons pu déjà constater en même temps que la bonté et la délicatesse
des chefs d’organisation la fonne fin de leur entreprise vraiment hardie.
La Compagnie nous a fait la gracieuseté de nous
offrir un wagon gratis pour retourner de Jaffa à Notre- Dame de France,
avant même l’époque de l’inauguration, de sorte que nous avons été les
premiers à goûter les avantages de ce nouveau moyen de communication,
beaucoup plus rapide, plus facile et plus sûr. Qui aurait jamais songé il y
a 50 ans qu’une voie serait ouverte à travers les montagnes de Palestine.
La seule pensée aurait été traitée de folie, et cependant voici que des
ouvriers français, les premiers au progrès comme à la peine, viennent
d’exécuter en dépit des défis qu’on leur avait jetés et à travers des
difficultés suscitées par la jalousie, ce travaille gigantesque. Il faut
parcourir les lieux pour juger de l’œuvre: ce sont des ponts jetés sur des
précipices, des rochers immenses partagés, des gorges ménagées, ,des
détours éludés..» 1892.

Religieux français.

Un pyrénéen hébraïsant.

Calixte est né le 19 juin 1873 à Vielle-Adour, près de Lourdes dans les Hautes-Pyrénées. Mgr. de Royères le dirige en 1885 sur l’alumnat d’Arras (Pas-de-Calais). De là il poursuit ses humanités à Clairmarais de 1888 à 1890. Il se rend au noviciat de Livry où l’accueille le P. Emmanuel Bailly qui lui donne l’habit en août 1890, avec cette appréciation du P. Bachelier: « Calixte Bouillon entre chez nous avec une grande joie. Après des résistances, ses parents se sont rendus au désir d’une vocation affirmée. Calixte est un jeune capable : une intelligence bien cultivée et apte aux études sérieuses, un souffle poétique bien tourné qui trousse des poésies avec facilité, mais sans banalité. C’est un cœur ardent, un peu mélancolique, qui manque encore d’équilibre. Il remplit la fonction de socius cette année, j’aurais aimé plus de rigueur et d’entrain parfois, mais il est tout à fait capable de devenir un religieux sérieux ». Le noviciat s’achève en Orient à Phanaraki (Turquie) le 6 août 1892 par la profession perpétuelle. Il part aussitôt pour Jérusalem, pour ses études de philosophie et de théologie (1892- 1898) où il s’adonne avec ardeur à l’étude des langues anciennes et modernes nécessaires à l’exégèse: l’hébreu, l’allemand, le syriaque et l’assyro-babylonien. Un an avant la fin de ses études, il est déjà capable d’enseigner l’hébreu à ses confrères. Le Fr. Calixte est ordonné prêtre à Jérusalem le 19 décembre 1896. On le sollicite également chaque année pendant le pèlerinage de pénitence à cause de sa voix. Son imagination toujours fraîche, jointe à une vive sensibilité, lui fait souvent taquiner la muse et la collection des Souvenirs ne manque pas de publier quelques unes de ses poésies. Les Echos d’Orient n’hésitent pas non plus à publier le récit de ses excursions bibliques.

Une excursion tragique à Haïffa (1898).

A la fin de l’année scolaire 1898, les religieux étudiants à Notre-Dame entreprennent un séjour de quelques semaines dans la baie d’Haïffa, au pied du mont Carmel, en se rendant en bateau de Jaffa à Haïffa. C’est là qu’il trouve la mort le 26 juillet [1898], à l’hôpital d’Haïffa, soigné par des sœurs de Saint-Charles, emporté par une fièvre et une infection foudroyantes. Il est inhumé le lendemain dans le caveau des Pères Carmes du Mont Carmel, en présence du vice-consul français en poste à Haïffa et de toute la communauté des Pères Carmes du Mont Carmel.

Découvrir la Palestine du XIXème siècle in situ.

Les étudiants assomptionnistes à Notre-Dame de France à Jérusalem sont, dans ces dernières années du XIXème siècle, des témoins privilégiés des mœurs et de la transformation économique de la région, alors sous suzeraineté turque, mais aussi des relais d’information sûrs pour les découvertes archéologiques que la Palestine ne cesse de susciter par le biais de sociétés savantes, de mécènes privés et aussi de congrégations implantées sur place. Nous transcrivons ci-dessous cette correspondance inédite du P. Callixte de 1892 qui fait suite à l’encart de la feuille précédente :« Nous sommes persuadés que c’est bien à tort que l’on a mis en doute la sûreté de la ligne [Jérusalem-Haiffa], à la suite de très légers accidents dus à des méchancetés reconnues. C’est en toute confiance qu’un peut s’abandonner à l’expérience des employés. D’ailleurs tout inconvénient comme rails enlevés, traverses jetées sur la voie, est désormais écarté, grâce à la surveillance très minutieuse de l’administration ottomane; les cheiks sont susceptibles de châtiments très sévères s’ils n’exercent pas scrupuleusement cette surveillance. On a également reproché à la Compagnie de n’avoir pas ménagé des courbes moins brusques: accusation gratuite et très ignorante, étant donné qu’elles sont au maximum de 150 m., tandis qu’en France et ailleurs elles descendent jusqu’à 80 et 70 M. Ajoutons qu’à ces endroits on ne marche pas à plus de 33 km. Quant aux rampes, elles ne sont pas supérieures à 2 cm. par mètre. Vraiment il ne faut rien connaître à l’exploitation ou être animé d’une bien jalouse antipathie pour découvrir des obstacles et des périls là où tout a été si bien mesuré et si bien conduit. L’expérience fera bien vite tomber les préjugés et on ne suspecte pas longtemps la science des ingénieurs qui ont peut-être pour tout crime celui d’être français. Les travaux ne sont pas tout à fait terminés: les rails ont été simplement jetés de Bittir à Jérusalem. Voici les stations en construction: Lydda, Kamlé, Séjet, Artouf, Deir-Abban, Dittir, Oueledié, Aih-Yale ».

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Souvenirs 1898, n° 359, P. 265-266; n° 360, p. 275-279. Notice biographique par le P. Marie-Alexis Gaudefroy. Le Fr. Calixte Bouillon a laissé clans nos archives romaines quelques rares correspondances. Son dossier personnel contient quelques notes manuscrites et des ébauches de correspondances qui méritent un déchiffrage: elles dénotent un sens de l’observation, une curiosité d’esprit et un amour de l’Assomption tout à fait bénéfiques.