Carmelo (Pierre Carmel) PEMOULIE – 1897-1977

Buenos Aires. « Le 24 février, nous nous unirons à la prière de toute la
Congrégation et de la communauté généralice de Rome qui vont fêter votre
jubilé sacerdotal. Nous remercierons le ciel pour tous les bienfaits qui
par vous ont été obtenus pour toute la famille religieuse. Ici, à Belgrano,
le 26, les maisons d’Argentine que réunit une
fête intime, seront heureux de la coïncidence de leur assemblée avec la
fête qui se célébrera à Rome. Nous unirons notre prière à la vôtre et nos
toasts s’ils seront moins nombreux et les chants moins volumineux que ceux
de Rome, se rejoindront cependant avec ceux de la Ville éternelle pour
exprimer
notre merci et nos vœux. Voilà bien longtemps que nous n’avons pas eu de
visite canonique généralice puisque vous n’avez pas donné ce caractère à
votre rapide passage parmi nous en 1954. Nous serions heureux de vous
connaître davantage, car nous avons sans doute tort de trop pratiquer le
proverbe: ‘Pour vivre heureux, vivons cachés’.. Notre Province encore toute
débutante a besoin de compléter son développement. Je crains un peu que
soit compliquée la fondation des Orantes à laquelle nous sommes pourtant
très intéressés ».

Notices Biographiques A.A

Religieux français, de la Province d’Amérique du Sud, assistant provincial. Des Pyrénées à l’Argentine. Pierre-Carmel Pémoulié est un Béarnais, né à Beuste, dans le canton de Nay, le 28 mai 1897. A dix ans, il suit à l’alumnat d’Elorrio son frère aîné Vincent, plus tard professeur de théologie à Louvain et à Lormoy, mort prématurément en 1935. Après quatre années d’études en Espagne (1907-1911), il vient à l’alumnat de Taintegnies en Belgique pour ses études d’humanités (1911-1913). Il entre au noviciat de Limpertsberg au Grand-Duché de Luxembourg où il prend l’habit le 14 août 1913, sous le nom de Frère Carmel. La guerre l’y maintient jusqu’en décembre 1917. Le P. Alphonse Picot, son condisciple, rappelle quelles sont les conditions un peu spéciales de cette période. « Le P. Antoine de Padoue Vidal, maître des novices, est à la tête d’une communauté de 70 religieux, après l’arrivée des postulants de Sart-les-Moines en novembre 1914. Comme on ne peut organiser les professions prévues à partir du mois d’août 1914, toutes les communications étant rompues du fait de la guerre, il transforme le noviciat en scolasticat, les novices de seconde année étudiant la théologie scolastique à partir d’un exemplaire du livre de Zagliara, déniché dans une bibliothèque et polycopié grâce aux soins du Frère Maurin. Mais au début de l’année 1917, la situation alimentaire devient critique. Les réserves sont épuisées. On ne peut manger seulement des vesces, des févrolles, des rutabagas et des chats qui se hasardent dans la propriété. Il juge opportun d’acheter des fermes à crédit et de transformer les jeunes -religieux qui en laboureurs, qui en vachers, qui en porchers. Le seul principe qui prévaut est celui du ‘primum vivere, deinde philosophari’. La joie n’est pas absente de la communauté: A.A Frère Pacifique Sorel et Carmel Pémoulié président aux labours, les Frères Le Grumelée et Thonnard traient les bêtes en psalmodiant les mélodies vespérales. On s’amuse à surnommer le bétail de noms mythologiques pour humilier le Panthéon païen ». Le P. Possidius Dauby réussit à la fin de l’année 1917 à mettre fin à cette situation d’exception en rapatriant les Frères de chœur à Louvain et en les remettant aux études. Le Frère Carmel prononce ses premiers vœux le 19 mai 1918, ses vœux perpétuels le ler janvier 1922 et est ordonné prêtre le 5 août 1923. Un mois plus tard, il reçoit son obédience pour l’Argentine où il va passer toute sa vie apostolique, 54 ans, de 1923 à 1977. Il n’a pas 33 ans quand il est nommé premier curé de la paroisse qu’il a lui-même fondée: San Martino de Tours à Buenos Aires. Il en est curé et supérieur pendant 14 ans. En 1945, il est nommé supérieur du sanctuaire en construction de Notre-Dame de Lourdes à Santos Lugares, dans la banlieue de la capitale. A part quelques mois de repos au Chili et une année à Belgrano, le P. Carmel, devenu P. Carrnelo, vit à Santos Lugares jusqu’à sa mort: il y est 12 ans supérieur, 17 ans vicaire et l’âme de la communauté. Il meurt dans une clinique de Buenos Aires le 15 décembre 1977, à 80 ans et il est inhumé au caveau du Sanctuaire de Santos Lugares. Evocation. Comment décrire en une page l’activité d’un apôtre aussi dynamique et d’un religieux si vertueux? Le P. Carmelo jouissait de la confiance de tous, évêques, supérieurs, confrères. Il servit l’Assomption comme simple religieux, comme supérieur local et régional, comme assistant provincial, ayant opté en 1954 pour l’affiliation définitive à la nouvelle Province d’Amérique du Sud. Il fut un des organisateurs de la vie de la jeune Province sud-américaine. Ce fut surtout un apôtre qui ne refuse rien. A ses lourdes charges, il ajoutait le souci de nombreuses communautés féminines: retraites, pèlerinages, direction spirituelle et confessions. Il fut l’un des promoteurs de ]’Union Noëliste qui fournit plus tard les cadres à l’Action catholique féminine. Malgré une santé déficiente, il prenait sur son sommeil pour répondre aux exigences de l’apostolat. Il fonda la première école apostolique à San Martin, puis il bâtit J’école apostolique d’Olivos. Le P. Stéphan qui l’a rencontré une seule fois, lui rend ce témoignage. « je n’ai pu oublier le visage du P. Carmelo. Il respirait spiritualité, intelligence. C’était une de ces rares personnes dont se dégage un parfum d’Evangile fait d’un ensemble d’impondérables, délicatesse, attention, pauvreté, foi, On peut dire qu’au cours de son long ministère, il n’a vécu que pour Dieu et l’Assomption ». Le P. Régis Escoubas qui fut le premier Provincial d’Amérique du Sud reconnaît volontiers que le P. Carmelo a influencé un demi- siècle d’histoire de l’Assomption argentine. Quelques mois avant sa mort, il subit l’épreuve de la nuit obscure. Au milieu de cette épreuve, il reçut le sacrement des malades, renouvela ses vœux et voulut offrir sa vie en échange de celle des deux jeunes Frères argentins disparus le 4 juin 1976.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Documents Assomption, Nécrologe (1) 1975-1980, p. 42. Documents Assomption, 1978, n° 3, p. 208-209. Frères Amis Défunts (supplément A Travers la Province de Bordeaux), 1977, p. 13- 15. Asuncion (Informaciones de la Region Argentina), mar- zo 1977, n° 37, p. 1-3. Ecos del Boletin de la Provincia de Burdeos. Lettre du P. Carmelo Pémoulié au P. Wilfrid Dufault, Buenos Aires, 17 février 1959. Dans les ACR, du P. Carmelo Pëmoulié, rapports sur Buenos Aires (1929-1937) sur Santos Lugares (1958-1959), correspondances (1915-1962). L’Assomption en Argentine: cf L’Assomption et ses (Euvres 1935, n° 405, p. 56-59; 1936, n° 422, p. 328-330 (article du P. Blachère). Notices Biographiques