Camille (Othon) RHOMER – 1888-1918

Niederbergheim, 1914.
« Combien consolante fut votre lettre de fin novembre qui m’est parvenue
hier. Les nouvelles des nôtres me font grand plaisir, je dirai l’office des
morts pour nos trois frères défunts dont seul Donat m’est connu (4). Nous
avons fait à Dinsheim, lors d’un congé, la rencontre avec le P. Césaire
[Kayser] du P. Wilhelm
[Riether] qui porte l’habit des infirmiers. On pense que le P. Placide
[Machon] se trouverait à Magdebourg (5). Un autre Frère dont j’ai oublié le
nom a été blessé à Arras lors de son premier jour de guerre, la balle a
traversé les deux
‘oberschenkel’, mais l’os n’a pas été touché. Il gît dans un lazaret près
de Heidelbronn. On m’a envoyé un mois krankenwâster dans le lazaret
militaire de Mulhouse. On nous a congédiés, car nous n’avions rien à faire,
mais nous devons attendre des ordres ultérieurs. Sachez que votre lettre a
été ouverte et
contrôlée. Ce n’est donc pas la peine de les fermer. Dites au
P. Emmanuel [Bailly] mes vœux les plus sincères pour sa fête. Il est
maintenant certain que l’ex-Père Florentin Ernst
(6) est vicaire à Molsheim. Le P. Wilhelm (7) est allé le voir. A quand la
paix désirée par tous? ». Camille R.

Notices Biographiques A.A

Religieux français. Une vie fauchée par la guerre. Né le 19 juillet 1888 (1) à Brunstatt, près de Mulhouse (Haut-Rhin), à l’époque territoire du Reich, Othon Rhomer (2) fait ses études de grammaire à l’alumnat de Bure en Belgique, de 1903 à 1907, et passe ensuite à celui de Taintegnies pour les études d’humanités, de 1907 à 1909. Il entre au noviciat de Gempe en Belgique et y reçoit l’habit le 14 août 1909, sous le nom de Frère Camille. Pieux, obéissant, prompt à tous les dévouements, le Frère Camille fait preuve d’une grande bonne volonté et d’un profond attachement à sa famille religieuse. Profès annuel en août 1910, il est admis à la profession perpétuelle, émise le 15 août 1911. Il est envoyé à Louvain pour y faire ses études de philosophie. Le 21 décembre 1912, il reçoit le sous- diaconat et l’année suivante il part comme professeur à l’école de Konia en Turquie. C’est là que la déclaration de guerre en août 1914 vient le surprendre. Il est obligé d’accepter son incorporation dans l’armée allemande, dans un régiment badois (3). Il passe d’assez longs mois dans les casernes de Heidelberg et de Mannheim. On reconnaît son caractère ecclésiastique, grâce à l’attestation de son acte d’ordination au sous-diaconat. Il réussit alors à être versé dans un service sanitaire. Il participe à la campagne de Galicie contre les Russes (8), puis il entre en Roumanie. Il est encore transféré en Serbie, à Nisch (9), puis à Uskub (10) où il reçoit le grade de sergent. Il contracte là, au soin des malades, une maladie mortelle. Il meurt au lazaret de guerre de Semlin, en Serbie, le 21 octobre 1918. Il n’a que 30 ans. (1) D’après l’acte de vêture, le Frère Camille est bien né en 1888 et non en 1892, comme le portent curieusement de nombreux nécrologes. (2) Chose curieuse, nous avons trouvé deux Frères Camille Rhomer, ce nom étant parfois orthographié Rohmer, A.A Rohner ou encore Rôhrner. De celui dont nous établissons la présente notice, ne subsiste aucun dossier personnel ni formulaire de vêture ou de profession eh dehors des Registres, mais les éléments de son parcours de vie sont bien établis. Par contre d’un autre Camille, figure dans les ACR une correspondance du 5 octobre 1923 adressée de Louvain au P. Gervais Quenard en remerciement de l’admission à la profession perpétuelle, correspondance classée sous le nom de notre premier Camille Rhomer, ce qui est historiquement impossible. Il s’agit plutôt à nos yeux de Camille Galesne, profès perpétuel le 10 octobre 1923 à Louvain. Sur le Registre est portée la mention ‘Frère Camille Rhomer [Rohmer] , de nationalité allemande’. (3) Tel fut le cas en 1914-1918, mais aussi en 1940-1945, pour plusieurs religieux d’origine alsacienne ou lorraine. Trois situations pouvaient se présenter., soit accepter son incorporation dans l’armée allemande, soit passer dans l’autre camp, soit encore prendre le statut d’insoumis. (4) En 1914, depuis la déclaration de guerre, sont décédés à une distance assez proche, le Frère Arthème Martin (le 21 septembre au champ d’honneur), le Frère Efthymi Nedeltchev (le 12 septembre), le Frère Donat Lesage (le 2 octobre, au champ d’honneur). Allaient encore tomber le Frère Emilius Blanche (le 4 novembre), le Frère Judicaël Gélébart (le 17 décembre, au front) et le P. Marie-Léon Poujoule, le 22 décembre. (5) Le P. Placide Machon (1873-1933) est en effet prisonnier civil à Magdebourg, après être revenu d’Orient. Il s’est fait cueillir par les Allemands, à son retour en France, sa région natale étant sous leur contrôle. (6) L’ex-Père Florentin Ernst, également alsacien, est né en 1880. Prêtre à l’Assomption en 1910, il a demandé et obtenu d’être en 1914 incardiné dans le diocèse de Strasbourg. En 1914, il est également mobilisé dans l’armée allemande. (7) Le P. Wilhelm Riether (1882-1917) est de nationalité allemande. En 1914, il est mobilisé, dans l’armée du Reich. Il meurt également à la guerre, en octobre 1917. (8) La Galicie avant 1914 est terre autrichienne depuis le premier partage de la Pologne en 1772. Elle est un champ de bataille important dès 1914. Occupée par les Russes en 1914-1915, elle subit encore l’offensive de Broussilov en 1916-1917. En 1918, elle est attribuée à la Pologne reconstituée. (9) Nisch ou Nis est une importante ville fortifiée de Serbie, annexée par les Serbes depuis 1878, arrachée à l’Empire Ottoman. Mais les Bulgares, alliés des Puissances centrales, l’occupent de novembre 1915 à octobre 1918. (10) Uskub ou Usküb est l’ancien nom de Skopje en Macédoine, ville annexée par la Serbie en 1912, reprise par les Bulgares en 1915 et investie par l’armée d’Orient en septembre 1918.

Bibliographies

Bibliographie et documentation : L’Assomption, 1919, no 215, p. 16. Lettre à la Dispersion, 1918, no 543, p. 369; 1919, no 569, p. 272. Notice biographique par le P. Marie-Alexis Gaudefroy. Lettre du Frère Camille Rhomer, Niederbergheim, 10 décembre 1914. Dans les ACR, du Frère Camille Rhomer, correspondances de la période de guerre (1914- 1916). Notices Biographiques